Touche pas à mon bois

Un projet immobilier, des riverains mécontents et une issue qui s’annonce positive. Des habitants de Mont- Saint-Guibert et Louvain-la-Neuve ont transformé leur opposition en force de propositions pour tenter de dégager une solution. Une mobilisation qui a mêlé les générations. Et qui pourrait servir d’exemple.

Texte : Xavier Attout - Photo : Xavier Attout

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C’est une belle histoire. Les derniers chapitres ne sont pas encore écrits. Mais les débuts sont prometteurs. De prime abord, le scénario est assez classique : un promoteur immobilier souhaite construire sept immeubles résidentiels comprenant neuf à treize logements dans une zone boisée de 8,5 hectares. Les riverains s’y opposent. Et emportent la première manche, parvenant à mettre à mal les ambitions du promoteur et à s’attirer les bonnes grâces des responsables communaux. Un combat qui a, de plus, permis de rapprocher des riverains qui se connaissaient à peine. Et qui, sans le Covid, enchaineraient aujourd’hui les apéros de quartier. La scène principale se passe dans le bois du Roissart, situé à cheval sur Mont-Saint-Guibert et Louvain-la-Neuve, devant la ferme de Profondval. La société Next Day Capital souhaite construire un ensemble résidentiel sur une zone de parc privé au plan de secteur. Une zone qui, en théorie, n’est pas destinée à être urbanisée. Le CoDT n’y autorise en effet certaines constructions que si les travaux ne mettent pas en péril la destination principale du terrain et que si un Schéma d’orientation local (SOL) couvre toute la zone. Sans oublier le fait que la superficie des travaux ne peut excéder 15 % de la superficie totale d’une zone de parc de plus de 5 hectares. « Nous avons été choqués par l’ampleur du projet, relève Erika Lepers, riveraine et urbaniste. Ce parc est situé en face de nos habitations depuis de longues années. Plusieurs promoteurs ont tenté d’y développer un projet. C’est étonnant quand on connait la nature de cette zone. »

La problématique de la zone de parc

Il faut dire que le promoteur s’est engouffré dans une brèche fournie par le CoDT qui, selon les interprétations, pourraient néanmoins permettre certaines constructions. « Mais sûrement pas un ensemble d’immeubles à appartements qui dénature la zone, lance Maité Kervyn, une autre habitante du quartier. Ce n’est pas ce type de projet qui permet d’entretenir le bois, comme l’affirme le promoteur. » Résultat : des riverains se rencontrent une première fois en octobre 2019 lors d’une réunion d’information organisée par le promoteur. Une vingtaine de personnes sont présentes. Une seconde réunion est organisée dans la foulée, toujours avec le promoteur. Et avec une assistance similaire. Le contenu a de quoi les surprendre. S’en suit alors la mise en place d’une force d’opposition qui se veut constructive, rassemblant une cinquantaine de personnes concernées par le dossier. « Il est trop facile de s’opposer à un projet sans donner des pistes de solution, poursuit Erika Lepers. Le propriétaire est vendeur. Il faut respecter sa volonté et étudier les pistes alternatives à un projet immobilier. » Six groupes de travail sont alors constitués par les riverains : coordination, interpellation au conseil communal, relations avec l’échevin de l’Urbanisme et la fonctionnaire déléguée, environnement et mobilité, projet alternatif « Pour mon bois », contact avec le propriétaire et le promoteur. « Nous nous sommes très vite organisés et mobilisés, se souvient Nicole Ledent, qui habite juste en face du projet. Il y avait de nombreux profils différents, dont certains étaient spécialisés en urbanisme. La volonté principale était également d’être une force de propositions. »

” Il est trop facile de s’opposer à un projet sans donner des pistes de solution. Le propriétaire est vendeur. Il faut respecter sa volonté et étudier les pistes alternatives à un projet immobilier. Erika Lepers, riveraine

LA RÉACTION DU BOURGMESTRE, JULIEN BREUER

« Je trouve l’attitude des riverains très constructive car ils comprennent bien la situation à laquelle ils sont confrontés. À savoir une pression immobilière, les droits du propriétaire et des possibilités de construire sur leur terrain vu les règles édictées dans le CoDT. Ils proposent donc des pistes de solution qui correspondent à leurs aspirations, ce qui est très intéressant. Cette position est très rare dans les projets immobiliers. Nous les encourageons et voulons les aider dans leurs démarches. Ce n’est pas une confrontation. De notre côté, nous estimons qu’il y a suffisamment de pression foncière et de terrains en zone rouge à Mont-Saint-Guibert pour commencer à construire sur une zone de parc. Nous n’y accepterons donc pas un développement résidentiel. »

Acter le résultat

Après avoir tenté de sonder les aspirations exactes du promoteur et de connaitre les intentions de la commune de Mont-Saint-Guibert sur ce dossier, l’horizon s’éclaircit quelque peu. « Une délégation de riverains a rencontré le bourgmestre et nous lui avons exposé notre position, en disant que nous étions prêts à accepter un éventuel projet, relève Erika Lepers. Il en a été agréablement étonné. Nous avons également dévoilé nos propositions alternatives qui étaient ressorties d’un groupe de travail. Il y en a eu plusieurs, certaines plus légères que d’autres. À savoir que si le promoteur renonçait à son projet, on pouvait éventuellement prendre langue avec le propriétaire pour qu’il nous cède le terrain gratuitement. Ou encore racheter le bois, y installer un « bois du souvenir », y favoriser un projet d’habitat léger (yourte, tiny house, etc.) voire un espace récréatif (accrobranches, cabanes, etc.). » L’idée étant de proposer des alternatives qui permettent à ce bois de rester accessible aux riverains et qui ne le dénaturent pas. « Le bourgmestre a été très réceptif à nos propositions, note Maité Kervyn. Il a d’ailleurs affirmé qu’un éventuel promoteur devait au préalable s’accorder avec les riverains s’il voulait obtenir son permis. » Notons que le rachat du bois semble pour l’heure hypothétique vu le prix demandé par le propriétaire. En ce début d’année, les signaux sont en tout cas au vert. Les riverains ont obtenu en quelques mois le soutien de la commune alors que le promoteur reste discret depuis de longues semaines. « L’objectif est dorénavant de faire acter par le conseil communal notre opposition au projet immobilier, ajoute Nicole Ledent. De manière à ne pas voir un nouveau promoteur apparaitre. Il n’y a pas encore de jurisprudence dans un sens ou dans l’autre sur la question de la construction dans les zones de parc. Nous ne sommes pas contre tous les projets, mais nous souhaitons un développement qui respecte davantage les lieux et son environnement. Cette mobilisation a en tout cas été très instructive jusqu’à présent. »