Une rivière, deux Louvain 25 km pour relier

Une rivière, deux Louvain 25 km pour relier

Texte : Bénédicte Dawance - Photos : UCLouvain

Coopération interuniversitaire, projet façonné par l’expérimentation et lieu à révéler sont les coups de cœur des trois professeurs pilotes d’un workshop / summer school qui mettait à l’honneur la Dyle en questionnant la reconnaissance d’un sentier de Grande Randonnée reliant les deux Louvain. Retour sur cette semaine d’aventures tout terrain qui place les savoirs ailleurs que derrière un écran.

Coopération interuniversitaire, projet façonné par l’expérimentation et lieu à révéler sont les coups de cœur des trois professeurs pilotes d’un workshop / summer school qui mettait à l’honneur la Dyle en questionnant la reconnaissance d’un sentier de Grande Randonnée reliant les deux Louvain. Retour sur cette semaine d’aventures tout terrain qui place les savoirs ailleurs que derrière un écran.

Texte : Bénédicte Dawance - Photos : UCLouvain

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Ce fut une semaine de septembre bien intense pour la douzaine d’étudiants en architecture, urbanisme et paysage, et leurs professeurs. Au programme de cette semaine : marche, vélo et même canoë, croquis et maquette collective. Et surtout, des rencontres avec les acteurs de terrain venus de divers horizons et le partage d’une vision sensible d’un territoire peu cartographié en l’état. D’où est né ce projet ? Que voulait-il rencontrer ? Que nous révèle-t-il et quelles perspectives ouvre-t-il ?

Une triple volonté

Christian Nolf, Jean-Philippe De Visscher et Guillaume Vanneste sont les trois professeurs d’urbanisme qui ont accompagné les étudiants belges et étrangers venus se prêter à l’exercice. Le premier officie à la KU Leuven, les deux suivants à l’UCLouvain. Tous trois sont animés par une triple volonté : « Nous voulions profiter de l’anniversaire des 600 ans des deux universités pour ouvrir symboliquement une nouvelle ère de dialogue et de collaboration après la séparation douloureuse des années 1960 », souligne Christian. À cette volonté s’ajoute l’intérêt de travailler sur la vallée de la Dyle. Guillaume l’atteste : « C’est un territoire fréquemment étudié, il est vrai. Considérer l’étendue d’un bassin versant comme entité territoriale à étudier est stimulant, car elle permet des lectures systémiques au niveau des habitats. » Et Christian d’ajouter : « Nous voulions révéler le magnifique paysage de la vallée de la Dyle. Le projet du Parc national des Forêts du Brabant (Brabantse Wouden) – qui englobe cette vallée et la forêt de Meerdael – incarne déjà cette vision. » Jean-Philippe aime pour sa part souligner que ce workshop constituait l’occasion d’investir la ferme de Lauzelle comme un « laboratoire de la transition », tel que prévu dans les plans de l’université. « Sa situation en fait un lieu idéal pour étudier l’ensemble des enjeux liés à la transition durable des territoires suburbains. Un lieu à partir duquel explorer un territoire complexe, réfléchir en dehors des cadres habituels, réaliser des installations artistiques ou inviter les partenaires à des débats collectifs. Bref, un lieu destiné à la formation aux métiers de la transition. »

Nous voulions révéler le magnifique paysage de la vallée de la Dyle.
Christian Nolf, KU Leuven

Un sentier qui en dit long

Ici, pas question de produire des projets ficelés au bout de la nuit. Le workshop se voulait immersif, à la rencontre du territoire et de ses acteurs. Guillaume le confirme. « C’est important de capitaliser aussi sur ces dispositifs conviviaux qui permettent de faire circuler engagement et connaissance plus aisément que des méthodes plus à distance de l’objet d’étude. »

Chaque journée a été l’occasion de parcourir des lieux, et comprendre ce qui les relie au départ du récit des acteurs : province, communes, milieu associatif de part et d’autre d’une limite régionale qui s’est estompée pour un temps. Ces rencontres ont mis en exergue une présence forte de la Dyle dans les représentations et perceptions du territoire. Les attentes sont fortes vis-à-vis d’elle pour qu’elle se révèle pleinement. Mais le workshop a aussi mis en évidence la complexité d’un territoire qui mêle des enjeux parfois contradictoires. Jean-Philippe le souligne. « La vallée de la Dyle constitue à la fois un écosystème vivant et fluctuant qu’il convient de préserver, une zone agricole fertile dépendante des nappes aquifères, un espace d’immersion temporaire protégeant les zones urbanisées des inondations, un lieu de loisirs pour une aire suburbaine en manque d’espaces publics, un réseau de mobilité active et de transports en commun au sein d’une région très dépendante de la voiture, ou encore un potentiel moteur d’économie touristique pour des centres urbains tels que Wavre… »

Si la Dyle a creusé son sillon dans ce bassin complexe, le sentier de randonnée, lui, s’y faufile. Dyle et sentier dialoguent et irriguent un territoire. C’est sur ce fil ténu que l’exploration des étudiants s’est menée. Peu visibilisé, ce fil n’est pourtant fragmenté qu’à de rares endroits. Il en faudrait donc peu pour qu’il puisse être utilisé davantage et tisser des liens entre les territoires traversés, relier les équipements, gares et espaces habités. Le workshop a été l’occasion de questionner ce sentier, et parfois d’en proposer de nouveaux tronçons, bien au-delà de la question de marche. « Le projet de sentier de grande randonnée (GR) s’est dès lors révélé un puissant levier de cohésion territoriale : un projet en apparence simple et réaliste, mais qui conduit à croiser et à intégrer un grand nombre de perspectives sur ce territoire complexe », conclut Jean-Philippe.

Le potentiel d’un projet commun

Les constats d’une complexité territoriale mêlés à la conscience d’une présence de la Dyle comme espace de projets permet de dessiner des perspectives. On ne part pas de zéro pourtant, mais des efforts doivent être entrepris, poursuivis et renforcés là où les initiatives sont déjà portées. Et, à la clé, tant en Brabant flamand qu’en Brabant wallon, une coordination, une coopération des différentes communes, administrations, associations, agriculteurs, habitants, etc., à renforcer, voire inventer. « Pour y parvenir, il est indispensable de construire un cadre rendant la collaboration réellement enthousiasmante. Il convient de prendre le temps d’apprécier et de représenter tout le potentiel du projet commun, de prendre le temps d’en discuter, d’en construire le sens », prévient Jean-Philippe. « L’énergie déployée par les participants au workshop a contribué à créer un climat positif, favorable à des échanges ouverts, créatifs et ambitieux, suscitant l’envie de prolonger la réflexion. Cependant, ce workshop a également mis en évidence qu’à ce jour, personne n’est chargé de concevoir, de mettre en œuvre et d’animer ce cadre commun. »

Que retenir de cette expérience ? Là où Christian liste les projets à mener entre espaces à valoriser et parcours à aménager, Guillaume et Jean-Philippe soulignent, pour leur part, l’effet levier qu’un tel exercice suggère. Partant d’un processus de concertation bien plus que celui du projet spatial, ils nourrissent l’espoir d’une suite à donner à cet élan. Ils soulignent au passage le rôle moteur de l’Université en tant qu’acteur-tiers permettant d’initier des collaborations et de faire émerger des visions partagées.

Les attentes sont fortes vis-à-vis de la Dyle pour qu’elle se révèle pleinement.