Tubize réinvestit ses friches industrielles
Tubize réinvestit ses friches industrielles
À Tubize, il y a l’avant et l’après Clabecq. Boudée pendant un temps, la commune, en pleine opération de réhabilitation de ses friches industrielles, renoue à présent avec son attractivité. Cette fois encore, ses atouts se conjuguent avec accessibilité géographique, mais aussi financière.
Texte : Frédérique Masquelier
À Tubize, il y a l’avant et l’après Clabecq. Boudée pendant un temps, la commune, en pleine opération de réhabilitation de ses friches industrielles, renoue à présent avec son attractivité. Cette fois encore, ses atouts se conjuguent avec accessibilité géographique, mais aussi financière.
Texte : Frédérique Masquelier
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Vue du ciel, Tubize s’apprécie dans toute sa diversité. Son paysage révèle une multitude de petites vallées creusées par la Senne et la Sennette – au confluent desquelles la ville s’est construite – mais aussi par onze autres cours d’eau qui serpentent sur son territoire. Le tissu urbain dense fait place çà et là aux zones industrielles qui ont forgé l’histoire et le bâti de la cité ouvrière, ancrées au bord de l’eau ou au large des axes routiers. Tandis que les trois villages de Saintes, Oisquercq et Clabecq se démarquent en périphérie, dans une étendue de champs et de prairies.
En un seul regard, les particularités de Tubize et, surtout, les défis urbanistiques qui en découlent sautent aux yeux, entre réhabilitation des friches industrielles, aléas d’inondations (à l’image de l’épisode catastrophique de 2010), préservation des terres agricoles et des zones boisées, et expansion de l’activité économique. Sans oublier l’enjeu déterminant de la mobilité, la commune étant résolument tournée vers Bruxelles en termes d’emploi.
De cité agricole à cité ouvrière
Tubize a longtemps vécu de l’agriculture. Mais son destin bascule au 19e siècle, quand diverses industries s’installent sur ses terres. Il en va des Forges de Clabecq, indissociables de son histoire, comme de plusieurs fonderies, d’ateliers mécaniques et métallurgiques, de tuileries, de briqueteries ou d’une soierie. Outre la concentration de cours d’eau qui a permis d’utiliser l’énergie hydraulique pour alimenter les usines, la position stratégique de Tubize le long d’une route nouvelle reliant Bruxelles à la France via Mons, mais aussi, et surtout, la présence de la ligne de chemin de fer et du Canal de Bruxelles-Charleroi ont accéléré l’industrialisation de l’ancien bourg agricole.
Depuis le tournant des années 2000, les autorités locales s’attellent à accélérer la reconversion des sites d’activités.
Puis, la tendance s’est inversée. Se heurtant aux deux guerres et aux crises économiques mondiales, Tubize a vu son industrie décliner peu à peu à partir des années 1970. Alors que quelque 6.000 ouvriers sont employés aux Forges pendant les Trente Glorieuses (1945-1975), dont beaucoup issus de l’immigration italienne, ils ne sont plus que 1.800 lors de la faillite en 1996. Idem pour Fabelta, la soierie devenue fabrique de textiles, qui comptait encore 3.400 ouvriers en 1969, dix ans avant sa faillite (1980). Un peu partout, les usines mettent la clé sous la porte et nombre de foyers tubiziens se retrouvent sans ressources.
Face à la multiplication des chancres industriels, les autorités locales décident de prendre le problème à bras-le-corps. Depuis le tournant des années 2000, elles s’attellent à accélérer la reconversion des sites d’activités, espérant qu’au terme des assainissements et des mises en chantier, la création d’emplois et de logements sur leur territoire se solde par le retour des travailleurs comme des nouveaux habitants. Un pari en partie gagné au vu de la progression démographique de la commune ces dernières années (plus de 28.000 habitants en 2025), alors que la reconversion des Forges n’en est qu’à ses débuts.
Les secondes vies des Forges de Clabecq
Les Forges de Clabecq laissent derrière elles deux cents ans d’histoire à Tubize, imprégnant des générations entières. Mais aussi, plus concrètement, quelque 80 hectares artificialisés et pollués à réhabiliter. Une entreprise à laquelle le groupe sidérurgique Duferco, qui a racheté le site en 1997, s’est attaqué dès l’arrêt du dernier haut fourneau encore en activité, en 2002. Pour ce faire, il s’est entouré de partenaires, dont font partie la commune et la Région wallonne. Et a choisi une approche innovante pour l’époque en mettant en place un « atelier urbain », soit un processus de participation et de concertation avec toutes les parties en présence : riverains, intercommunales, instances consultatives, administrations… De quoi aboutir, en 2012, à un master-plan prévoyant du résidentiel (2.000 à 2.500 logements), des bureaux, des commerces, des services, des équipements, des activités économiques et logistiques, et des espaces verts. Pour desservir ce futur ensemble, le master-plan table sur un boulevard urbain faisant figure de nouvelle entrée de ville, de même que sur la mise en place d’un contournement au nord du site afin de désencombrer la voie d’accès au centre de Tubize.
Dans la décennie qui a suivi l’élaboration du master-plan, « un nouveau quartier d’environ 200 logements a été réalisé, celui des Coteaux, dans le prolongement du quartier existant de la Bruyère, retrace Pierre Antoine, directeur du Centre culturel de Tubize et ancien échevin des Travaux et de la Mobilité (2021-2024). Par ailleurs, une zone économique vouée à de l’industrie lourde a été délimitée en face du laminoir, au sud du site. Et, au nord, une seconde zone de dix hectares réhabilitée par la SARSI (Société d’assainissement et de rénovation des sites industriels du Brabant wallon, NdlR) accueille une poignée de PME ».
En parallèle, un vaste chantier a été lancé, celui du Tubize Outlet Mall, surnommé TOM. Implanté entre le Canal et les voies de chemin de fer, sur la portion la plus large du site des anciennes Forges, le projet comprend un centre commercial de 82 magasins, des logements et une ferme urbaine sur les toits du mall. Après un temps d’arrêt d’un an suite à des changements dans le pool d’investisseurs et au report du contournement nord, essentiel pour la viabilité du centre commercial, les travaux vont bientôt reprendre.
Divers projets sont également dans les cartons et annoncés pour les années à venir. Tel un nouveau parc d’activités économiques attendu pour 2027-2028, le Clabecq City Business Park, développé par l’intercommunale InBW. Au programme, seize hectares dont la moitié sera allouée à des PME, bureaux ou ateliers d’artisans, et l’autre moitié à des activités multimodales tirant parti du Canal. Enfin, la réalisation du futur quartier résidentiel dit du Vallon et Bocage a été confiée à la société Modulart qui y construira 220 logements (dont 60 maisons unifamiliales) et une école.
La réhabilitation du chemin des amoureux réunira Ville et Canal
Emprunté par les ouvriers des Forges de Clabecq pour relier le Canal au centre-ville de Tubize, le joliment nommé chemin des amoureux n’est plus praticable depuis une vingtaine d’années. Ce qui ne laisse pas d’autre choix aux piétons et cyclistes souhaitant rejoindre le chemin de halage depuis la gare de Tubize que de faire un long détour. Réunis en association, des citoyens militent pour la réhabilitation du sentier pédestre. « Tubize ne mise pas assez sur le vélo, pourtant elle est congestionnée matin et soir », déplore Stéphanie De Meulemeester, membre de l’ASBL pro-vélo Gracq Tubize et habitante de la commune. « Et la situation va empirer avec le projet de boulevard urbain car l’accès au Canal risque d’être encore plus compliqué. » En 2024, une pétition a été remise au conseil communal. « À défaut de fonds publics suffisants, la piste des charges d’urbanisme est envisagée pour solliciter l’investissement des porteurs de projets sur le site des anciennes Forges. Mais rien n’a encore été entériné. »
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