Un collectif d’architectes qui milite pour le bois
Un collectif d’architectes qui milite pour le bois
Cela fait presque deux décennies que les architectes de La Verte Voie, à Ottignies, construisent des maisons en bois pour leurs clients. Adeptes de l’écoconstruction et de l’architecture bioclimatique, ils prônent l’usage de techniques et matériaux respectueux de l’environnement dans leurs projets.
Cela fait presque deux décennies que les architectes de La Verte Voie, à Ottignies, construisent des maisons en bois pour leurs clients. Adeptes de l’écoconstruction et de l’architecture bioclimatique, ils prônent l’usage de techniques et matériaux respectueux de l’environnement dans leurs projets.
Texte et photos : Frédérique Masquelier
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Créé voici près de vingt ans à Ottignies, le collectif d’architectes La Verte Voie partage une amitié fondatrice, mais aussi une philosophie et des valeurs communes. Et ce, tant en ce qui concerne ses activités – l’écoconstruction, l’architecture bioclimatique, l’usage de matériaux biosourcés (bois, paille, argile, terre crue…), le recours à la mobilité douce dans ses déplacements, etc. – que son mode de gouvernance, basé sur l’intelligence collective et l’organisation horizontale, rompu à la communication et au dialogue. Un fonctionnement particulier qui l’amène naturellement à travailler sur des projets à haute valeur sociétale comme des habitats groupés.
Durabilité et réemploi
Le choix de la construction en bois s’est imposé très tôt dans l’histoire du collectif. «À présent que les règlementations PEB en matière de chauffage et d’isolation ont permis de diminuer fortement les émissions de gaz à effet de serre liées à la déperdition de chaleur, nous avons décidé de nous concentrer sur les matériaux utilisés», cadre Catherine Massart, ingénieure-architecte à La Verte Voie et chercheuse à l’UCLouvain. Le tout en analysant le cycle de vie complet des matériaux, depuis la phase d’extraction ou de fabrication à la mise en œuvre, en passant par le transport et, en fin de parcours, le recyclage. «L’intérêt du bois, c’est que c’est une ressource qui n’est pas épuisable et dont le cycle de croissance est relativement court. Sans oublier le fait que l’arbre stocke du CO2 tout au long de sa vie. L’idée est donc de prendre aussi en compte la gestion de la parcelle boisée et de veiller, quand on coupe un arbre, à en replanter un autre qui stockera le même volume de CO2.»
En parallèle, les architectes de La Verte Voie s’efforcent, dans la mesure du possible, de privilégier le réemploi. «Dans nos projets de rénovation, toute une série d’éléments sont démontés, réutilisés ou stockés sur le chantier de manière à être récupérés par des tiers», explique Jean-Frédéric Lambert, architecte et urbaniste, membre du collectif, en listant le bois de charpente ou encore les châssis et les portes. À noter que l’usage de châssis et de portes de réemploi complique un peu la procédure au niveau des demandes de permis d’urbanisme. «Notamment en ce qu’il est difficile de connaitre à l’avance les dimensions des pièces qui vont être réemployées. Cela demande une certaine souplesse de la part des services urbanistiques communaux.»
«Le surcout lié à la construction bois peut être facilement maitrisé et compensé. En réduisant la superficie habitable, on obtient un budget à l’équilibre.»
Jean-Frédéric Lambert, architecte à La Verte Voie
Un teambuilding pour la commune de Rixensart
C’est dans le cadre d’une journée hors les murs organisée en juin au bénéfice des services urbanisme, environnement et mobilité de la commune de Rixensart que la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon, mandatée pour l’occasion, a proposé une rencontre avec le collectif d’architectes La Verte Voie. Au programme, après une présentation des activités du bureau, la visite de deux projets confiés au collectif à Chaumont-Gistoux : deux maisons unifamiliales jumelées bâties en ossature bois et un hangar agricole couplé à une habitation construite en paille.
Un surcout de 10 à 15%
Lorsqu’on lui pose la question des réticences des maitres d’ouvrage en matière de construction en bois, Jean-Frédéric Lambert n’en relève aucune. «Nos clients connaissent notre parti pris pour le bois. Par ailleurs, il n’y a, selon moi, aucune raison de ne pas y avoir recours, argue-t-il, sinon esthétique ou par crainte d’une mauvaise mise en œuvre. L’ossature bois est assez complexe et nécessite, il est vrai, une certaine expertise de la part des entrepreneurs.» Ce qui l’amène à évoquer le prix de ce type de construction. «Il y a un surcout de l’ordre de 10 à 15 % par rapport à une construction traditionnelle, lié en grande partie à la mise en œuvre. Mais ce supplément peut être facilement maitrisé et compensé. En réduisant la superficie habitable, on obtient un budget à l’équilibre.» Et d’indiquer que les maisons unifamiliales en bois imaginées par le collectif se limitent en moyenne à 110 m2 de surface nette. «Cela demande un peu de réflexion pour valoriser chaque espace», reconnait-il, tout en pointant que réduire la superficie habitable des logements est dans l’air du temps, quel que soit le mode constructif. Défis de l’optimisation spatiale et de la préservation des ressources obligent.
Le vieillissement du bois, qui grisonne quand il est exposé à la pluie et au soleil, est perçu par certains comme une contrainte. C’est, en tous les cas, un argument souvent avancé par les communes pour motiver le refus d’une demande de permis d’urbanisme, au même titre que l’intégration dans le voisinage. «Il faut simplement en être conscient lors de la conception de la maison, en étudiant chaque débordement pour obtenir une apparence harmonieuse», oppose Jean-Frédéric Lambert.
Des principes bioclimatiques
Le choix de la construction bois nécessite par ailleurs la mise en place de principes bioclimatiques dans l’architecture. «Nous attachons beaucoup d’importance à la gestion de la chaleur l’été, reprend Catherine Massart. En plus d’un grand soin apporté à l’étanchéité à l’air, nous prévoyons des éléments de protection solaire de type pare-soleil en bois, débordements de toitures ou balcons, mais aussi plantes grimpantes pour conserver la fraîcheur à l’intérieur des maisons.»
Des matériaux triés suivant leur cycle de vie
Pour savoir quels matériaux de construction privilégier sur base de l’analyse de leur cycle de vie et donc, de leur impact sur l’environnement, il existe un outil d’évaluation utilisé par les trois Régions du pays : TOTEM, pour Tool to Optimise the Total Environmental impact of Materials. Créé en 2011, il est issu d’une collaboration entre l’OVAM (la société régionale flamande de gestion des déchets), le Service Public de Wallonie et Bruxelles Environnement, et a été développé en accord avec les normes européennes en matière d’analyse de cycle de vie des matériaux et des bâtiments. «TOTEM fonctionne avec une vaste base de données de matériaux de construction et pondère chaque impact environnemental pour arriver à une unité : le micropoint, détaille Catherine Massart. C’est un outil d’aide à la prise de décision que l’on peut consulter à toutes les étapes d’un projet architectural en vue de privilégier un matériau plutôt qu’un autre, une technique plutôt qu’une autre, dans une démarche d’innovation et d’écoconception des systèmes constructifs.»
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