Une vision claire pour  freiner l’étalement urbain

La Wallonie dispose enfin de sa stratégie territoriale pour les prochaines décennies. Le Schéma de développement du territoire a été adopté fin avril par le Gouvernement wallon. Il entrera en vigueur le 1er aout. Un sérieux coup de frein pour l’étalement urbain. Et un sérieux coup d’accélérateur pour la concentration de l’habitat dans les centres urbains et ruraux.

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Texte : Xavier Attout - Illustration : Marco Paulo

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Il faut bien l’avouer : pas grand monde, hormis les initiés, ne réalise vraiment l’ampleur de la réforme qui vient d’être adoptée par le Gouvernement wallon. Ce Schéma de développement du territoire (SDT) va pourtant bouleverser la manière d’habiter, de consommer et de se déplacer de tous les Wallons. Un document qui doit en fait réorienter complètement les décisions régionales et communales en matière d’aménagement du territoire et d’urbanisme. Cet outil met en place des mesures concrètes qui doivent permettre de maitriser l’artificialisation des sols et de lutter contre l’étalement urbain. De quoi donner enfin à la Wallonie les moyens de ses ambitions pour lutter contre l’urbanisation effrénée de son territoire. Si une première version a été présentée au printemps 2023, quelques ajustements ont été effectués suite aux 1 430 observations relevées lors de l’enquête publique. Tour d’horizon des principaux changements.

Le principe global reste le même

On le sait, pour parvenir à recentrer l’urbanisation du territoire, de nouveaux concepts sont mis en place dont le principal est celui des centralités. Il vise à orienter en priorité les futurs projets dans un périmètre précis qui concentre les logements et offre une proximité aux services et équipements. En clair, il vise les lieux les mieux équipés et desservis par les transports en commun. Désormais, 3 nouveaux logements sur 4 devront être construits au sein de ces périmètres. En dehors de ces périmètres, il sera toujours possible de construire sa maison. Mais ce sera plus compliqué. Pour chaque commune, l’Iweps, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, a établi des propositions de périmètres de centralités. Chaque entité doit se baser sur ces propositions pour les affiner (en s’écartant au maximum de 50 %). Elle dispose de six années (au lieu de cinq au départ) pour déterminer leurs périmètres de centralités en élaborant un Schéma de développement communal ou pluricommunal. Si ce n’est pas le cas, les centralités reprises dans le SDT s’appliqueront. « Suite aux remarques reçues lors de l’enquête publique, il a été décidé de donner davantage de latitude aux communes pour établir leurs centralités afin de garantir une meilleure autonomie communale, pointe le bioingénieur du CREAT-UCLouvain, Alexandre Leclercq, l’un des membres du consortium qui a piloté cette révision, en compagnie d’UpCity, de BDO, d’HSP et du SPW Territoire. Cela permettra de mieux tenir compte de certaines réalités. »

Quelques changements et des nouvelles notions

Ce changement traduit une meilleure prise en compte des territoires ruraux. Une plus grande flexibilité est également introduite pour créer des centralités supplémentaires. « Les différentes réalités territoriales, notamment rurales, sont mieux prises en considération, de quoi conforter la cohésion territoriale et la qualité de vie », ajoute Alexandre Leclercq. Cela s’est traduit par un renforcement du concept de coeurs excentrés. Soit une volonté de consolider les activités des quartiers et villages non repris en centralités, mais qui présentent un nombre important de logements de même que des équipements et des services. Une plus grande densité y sera autorisée. « Si l’objectif du SDT est de réduire l’étalement urbain et de lutter contre l’artificialisation des sols, on ne peut en effet nier le caractère polycentrique de nos territoires ruraux et l’effort plus important qu’ils doivent consentir pour atteindre, à l’horizon 2050, le résultat que la plupart des grandes villes wallonnes ont déjà atteint. C’est pourquoi nous devons les accompagner et leur laisser plus de flexibilité », lance le ministre de l’Aménagement du territoire Willy Borsus.

Ajoutons que les villes ou communes qui ont déjà atteint les objectifs de maîtrise de l’artificialisation et de lutte contre l’étalement urbain devront quant à elles proposer un cadre de vie plus attrayants et des logements de qualité.

TROIS QUESTIONS QUI SUSCITENT DES INTERROGATIONS

Pourra-t-on encore construire où on veut ?

Jusqu’en 2050, la réponse est affirmative, même si les nouvelles règles encouragent à construire son logement dans les centralités.. Après, c’en sera terminé puisqu’il ne sera plus possible d’urbaniser des terrains qui ne l’ont pas encore été. Sauf à se lancer dans des opérations de démolition/ reconstruction. Contrairement à ce qui a été décidé en Flandre, tous les terrains qui sont constructibles au plan de secteur le resteront hormis révision ponctuelle de plan de secteur. Une astuce qui permet d’éviter à la Wallonie de payer des milliards de moins-value aux propriétaires lésés. Le SDT réduit par contre sérieusement la densité en dehors des centralités de chaque commune. Y construire des immeubles à appartements y sera par exemple bien plus compliqué. « Rappelons aussi que les densités encadrant l’urbanisation proposées par le SDT s’appliqueront uniquement pour les projets de plus de 0,5 ha », précise Alexandre Leclercq.

Comment les communes calculeront le proportion de logements autorisés dans et en dehors des centralités ?

Pour le Brabant wallon, la fonctionnaire déléguée aura la main. Elle devra veiller à ce que la proportion 75/25 soit bien respectée de même que la trajectoire vers la fin de l’artificialisation. Elle aura une vue macro sur tous les projets. Mais l’idée est surtout que chaque commune tende elle-même vers cette proportion.

Comment établir dans les temps un Schéma de développement communal vu le peu de bureaux d’études disponibles ?

La question inquiète les communes et les acteurs de l’immobilier. Le ministre Borsus estime que des bureaux vont se créer vu la demande. « Et puis, sur les 253 communes wallonnes, toutes ne lanceront pas un SDC au même moment, pointe Alexandre Leclercq. Beaucoup vont temporiser, d’autres seront satisfaites des centralisées proposées. La demande augmentera sans doute mais devrait s’étaler dans le temps. Et n’oublions pas qu’il faut au mois trois ans pour réaliser un tel document.»

 

Voici les douze défis sociétaux du SDT

1. Garantir un développement et une prospérité pour tous les territoires

2. Lutter contre les inégalités

3. S’adapter aux effets du changement climatique et en diminuer les causes

4. Répondre aux besoins en logements et en services de proximité

5. Positionner la Wallonie sur la carte de l’Europe

6. Améliorer la santé et le bienêtre de tous

7. Décarboner la mobilité et déployer une mobilité équilibrée selon les spécificités des territoires

8. Assurer l’accès à une énergie bas carbone

9. Développer, restaurer et préserver la biodiversité

10. Privilégier l’économie circulaire

11. Vivre avec les incertitudes et les changements

12. Agir collectivement et de façon coordonnée