Urbanisme et droits culturels : une cohabitation harmonieuse ?

Urbanisme et droits culturels : une cohabitation harmonieuse ?

Texte : Lucien Barel

Lucien Barel est licencié en Arts plastiques, visuels et de l’espace. Il est le directeur honoraire du Centre culturel de Liège « Les Chiroux », formateur de cadres culturels et accompagnateur d’équipes.

Texte : Lucien Barel

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Depuis plus de trente ans, la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon œuvre pour rendre l’aménagement du territoire accessible à tous. En s’adossant au Centre culturel du Brabant wallon dès sa reconnaissance, en 1993, elle a pu utiliser les pratiques d’éducation permanente pour impliquer les citoyens dans la définition d’un cadre de vie commun. En 2013, un nouveau décret a renforcé cette synergie en mettant l’accent sur les droits culturels et la participation citoyenne. Lucien Barel, expert dans le domaine culturel, livre son regard sur cette collaboration historique et ses vertus pour favoriser un développement territorial harmonieux et inclusif pour le Brabant wallon.

Depuis plus de trente ans, la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon (MUBW) met en œuvre une série de démarches, de méthodes, de projets pour permettre à toutes et tous de comprendre les enjeux liés à l’aménagement du territoire dans la province et d’être acteurs d’un cadre de vie commun harmonieux. Car l’aménagement du territoire est une matière large connectant de multiples domaines : logement, patrimoines bâtis et naturels, mobilité, architecture, reconversion… Autant de problématiques investies par nombre d’experts et de métiers spécifiques. Les aspects juridiques qui y sont liés en font également une matière complexe, peu accessible au citoyen lambda. L’urbanisme pourrait facilement devenir un terrain de chasse réservé aux professionnels, se renfermant dans les aspects techniques de la discipline et en prise aux tensions relatives aux nombreux enjeux économiques en présence.

Pourtant, au quotidien, s’il existe une matière qui concerne toutes et tous, quel que soit notre âge, notre culture ou notre statut, c’est l’aménagement du territoire : habiter, se déplacer, travailler, se divertir, rencontrer, découvrir sont des fonctions essentielles qui peuvent être impactées positivement ou négativement par la réalité urbanistique d’un territoire. Face à cet enjeu démocratique, impliquer chacune et chacun d’entre nous dans la définition d’un cadre de vie commun n’est pas chose facile compte tenu de la diversité des points de vue potentiellement en présence. Si on n’y prend garde, la participation citoyenne pourrait se limiter aux sempiternelles séances d’information mobilisant les quelques personnes intéressées par ces questions.

Dès la création du Centre culturel du Brabant wallon (CCBW), l’équipe de ce qui deviendra, en 1993, la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon, était portée par la nécessité d’une participation active et consciente des citoyens dans la définition de leur cadre de vie. Les travaux menés – notamment lors de l’élaboration des plans de secteur – empruntaient d’ores et déjà les pratiques propres au champ socioculturel. Après trente ans de vie commune, on peut estimer que la vision de l’équipe fondatrice a porté ses fruits et que cette province mosaïque en pleine mutation a su articuler les enjeux de développement et de l’engagement citoyen.

Droit à la culture

L’action des Centres culturels obéit aux dispositions du décret de 2013 (voir encadré). Il s’agit, ici, de voir si ce dernier appuie ou freine la synergie entre le CCBW et la MUBW. En préalable, il est utile de préciser le sens du mot « culture » tel qu’entendu par ce décret : « les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité ainsi que les significations qu’il donne à son existence et à son développement . » La culture ne se limite donc pas à un secteur d’activité spécifique centré principalement sur la création d’œuvres. La définition de la culture donnée impose chaque être humain comme acteur culturel avec pour enjeu essentiel de faire humanité ensemble.

Cette approche rencontre bien les dynamiques instaurées par le CCBW et, en son sein, par la MUBW, pour assurer que chacune et chacun puisse relier ses convictions, ses référents culturels, son mode de vie à un projet de développement d’un territoire commun et partagé sur lequel toutes et tous pourront vivre une vie meilleure. Cela demande de rester ouvert à la diversité humaine et culturelle présente dans le Brabant wallon. Faire tomber les obstacles (géographiques, physiques, linguistiques, intellectuels, symboliques, financiers…) qui freinent ou empêchent l’effectivité des droits culturels pour toutes et tous constitue encore et toujours un défi à relever. Faire émerger et partager la diversité des référents, des convictions, des représentations, des expressions en présence pour imaginer un cadre de vie commun représente un deuxième défi.

Capacité d’analyse, de débat, d’imagination et d’action

L’augmentation des capacités des individus et des groupes forme la deuxième visée prioritaire du décret. Les pratiques culturelles actuelles visent à mettre en avant l’amélioration des capacités critiques, créatives et citoyennes d’un maximum de personnes ou de groupes sur un territoire donné. Ce référentiel fait plutôt écho au principe de démocratie culturelle à l’œuvre depuis longtemps dans le champ socioculturel et confirme les pratiques prônées par la synergie CCBW/MUBW.

Un troisième défi, de taille, et toujours sur le métier, est celui de l’évaluation. Autrefois, les pratiques d’évaluation portaient sur la qualité des dispositifs déployés et leur fréquentation. Mais aujourd’hui, ces dispositifs sont appelés à être évalués quant à leur impact sur l’effectivité des droits culturels et le développement des capacités des populations. Une exigence qui parait légitime, mais qui demande à réinventer les méthodes d’évaluation pour y associer pleinement les populations.

Recourir à des démarches participatives

L’urbanisme doit aborder le territoire sous ses différents aspects, en l’occurrence ici, comme un espace culturel de brassage, un espace public de rencontres, de partage, de création et parfois de confrontation des expressions citoyennes. Populations, associations, institutions publiques, champs social, économique, artistique, éducatif et politique doivent être associés dans une participation active à l’aménagement d’un territoire commun et partagé. Dans cette perspective, et c’est le quatrième défi à relever, le CCBW, opérateur culturel majeur en Brabant wallon, doit articuler cette participation citoyenne à la création et à l’intervention artistique pour engendrer une dynamique favorable à la créativité et à l’ouverture de nouveaux imaginaires pour toutes et tous.

Ensemble, la MUBW et le CCBW contribuent à la construction de récits communs. Gageons que tous deux et, plus largement, le réseau provincial des Centres culturels que fédère le CCBW, continueront à mettre tout en œuvre pour relever les défis pointés ici.

«La définition de la culture donnée impose chaque être humain comme acteur culturel avec pour enjeu essentiel de faire humanité ensemble.»

Changement de référentiel pour les centres culturels

En 2013, la Fédération Wallonie-Bruxelles a voté un nouveau décret1 portant sur la reconnaissance des centres culturels. L’article 2 précise que l’action de ces derniers vise à :

  1. Contribuer à l’exercice du droit à la culture2 des populations.
  2. Augmenter la capacité d’analyse, de débat, d’imagination et d’action des populations d’un territoire.
  3. Recourir notamment à des démarches participatives pour atteindre ces objectifs.
  4. Associer les opérateurs culturels d’un territoire à la conception et à la conduite d’un projet d’action culturelle, cette association devant s’entendre de manière large.

  1. Décret relatif aux Centres culturels du 21/11/2013 – MB 29/01/2014.
  2. Le droit à la culture se trouve inscrit dans les articles 22 et 27 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, adoptée en 1948 ; dans l’article 15 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, adopté par les Nations Unies, le 16 décembre 1966. Par ailleurs, la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels du 7 mai 2007 contient des principes et une définition des droits culturels.