Un dernier quartier qui se veut précurseur et exemplaire

Le développement du dernier quartier d’envergure de Louvain-la-Neuve vient d’être balisé. Les 30 hectares d’Athéna-Lauzelle seront un laboratoire à ciel ouvert des besoins de demain en matière de mobilité, d’énergie et d’habitat. L’UCLouvain a rassemblé ses compétences pour réussir le pari de l’avenir.

Texte : Xavier Attout - Photo : UCLouvain

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” Ce sera un quartier qui sera exemplaire en termes de durabilité, de mixité et de mobilité. Il permettra à Louvain-la-Neuve de garder son côté précurseur en Wallonie. Il se veut très ambitieux, ayant la vocation de marquer les 50 prochaines années d’une audace visionnaire. Et il offrira également à des familles la possibilité d’habiter à nouveau à Louvain-la-Neuve, ce qui devenait de plus en plus difficile vu l’explosion des prix de l’immobilier et le manque de contrôle sur le foncier. »

Nicolas Cordier, le directeur de l’Inesu, qui est en charge du développement urbain et de la promotion immobilière à l’UCLouvain, ne dissimulait pas sa satisfaction suite à l’adoption fin janvier du Schéma d’Orientation Local (SOL) Athéna-Lauzelle par la commune d’Ottignies-LLN. Une étape longue de quatre ans pour mettre en place un outil urbanistique (élaboré par le bureau d’études XMU-Urbaniste) qui balise les grandes lignes du développement de cette zone de 30 hectares située au nord de Louvain-la-Neuve, entre le golf, le bois de Lauzelle et le quartier de Lauzelle. Une seconde étape administrative – de près de trois ans – va maintenant débuter avec le lancement du permis d’urbanisation de la première des trois phases. Au total, l’aménagement de ce nouveau quartier de 1250 logements devrait prendre quinze ans.

Les familles seront privilégiées

Ce projet doit redistribuer certaines cartes. Notamment celle de l’offre de logements, qu’il faut aujourd’hui largement rééquilibrer en réinstaurant par exemple des logements de grande taille, tout en la diversifiant et en la rendant accessible financièrement. Certains promoteurs ayant eu les coudées (très) franches lors des derniers grands développements. « Tout le monde doit pouvoir profiter des services et des équipements de Louvain-la-Neuve, rappelle Nicolas Cordier. La ville ne peut être réservée à certaines catégories de la population. Nous avons une chance unique de proposer un quartier innovant, abordable financièrement et ouvert à des habitats différents. Nous avons réussi à créer une réelle adhésion autour de ce projet. Ce qui n’était pas une sinécure car il y a très peu de projets de cette ampleur en Wallonie. »

Parmi les particularités, relevons que le projet comprendra donc 60 % de logements de plus de 3 chambres. Ils prendront des formes différentes : maisons familiales, bifamiliales (deux maisons superposées), grands logements collectifs (dont de l’habitat groupé), etc. « D’autres formes d’habiter seront également prévues comme l’habitat groupé, le cohousing ou encore des appartements de plus petite taille dans des immeubles collectifs, précise Erika Lepers, en charge du développement de ce quartier pour l’Inesu. L’accent sera également mis sur la mutualisation des services et des équipements. »

Nous avons réussi à créer une réelle adhésion autour de ce projet. Ce qui n’était pas une sinécure car il y a très peu de projets de cette ampleur en Wallonie.

Nicolas Cordier, directeur de l’Inesu

40 % de logements abordables

Une autre carte à redistribuer est donc celle de l’accessibilité au logement. L’UCLouvain va abandonner son modèle historique de distribution de foncier (first in, first out) pour une sélection plus spécifique des candidats. 998 ménages figurent déjà sur une liste d’intérêt. Ils devront dorénavant répondre à une série de critères. « 40 % des logements seront proposés à prix sociaux, moyens ou déterminés, lance Nicolas Cordier. Notamment via l’adaptation des critères d’emphytéose et l’aide de différents opérateurs comme l’APIBW ou Notre Maison. Nous voulons également lutter contre les plus-values foncières. Si nous vendons des terrains à des prix en dessous du marché, l’acquéreur ne pourra pas à terme profiter de la totalité de la plus-value. Nous voulons surtout mettre l’accent sur la qualité de l’habitat et l’intérêt d’habiter ici. Ces ménages seront également réservés à ceux qui s’y domicilient. » Ajoutons que la mise en place d’un Community Land Trust figure également au programme. Rayon mobilité, le quartier se voudra piéton avec des espaces de stationnement aménagés à l’entrée du quartier. Des véhicules pourront rouler occasionnellement sur le site. « Une limitation stricte de la circulation de la voiture dans le quartier sera privilégiée, pointe Erika Lepers. La mobilité alternative en lien avec les quartiers de LLN et une mutualisation du stationnement sont encouragées (ndlr : un emplacement par habitation, pas nécessairement réservé au propriétaire du ménage). » Une voie cyclopiétonne fera office d’axe structurant, sur laquelle viendront se greffer des espaces publics.

Le bois de Lauzelle doit rester un atout

Son accès sera donc protégé pour favoriser le bon développement de la biodiversité. Une trame verte jouera un rôle structurant dans le quartier. « Il s’agit d’un bois appartenant à l’UCLouvain, nous n’avons donc aucune intention de détériorer sa biodiversité, précise Erika Lepers. De nombreux aménagements sont prévus pour le préserver et le mettre en valeur. Par ailleurs, que ce soit en matière de gestion durable de l’eau, d’ambition énergétique (ndlr : avec la mise en place d’un important réseau de chaleur), de qualité des espaces publics ou encore de mobilité, nous avons fait appel pour la première fois aux experts de l’UCLouvain, créant une multitude de groupes de travail. Il était important de faire appel à la richesse de nos ressources internes. »

Ajoutons qu’un établissement scolaire et une extension de la ferme universitaire sont également prévus, de quoi renforcer le volet de la « ville à dix minutes ». Quelques commerces essentiels figurent également au programme (pharmacie, supérette, etc.). Le boulevard de Lauzelle sera complètement réaménagé pour ne plus créer de frontière avec le quartier voisin. Apaisé, il comprendra plusieurs traversées souterraines cyclopiétonnes. Quid de la suite ? Si tout se déroule dans les délais prévus, une étude d’incidence environnementale va être lancée dans les prochains mois. Elle sera suivie (mais pas avant trois ans) d’un premier permis d’urbanisation pour la phase 1. Il comprendra environ 550 logements (500 pour la phase 2 et 200 pour terminer). Suivront des demandes de permis d’urbanisme spécifiques, déposées soit par des particuliers, des groupes de particuliers ou des promoteurs immobiliers. « Nous souhaitons également rassembler des particuliers qui ont la même vision d’habiter, de manière à ce qu’ils créent ensemble un habitat durable », lance Erika Lepers.