Construire en dur,  habiter léger

Une asbl d’Ottignies s’est lancée dans l’accompagnement et la formation à l’autoconstruction d’habitats légers et mobiles. Une initiative unique qui permet de créer son propre logement et de donner sens à sa nouvelle aventure de vie.

Texte : Xavier Attout - Photo : Xavier Attout

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Un vaste site de 4,5 hectares. Pour y arriver, une longue allée. Et à l’entrée, un petit panneau : interdit aux voitures. C’est ici, dans une vaste zone boisée située entre le Bois des Rêves et Mousty, à Ottignies, qu’une trentaine de coopérateurs espèrent y développer un projet d’habitat groupé dans les prochains mois. C’est ici aussi que, en attendant la concrétisation de ce projet, l’Atelier B.A.Bois a installé son quartier général pour se lancer dans l’accompagnement et la formation à l’auto-construction d’habitats légers et mobiles. Une initiative unique dans le petit monde du logement. Le jour de notre visite, Guillaume travaille sur l’une des trois tiny houses qui sont en cours de construction et qui sont installées dans un grand hangar.

L’heure est aux finitions. Six mois de travail déjà. Encore six semaines pour finaliser le tout. Isolation, sous-toiture, latage, bardage, chauffage par le sol, salle de bain, électricité, petite cuisine et espace de rangement dans tous les coins, tout y passera. « J’aide une personne qui souhaite changer de vie et habiter dans cette roulotte », explique cet accompagnateur de projet. On est loin de l’habitat léger un peu « roots ». Si la superficie intérieure ne dépasse pas les 18 m2 (2,5m x 7,8), tout semble bien pensé. Un logement réfléchi et modulable, fruit d’une réflexion et d’un accompagnement de longue haleine par l’Atelier B.A.Bois. « On accompagne pour le moment trois projets, lance Nicolas Van Moer, l’un des deux fondateurs. Chacun est unique, avec une architecture et une ossature bois particulière. On laisse notre hangar et nos outils à disposition de ceux qui veulent se lancer dans cette aventure. Et des accompagnateurs les conseillent tout au long de ce chemin. »

On accompagne pour le moment trois projets. On laisse notre hangar et nos outils à disposition de ceux qui veulent se lancer dans cette aventure. Et des accompagnateurs les conseillent tout au long de ce chemin. Nicolas Van Moer, fondateur

Six mois de chantier

Vivre en habitat léger ou en tiny house attire de plus en plus monde. D’autant plus que le modèle est sur la voie de la régularisation dans le Code wallon de l’Habitation durable. « Cette initiative est née un peu par hasard, explique Nicolas Van Moer, charpentier de formation. Un de mes amis, Renaud, avait envie de vivre dans un autre habitat. Je l’ai aidé à construire une roulotte. Nous nous sommes alors dit qu’il serait intéressant de transmettre toute l’expérience que nous avons acquise. D’où la création de cette structure d’accompagnement à des projets d’auto-construction. Tout en mettant des outils à disposition. Nous avons lancé l’asbl il y a quatre ans et avons trouvé cet hangar depuis 1,5 an. Vu le succès, nous serons vite à l’étroit. » Trois tiny houses sont actuellement en cours de construction. Un chantier dure environ six mois, à raison de quelques jours de travail par semaine, en fonction des emplois du temps de chacun. Une dizaine d’habitats légers ont déjà pris la route. Et de nombreux candidats font la file pour pouvoir s’immiscer dans cette dynamique. « Il y a clairement un effet de mode. Mais il faut respecter cela. La mobilité de ces habitats est relative car le poids avoisine les 3,5 tonnes. Ils ne sont souvent déplacés qu’une ou deux fois au cours de leur vie. Des déplacements via remorque, ce qui est toujours une opération très délicate. La taille des tiny est d’ailleurs déterminée par le poids et la taille de la structure que l’on peut transporter sur une remorque. »

Des terrains difficiles à trouver

Le profil de ces auto-constructeurs est relativement varié. Il y a des jeunes couples qui cherchent à changer des vies. Des personnes seules qui veulent un découvrir un autre horizon. Ou des seniors qui veulent s’atteler à un mode de vie plus frugal. Ils louent alors un espace dans le hangar et débutent leur construction, encadré par des professionnels. « Chaque tiny house est en tout cas différente, fait remarquer Nicolas Van Moer. Je me charge toujours de dessiner des plans, de manière à avoir une base technique. On innove à chaque fois, avec de nouvelles idées. La toiture de celle de Jonas, que vous voyez à droite dans le hangar, est par exemple arrondie. L’auto-construction est très intéressante car elle permet de connaitre parfaitement sa maison. Cela donne du sens à son habitation. Et si on veut modifier son logement, c’est plus facile à faire. » Le prix de ces habitats légers varie de 25 000 à 100 000 euros. La moyenne étant de 50 000 euros. Et la difficulté est ensuite de trouver un terrain. « Il faut soit trouver un terrain à bâtir pour l’installer, ce qui est très compliqué en Brabant wallon vu le prix du foncier. Soit partager la parcelle d’une habitation, en s’installant par exemple dans le fond d’un jardin. Il est clair qu’il est plus facile de s’installer dans d’autres provinces qu’en Brabant wallon. »