Quel avenir pour nos communes ? (3/5)

Quel avenir pour nos communes ? (3/5)

Wavre toujours à la croisée des chemins

Wavre toujours à la croisée des chemins

La cité du Maca fourmille d’ambitions et de grands projets. Reste qu’ils prennent du temps à se concrétiser. De quoi encore accentuer les difficultés pour relancer les défis auxquels elle est confrontée ? Cela ne facilite en tout cas pas le renouveau de son centre-ville. (série 3/5)

Texte et photos : Xavier Attout

La cité du Maca fourmille d’ambitions et de grands projets. Reste qu’ils prennent du temps à se concrétiser. De quoi encore accentuer les difficultés pour relancer les défis auxquels elle est confrontée ? Cela ne facilite en tout cas pas le renouveau de son centre-ville. (série 3/5)

Texte et photos : Xavier Attout

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L’armoire commence à être bien remplie. Ces dernières années, la Ville de Wavre a multiplié les études. Sur l’avenir de son territoire, l’avenir de son commerce, l’avenir de sa mobilité ou encore l’embellissement de son
centre ancien. Avant de relancer la machine l’an dernier sur l’avenir de son territoire puisque la précédente étude – Wavre 2030 – n’avait pas été suffisamment mise en oeuvre et était devenue obsolète. Voilà donc la cité du Maca à nouveau dans l’attente de conclusions relatives aux orientations à prendre. « C’est vrai mais nous ne pouvons pas nous tromper, explique la bourgmestre de Wavre, Françoise Pigeolet. Wavre 2030 (NDLR : qui date de 2012 et proposait une vision globale des grandes orientations urbanistiques à suivre) n’est plus adaptée à la réalité. La société a évolué, la mobilité a changé de même que notre manière de consommer. Il faut prendre ces éléments en compte. C’est pour cela que nous avons lancé en 2019 un Schéma de Développement communal, travail réalisé par le bureau JNC, qui permettra d’avoir une stratégie claire pour le développement de notre ville. La phase de diagnostic est terminée et sera présentée à l’automne. Cela signifie que certains projets devront être retardés ou revus. »
Le contexte du centre-ville wavrien est connu. Un commerce en souffrance, un centre-ville sous-exploité et déserté en soirée, une mobilité compliquée, un manque d’attractivité et des grands projets qui tardent à se concrétiser. Bref, un statut de chef-lieu provincial qui vacille, bousculé par Louvain-la-Neuve, bien plus fringante. Ce n’est toutefois pas faute d’essayer d’inverser la tendance. Les initiatives pour attirer le chaland et redonner un peu de vie au centre-ville se multiplient. Reste qu’il manque encore ce coup de rein qui permettra de modifier la donne. « Mais cela va arriver, poursuit celle qui a succédé à Charles Michel. Nous souhaitons une ville conviviale, apaisée, verte, connectée où la place du piéton est centrale. Toutes
nos décisions vont tendre vers cet objectif. »

Une promenade à tracer

Les chantiers seront nombreux. Au rayon des réalisations récentes, le hall culturel – La Sucrerie – a été inauguré à l’automne 2019. Situé sur le site de l’ancienne sucrerie, il côtoiera d’ici 2024 une nouvelle piscine et du logement. Un SOL (Schéma d’Orientation local) va être lancé d’ici peu, il intégrera aussi le site de l’ancienne vinaigrerie L’Étoile, où le projet de tour-hôtel est définitivement abandonné, les anciens Ateliers DeRaedt et le bâtiment de l’ancienne régie d’électricité.
Dans le centre, le projet mixte baptisé La Promenade (82 logements, 13 commerces et du bureau) mené par Matexi a été revu à la baisse (abandon des constructions sur le site du parking des Fontaines) et se concentre sur le site du parking des Carabiniers. Il y aura davantage de logements et moins de commerces. La demande de permis est en cours. « Il y a toutefois certaines interrogations quant au nombre de niveaux pour le parking souterrain, précise Françoise Pigeolet. Le permis a été déposé pour trois niveaux (400 places). Mais il y a certaines craintes quant à la stabilité pour le bâti environnant. L’étude hydrogéologique est assez inquiétante. » La Galerie des Carmes, épineux dossier depuis plus de 15 ans, n’accueillera pas l’administration communale. La multitude de propriétaires aux étages – via 150 appartements – empêche pour l’heure d’avancer sur quoi que ce soit. Le dossier est au point mort. Pour le reste, l’idée d’aménager une passerelle au-dessus des voies de chemin de fer, à hauteur de la gare, reste d’actualité. La première version a été revue pour laisser place à une construction plus légère. « Il est essentiel d’assurer la jonction entre le centre-ville et le pôle de la Sucrerie. D’où l’importance de cet aménagement. » Devant la gare, une nouvelle gare des bus verra le jour. La demande de permis a été introduite.

Nous souhaitons une ville conviviale, apaisée, verte, connectée où la place du piéton est centrale. Toutes nos décisions vont tendre vers cet objectif.

Françoise Pigeolet, bourgmestre

Déjà la population de 2025

L’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique) prévoyait en 2017 que la population wavrienne atteindrait 34 740 âmes en 2025. Un nombre déjà atteint aujourd’hui. « Cela s’explique par les importants projets d’urbanisation qui sont en cours, comme les Cinq Sapins ou le Champ Sainte-Anne. » L’un des enjeux pour le centre de Wavre sera de ramener des habitants dans le centre-ville. Plusieurs projets devraient y contribuer, dont celui de La Promenade (Matexi), de Val Vena (Thomas & Piron), du Champ Sainte-Anne (620 logements par Matexi), de Wavre Rive Verte (un écoquartier de 400 logements à l’arrière du Delhaize par le groupe Liégeois). « Ce sont plusieurs dossiers importants situés à proximité du centre de Wavre. Mais l’attractivité du centre ne passe pas que par l’habitat. Il nous faut un mix de services, avec du coworking, des petites entreprises, des professions libérales, etc. Notre objectif est de développer un commerce plus spécialisé et davantage orienté vers le client. Nous pouvons y parvenir en misant sur le charme de notre bâti et de nos rues, en aménageant des espaces publics de qualité, en transformant les parkings en espaces de rencontre. La Dyle sera partiellement remise à ciel ouvert. »
Outre le volet densification dans le centre, Wavre dispose de certaines réserves foncières pour encore augmenter sa population. Notamment un site de 17 hectares en zone d’activités économiques mixtes situé à proximité du golf de la Bawette (Goldfinger). « Nous voulons valoriser ces terrains. Cela passera soit par un mix comprenant des entreprises et du logement, soit uniquement des entreprises. Le bureau JNC étudie les possibilités. Mais je ne souhaite pas voir des boites à chaussures sur cet espace, vu la beauté du site. » Sur le plan économique, le parc d’activités économiques de Wavre-Nord arrive à saturation. D’autant que les terrains disponibles sur l’ancien site de l’OTAN ne pourront finalement pas être exploités, vu le niveau de pollution. Un peu plus loin, le site de la RTBF comprend 100 hectares, qui seront mis en vente à moyen terme, constituant ainsi une des dernières possibilités pour étendre le zoning.

Vers un centre piéton

La vision en matière de mobilité est également bien définie. Une dizaine de rues de l’hypercentre sont passées en zone 30 cet été. Une initiative qui a été prolongée jusqu’à la fin de l’année. « La piétonisation du centre est un de nos objectifs mais nous devons faire cela de manière concertée avec les habitants. » Une circulation en boucle, avec des rues à sens unique, sera favorisée. L’aménagement d’une « rocade » autour de Wavre est sur la table. Elle passera par la rue de l’Ermitage. Des solutions se dégagent enfin pour envisager la suppression de plusieurs passages à niveau, sur les huit recensés sur le territoire. « Cela passera par l’acquisition de terrains (NDLR : route provinciale et à Limal), de manière à aménager des passages au-dessus des voies. »

LE REGARD DE LA FONCTIONNAIRE DÉLÉGUÉE
Nathalie Smoes, fonctionnaire déléguée du Brabant wallon, et son collaborateur, Cédric Harmant

Constatant le risque d’affaiblissement de son centre-ville et de son noyau commercial face à un Louvain-la-Neuve et son Esplanade en pleine expansion, Wavre, qui s’est longtemps reposée sur son statut de capitale du Brabant wallon comme principal moteur d’attractivité, s’est fixé il y a une dizaine d’années l’objectif d’un nouveau rayonnement par une vision ambitieuse de son (re)développement. Sa première concrétisation fut le MasterPlan « Wavre 2030 », suivi d’autres études dans sa continuité. Elle s’est également lancée fin 2018 dans l’élaboration d’un Schéma de Développement communal. Sa finalisation devrait permettre une gestion plus stratégique des nombreuses demandes de permis, la pression foncière y étant particulièrement marquée. Un tel outil aurait été précieux pour l’analyse de certains dossiers complexes, tels la « tour hôtel » qui fit couler beaucoup d’encre. Si de nombreux projets nés de cette vision « Wavre 2030 » sont encore à réaliser, quelques-uns sont déjà sortis de terre, ou devraient l’être d’ici peu. Parmi ceux-ci, citons-en deux, l’un public, l’autre privé.

La Sucrerie. Inauguré fin 2019, ce hall culturel polyvalent à l’architecture imposante est devenu le symbole de cette renaissance wavrienne. D’autres projets publics (dont la piscine) accompagneront le développement de cette ancienne friche industrielle. La question essentielle de son lien avec le centre-ville
reste encore en suspens, le projet de passerelle ayant été recalé.

La « Promenade ». Porté par Matexi, ce projet s’inscrit du Boulevard de l’Europe au plateau de la gare. Il vise la construction de nouveaux bâtiments sur d’actuels parkings publics, et la rénovation des bâtiments abritant la Galerie des Carmes, aujourd’hui fermée. Comme son nom l’indique, il ambitionne de créer un cheminement attractif entre ces deux lieux, tout en renforçant le pôle commercial wavrien et redensifiant le centre-ville. Le premier permis, en cours d’instruction se situe sur le parking des Carabiniers.

Interview

« Repenser son développement »

Frédéric Jentges est notaire à Wavre

Comment se porte le marché immobilier à Wavre ?

Il est actuellement très soutenu, comme partout. Les biens les plus demandés se vendent rapidement, avec par conséquent des hausses de prix. La maison classique avec jardin affichée à 350 000 euros est plébiscitée. Notamment par des Bruxellois qui vivent dans un appartement et qui ont des envies d’ailleurs suite au confinement. Il se confirme par contre que la grosse villa reste un marché difficile et que ce marché va se tasser de plus en plus à l’avenir. Plus personne ne va investir 1 million d’euros vu le contexte actuel. Sans oublier que ces villas sont souvent des gouffres énergétiques qu’il faut rénover de fond en comble.

Le centre de Wavre connait certaines difficultés sur le plan commercial. Cela se prolonge-t-il sur le plan résidentiel ?

Oui, je confirme. Il y a un déficit d’intérêt pour le centre-ville. Ce n’est pas nouveau. Les projets de redynamisation du centre-ville peinent à être lancés. Il y a un manque d’attractivité pour les candidats acquéreurs et des problèmes de mobilité. Wavre reste une ville-dortoir qui se paupérise. Il faut donc repenser son développement, à travers une offre nouvelle d’appartements, avec des logements plus spacieux pour accueillir des familles. Si je suis perplexe sur la réussite de projets résidentiels construits en plein centre, je suis par contre très favorable à l’idée de voir émerger des projets de reconversion de friches, comme celui qui se dessine actuellement à l’arrière du Delhaize. Il s’agit de mêler logements et espaces verts. Et dans le même temps de rassembler deux quartiers.

Que penser des villages avoisinants, tels que Bierges ou Limal ?

Leur attractivité reste excellente. Le marché de la maison ancienne y fonctionne très bien. Les prix y sont, de plus, relativement abordables. Le quartier d’Angoussart reste quant à lui une bulle un peu plus haut de gamme, faite de villas de standing.