Waterloo ne veut plus être victime de son urbanisation

Waterloo ne veut plus être victime de son urbanisation

Waterloo freine désormais des quatre fers l’urbanisation et la densification de son territoire. Car la mobilité et la qualité de vie en pâtissent clairement. Remonter la pente sera délicat mais plusieurs grands chantiers sont sur la table pour inverser la tendance. Reste à voir s’il n’est pas trop tard. (Série 5/5)

Texte : Xavier Attout - Photo : Xavier Attout

Waterloo freine désormais des quatre fers l’urbanisation et la densification de son territoire. Car la mobilité et la qualité de vie en pâtissent clairement. Remonter la pente sera délicat mais plusieurs grands chantiers sont sur la table pour inverser la tendance. Reste à voir s’il n’est pas trop tard. (Série 5/5)

Texte : Xavier Attout - Photo : Xavier Attout

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Changement d’époque à Waterloo. L’open bar est terminé pour les promoteurs immobiliers. L’équipe qui a succédé à Serge Kubla à la tête de Waterloo en 2015 puis en 2018 a resserré les boulons et aboli les petits arrangements entre amis. Résultats : les promoteurs ne sont plus vraiment les bienvenus. Et, s’ils persévèrent, ils doivent revoir leurs ambitions nettement à la baisse. Les exemples se multiplient ces derniers mois de projets rabotés. Demandez par exemple au promoteur Eaglestone ce qu’il pense de son projet situé le long du boulevard Henri Rolin. Deux ans de négociations et trois versions plus tard, il est en passe d’être diminué de moitié (une quarantaine d’appartements et des logements PMR, kangourou et habitat groupé au total) et accueillera même la bibliothèque communale. Même situation pour le Château de la Rose (Bouygues) au Chenois, qui est passé de 170 à 144 unités.

Une situation liée en fait au contexte local d’ultra-urbanisation. Le plan de secteur est relativement simple à Waterloo : 80 % des 2 200 hectares est en zone rouge et est donc à bâtir. Et l’essentiel est déjà bâti. Il en résulte une forte densification (1 400 habitants/km2 pour une moyenne brabançonne de 400 habitants/m2) et d’innombrables problèmes de mobilité vu que sept personnes sur dix possèdent (au moins) un véhicule. « Waterloo a donc déjà fait sa part du travail en matière de densification, relève la bourgmestre Florence Reuter. Il reste encore quelques possibilités de densifier dans le centre-ville ou aux alentours de la gare. Mais les problèmes de mobilité sont trop importants pour continuer à faire comme avant. Une de mes craintes est que la qualité de vie en pâtisse et que les habitants quittent Waterloo pour aller voir si l’air n’est pas plus respirable ailleurs. Je suis favorable à l’activité économique mais pas au détriment du cadre de vie. D’où le fait de refuser ou réduire certains projets immobiliers, ou de refuser l’implantation de certaines enseignes commerciales dont Waterloo n’a pas besoin. » La librairie Cultura, qui allait concurrencer les librairies indépendantes locales, ou l’enseigne Lidl, alors qu’il y a déjà pléthore d’acteurs de la grande distribution, en ont récemment fait les frais.

Une de mes craintes est que la qualité de vie pâtisse de cette ultra-urbanisation et que les habitants quittent Waterloo pour aller voir si l’air n’est pas plus respirable ailleurs. Je suis favorable à l’entrepreneuriat mais pas au détriment du cadre de vie. Florence Reuter, bourgmestre

Un centre-ville repensé

Il reste toutefois encore quelques possibilités d’urbaniser le territoire. Mais elles ne sont pas légion. Une réflexion est en cours pour le site Fiat (10 ha) situé à proximité du quartier du Chenois. On n’y verra en tout cas ni des logements, ni l’Institut des Sacrés-Cœurs. Du logement est par contre prévu dans le centre, à l’arrière de la galerie Wellington. Mais le nombre exact n’a pas encore été défini. « Refuser tous les projets n’est pas une solution car il y a alors le risque de se voir imposer, après de longues procédures juridiques, davantage de logements que souhaité, relève Florence Reuter. Je suis plutôt favorable à une discussion où chaque partie peut mettre ses arguments sur la table. »

Le réaménagement du centre-ville reste le dossier phare, près de dix ans après les premières esquisses. L’ancienne version, qui se concentrait sur la partie arrière des Galeries Wellington et l’ancien site Delhaize, est passée à la trappe. Au grand dam du développeur Wereldhave qui espérait faire passer l’offre commerciale locale de 3 000 m2 à 13 000 m2. La nouvelle version, qui vient de faire l’objet d’un master plan, s’attaque à un périmètre bien plus large (14 ha). Les ambitions sont également revues à la hausse. L’idée est notamment de démolir les Sacrés-Cœurs et d’y aménager une vaste place publique conviviale sur ce terrain situé juste à côté de l’église Saint-Joseph, en plein centre. De nouveaux parcours urbains, un nouveau quartier résidentiel et des parkings souterrains seront aménagés alors que les vides urbains seront restructurés. Les Waterlootois ont été consultés en 2019. L’élaboration d’une zone d’enjeu communal est en cours. Un projet mixte public/privé verra le jour pour s’assurer du financement. Des négociations sont en cours avec Wereldhave (commerces et appartements), Apibw (acteur public de logements à prix modéré) et Immobel (appartements). La demande de permis est espérée au premier semestre 2022. Tant qu’aucun nouveau point de chute ne sera trouvé pour l’institut, le dossier avancera toutefois au ralenti. « Waterloo dispose d’une balise d’emprunt pour financer une partie de cet important projet qui est essentiel pour le centre-ville, précise celle qui est aussi députée wallonne. Nous allons restructurer le centre et lui donner davantage d’air. De plus, nous avons peu d’éléments patrimoniaux à Waterloo et ce réaménagement sera l’occasion de mettre l’église en valeur. »

Parmi les autres pôles en chantier, citons le réaménagement du site d’Argenteuil qui, outre le Lycée du Berlaymont, la Chapelle Reine Élisabeth et le hockey, verra son pôle culturel renforcé avec une salle de spectacle de 600 places et un nouveau bâtiment pour l’Académie de musique. In BW a racheté un terrain de 7 ha situé en zone d’équipement communautaire à cet effet (à droite après le pont). Une passerelle piétonne et un nouveau rond-point seront aménagés pour fluidifier et sécuriser le trafic, alors qu’une nouvelle sortie du ring à hauteur d’Argenteuil est également prévue. « Nous ne sommes heureusement pas encore confrontés au phénomène de division de logements. Il reste encore des maisons à rénover qui sont accessibles financièrement. Il faudra toutefois se pencher sur cette évolution dans les prochaines années. Pas question d’accepter la démolition de villas pour voir des immeubles à appartements à la place. »

Mobilité : changer les mentalités

L’autre grand enjeu, on en a déjà parlé, est la problématique de la mobilité. Waterloo est asphyxiée par le trafic automobile. Il faut dire que ses habitants aiment les cylindrées : on dénombre 17 626 voitures privées (hors voitures de société, qui sont nombreuses à Waterloo) pour 13 000 logements, dont 8 000 villas. Les initiatives se multiplient pour faire retomber la pression (navettes de bus gratuites, mise en zone 30 de tous les quartiers) mais un changement de mentalités dans les modes de déplacement est surtout attendu. Et il prendra du temps. C’est l’une des seules pistes vu que Waterloo est cornaquée entre Rhode-Saint-Genèse, la forêt de Soignes (site protégé) et le champ de bataille (site protégé). Ses trois sorties du ring, son importante offre scolaire et le trafic de transit n’étant pas de nature à tendre à l’optimisme. « Seul un changement dans les modes de transport pourra nous aider », espère Florence Reuter.

LE REGARD DE LA FONCTIONNAIRE DÉLÉGUÉE

Nathalie Smoes, fonctionnaire déléguée du Brabant wallon, et sa collaboratrice, Annick Vousure, attachée architecte

Face à la dualité apparente entre, d’une part, la volonté des autorités de densifier et de diminuer l’artificialisation du sol pour répondre aux enjeux climatiques (entre autres) exprimée dans le Schéma de Développement du Territoire (SDT), et d’autre part la tendance individuelle à quitter la ville, tendance accrue par la pandémie, certains lieux telle que la commune de Waterloo possèdent une attractivité qui les rend irrésistibles.

DE MULTIPLES FONCTIONS. Infrastructures scolaires et communautaires, offre sportive et culturelle, commerces diversifiés, vie nocturne, toutes les fonctions sont concentrées sur un territoire réduit. Parcs, espaces verts et proximité de la forêt et de zones agricoles apportent la qualité de vie. Si l’on dépasse une image superficielle, l’offre en logement est diversifiée, allant de la colocation à la villa, permettant une certaine cohésion sociale. Avec sa gare (future RER) et la proximité de Bruxelles et de la Flandre, Waterloo est également super équipée en services, tous accessibles à pied ou presque vu sa concentration. On comprend dès lors mieux la pression immobilière qui s’y exerce. La question n’est plus celle des derniers terrains disponibles mais de la reconversion des terrains sous exploités. Les promoteurs ont toutefois été refroidis dans leurs ardeurs par la volonté de la bourgmestre d’avoir une vision du développement de sa commune avant de continuer à accepter les demandes.

DEUX OUTILS PLANOLOGIQUES SONT EN COURS D’ÉLABORATION. Ils vont permettre de définir cette vision. Il s’agit de la zone d’enjeu communal (ZEC) pour le centre de Waterloo et du schéma de développement communal (SDC) pour l’ensemble du territoire communal. En ce qui concerne le centre, la démarche initiée tend à créer non seulement un coeur de ville au sein des équipements majeurs (services, sportifs, commerciaux et patrimoniaux) mais également à aménager des parcours urbains ainsi que des espaces publics de qualité tout en y ramenant des habitants. Ce fut un tort de considérer pendant si longtemps qu’un schéma de développement communal pour Waterloo n’avait aucun intérêt puisque la commune était déjà presque entièrement urbanisée. Au contraire, faire le choix aujourd’hui de lancer cet outil pour le développement de la commune est primordial. J’attends énormément de ce SDC pour la structuration du territoire, la gestion de la densité, et la stratégie commerciale notamment. L’élaboration de ces documents est un moment passionnant où toutes les données sont rassemblées pour que la commune puisse faire des choix stratégiques qui engagent son territoire pour les générations à venir.

Interview

« Fluidifier la nationale 5 est une priorité »

Pierre Pagniez, architecte waterlootois

Quel regard portez-vous sur l’évolution de Waterloo ?

Au niveau politique, le départ de Serge Kubla a changé beaucoup de choses. Il voulait atteindre les 30 000 habitants rapidement alors que Florence Reuter met davantage de freins aux projets. Ce qui manquera, un jour ou l’autre, ce sont des espaces verts. Waterloo reste très demandé même s’il s’agit d’une commune-dortoir. Sa vitalité commerciale est importante pour son attractivité.

Comment améliorer cette mobilité compliquée ?

Waterloo reste enclavée et les possibilités sont peu nombreuses. La sortie du ring à hauteur du Knokke Out existe mais Rhode-Saint-Genèse ne souhaite pas son développement, ce qui rejette la circulation vers le centre-ville. Il faut des mesures drastiques pour évoluer. La mise à sens unique de la nationale 5 (dans le sens Charleroi-Bruxelles) me parait intéressante à étudier. Avec l’idée d’un giratoire via la rue François Libert.

L’évolution du parc de logements semble un autre grand enjeu…

Il n’y aura plus de grands projets urbanistiques, c’est certain. Par contre, contrairement à ce que l’on croit, Waterloo est davantage composée de petites maisons que de grandes villas. Il faudra réfléchir à leur rénovation. Pour ce qui est de la division de logements, la commune s’y oppose, essentiellement pour des raisons de mobilité. Un point de vue que je ne partage pas. Un foyer en plus n’est pas nécessairement une voiture en plus. Les habitants d’une grosse villa possèdent déjà deux ou trois voitures. Or, les plus petites familles qui occuperaient ces villas divisées utilisent moins de voitures et font appel à des solutions alternatives.

Quels sont les prochains défis ?

J’ai beaucoup de craintes par rapport à l’effondrement économique que pourrait entrainer la crise du Covid. Cela pourrait avoir d’importantes conséquences sur les commerces locaux et pourrait donc remettre en cause les importants travaux prévus dans le centre-ville.

Pour aller plus loin

Espace-vie s’est plongé dans le devenir des cinq plus grandes communes du Brabant wallon

1. Braine-l’Alleud, entité la plus peuplée de la province, avec des chantiers à la pelle, des défis à relever et quelques manquements criants.
2. Ottignies-Louvain-la-Neuve, tiraillée entre une entité qui fait office de locomotive du Brabant wallon et une autre qui peine à se réinventer. Un point commun tout de même : la multitude de projets dans les cartons.
3. Wavre fourmille d’ambitions et de grands projets… qui prennent du temps à se concrétiser.
4. Nivelles poursuit sa politique de densification et de réhabilitation de son centre-ville en multipliant les projets de réaffectation.