Télétravailler au jardin
Télétravailler au jardin
Texte : Frédérique Masquelier
Depuis le Covid et l’essor du télétravail, un concept nouveau rencontre un certain succès : le bureau de jardin. Faisant office d’alternative à une extension pour qui n’a pas d’espace de travail à la maison, ce type de construction bénéficie d’une exonération de permis d’urbanisme sous conditions.
Texte : Frédérique Masquelier
Depuis le Covid et l’essor du télétravail, un concept nouveau rencontre un certain succès : le bureau de jardin. Faisant office d’alternative à une extension pour qui n’a pas d’espace de travail à la maison, ce type de construction bénéficie d’une exonération de permis d’urbanisme sous conditions.
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Qui n’a jamais rêvé de pouvoir travailler dans la sérénité et le cadre verdoyant de son jardin ? Quoi de plus pratique, en effet, que de traverser la pelouse pour se rendre au bureau ? Et de plus agréable que de profiter d’une vue sur son carré de verdure entre deux calls et une réunion à distance ? Ces dernières années, une poignée de professionnels se sont lancés dans l’aménagement d’espaces de travail extérieurs pour les particuliers. Des architectes, des menuisiers et des constructeurs de bâtiments préfabriqués pour la plupart, missionnés par un maitre d’ouvrage éclairé, voire à la recherche de concepts originaux et de nouveaux débouchés. Leurs réalisations ponctuelles ont essaimé çà et là, dans l’intimité et la confidentialité des initiatives privées.
Mais c’est à compter de 2020, en pleine pandémie de Covid-19, avec les confinements successifs et l’essor du télétravail, que les premiers bureaux de jardin estampillés et commercialisés comme tels ont trouvé leur chemin à l’arrière de nos maisons comme dans les catalogues d’entre- prises spécialisées. En Brabant wallon, une société en particulier en a fait son fonds de commerce : Woodcab, dont l’atelier de production est situé à Braine-le-Château.
La distance entre la maison et le bureau de jardin participe aussi à maximiser le calme et la concentration durant les heures de travail.
Arthur Dumont, ingénieur-architecte et fondateur de Woodcab
Inspiration japonaise
Les bureaux de jardin imaginés par Woodcab sont construits entièrement en bois (structure en ossature bois ou en bois lamellé-croisé). Mais au-delà du matériau qui les compose, ils partagent bien peu de points communs avec un cabanon ou un chalet de jardin revisité. Reposant sur des pieux de fondation et non une dalle de béton, leur implantation est réversible et porte peu atteinte à la qualité des sols. Ils sont également modulaires – et assemblés sur base d’un carré de 1,10 mètre de côté – et personnalisables grâce à une série d’options standardisées. En quelques clics, le configurateur en ligne de Woodcab permet à qui le souhaite d’imaginer un bureau de jardin suivant ses envies et ses finances. Et la mise en œuvre du produit fini est presque aussi rapide, bouclée en un à trois mois en fonction du carnet de commandes de Woodcab et de l’arrivage des matériaux.
« Je me suis inspiré des microchambres des capsules-hôtels japonais, raconte le fondateur de Woodcab, Arthur Dumont, un ingénieur-architecte originaire de Villers-la-Ville. J’ai commencé par réaliser un prototype de deux mètres sur deux, puis la crise sanitaire a éclaté. » Stocké dans un garage, le module est déplacé en extérieur un peu par hasard. « C’est alors que le concept de Woodcab s’est imposé à moi, poursuit-il. Installer un espace de travail dans son jardin permet de gagner des mètres carrés utiles sans passer par un lourd et couteux projet d’extension de sa maison. » Par ailleurs, séparer physiquement le bureau et le foyer contribue à dissocier les sphères professionnelle et privée, et à alléger la charge mentale des travail- leurs. « La distance entre la maison et le bureau de jardin participe aussi à maximiser le calme et la concentration durant les heures de travail », relève Arthur Dumont. « Très certainement si l’on a des enfants, sourit-il. Ces derniers y réfléchissent à deux fois avant de déranger leur parent avec une question. » Un autre avantage majeur de la formule est d’ordre urbanistique. « Ces modules ne sont pas considérés comme du logement. Ils tombent dans la catégorie des annexes de type ‘abri de jardin’ et ‘bâtiment préfabriqué’, pour lesquelles il n’est pas nécessaire de demander un permis d’urbanisme moyennant le respect de certaines conditions en termes de superficie et de hauteur maximales notamment », renseigne-t-il (lire par ailleurs). Cette dispense est gage d’immédiateté dans la prise de décision et donc, de rapidité d’action. Une souplesse offerte par le législateur wallon pour mieux repenser le devenir et l’occupation des cours et jardins, en accord avec les objectifs d’aménagement du territoire.
Studio, cabinet ou atelier
Depuis ses débuts en 2022, en trois années et demi de commercialisation, la petite équipe derrière Woodcab a livré quelque 90 bureaux de jardin en Belgique, dont un tiers sur le territoire du seul Brabant wallon. Question de racines, bien sûr, et de bouche-à-oreille. « Mais c’est sans doute dû aussi à notre participation récurrente à des évènements tels que la Fête des Plantes et du Jardin d’Aywiers, à Lasne », indique Arthur Dumont. Ailleurs, l’entreprise a conquis des clients de la Côte à l’Ardenne, en passant par la capitale. « Ce qui est passionnant, c’est que ces 90 réalisations sont toutes différentes. Il n’en existe pas une qui soit pareille à une autre car il y a des choix à opérer à chaque étape de production. » Ossature bois ou CLT, bardage extérieur en bois brut ou brulé, essence de bois pour le revêtement du sol et des murs, nombre et emplacement des baies, type de châssis, système de chauffage et de refroidissement, mobilier, aménagement intérieur… Résultat ? Les combinaisons sont multiples. « Nous offrons entre autres un panneau de revêtement mural perforé dont l’excellente acoustique a mené à l’exploration d’autres usages que celui du bureau au sein de notre clientèle », souligne l’ingénieur-architecte.
Au-delà des télétravailleurs, en effet, des musiciens et des professionnels du son (ingé- nieurs du son, créateurs de podcasts, comédiens de doublage) ont détourné le concept pour le transformer en studio d’enregistrement. Des professionnels de la santé et, plus largement, des professions libérales y ont installé leur cabinet. Des artistes et des artisans y ont logé leur atelier. Tant et si bien que Woodcab a développé une offre business à destination des entreprises. « Une agence immobilière nous a contactés pour fabriquer un bureau d’expertise mobile, qui voyagera entre plusieurs communes, raconte Arthur Dumont. Un promoteur a demandé à placer un bureau d’accueil sur un gros chantier, pour y recevoir de potentiels acquéreurs. D’autres ont choisi d’aménager des salles de réunion et une cafétéria à l’arrière de leur immeuble. » Sans oublier une voie nouvelle dans l’hôtellerie, avec un projet de plusieurs lodges pour lequel Woodcab est en compétition avec des constructeurs de logements insolites et d’habitations légères.
Pour prolonger l’expérience
Retrouvez toutes les variantes de bureaux de jardin proposées par Woodcab sur son site Internet. Ainsi que le projet de garden office dessiné et réalisé par LR Architectes dans leur portfolio en ligne.
QUE DIT LE CODT ?
Entre autres actes et travaux, le Code de développement territorial wallon (CoDT, article R.IV.1-1) distingue deux types d’annexes dont la construction est exonérée de permis d’urbanisme pourvu qu’elles ne soient pas situées dans une zone soumise à un aléa élevé d’inondation, que leur nombre soit limité à une par propriété et qu’elles ne soient pas destinées à l’habitation ou à l’hébergement touristique. Le premier type d’annexe est l’abri de jardin. Quelques consignes à respecter toutefois : la superficie maximale autorisée est de 20 m2 ; l’abri doit être implanté à l’arrière du logement et à au moins un mètre des limites mitoyennes, sans être visible depuis la voirie ; la hauteur maximale autorisée est de 3,50 mètres au faite pour une toiture à versants et 3,20 mètres à l’acrotère pour une toiture plate ; l’enveloppe extérieure doit être en bois ou tout autre matériau de tonalité similaire avec l’habitation ou le milieu auquel il se rapporte. Second type d’annexe, le bâtiment préfabriqué accueillant un atelier, une poolhouse, un garage, voire, dans le cas qui nous occupe, un studio ou un bureau de jardin, bénéficie aussi de cette dispense de permis d’urbanisme. À nouveau, des conditions s’appliquent, similaires à celles encadrant l’installation d’un abri de jardin, si ce n’est la superficie maximale autorisée, qui grimpe à 40 m2, et l’implantation, éloignée d’au moins deux mètres de la limite mitoyenne.
À noter qu’à Bruxelles, le Règlement régional d’urbanisme (RRU) prévoit une superficie maximale de 9 m2 pour un abri de jardin ou un bâtiment préfabriqué disposé à l’arrière d’une habitation. En Flandre, la superficie maximale de 40 m2 n’est pas conditionnée à une seule structure mais peut être la somme de l’emprise au sol de plusieurs petits bâtiments.
L’œil de l’architecte
Avant de s’atteler à la conception du bureau de jardin de ses clients, l’agence brabançonne LR Architectes, installée à Tourinnes-Saint-Lambert (Walhain), a signé leur maison. Avec une contrainte : un terrain en pente situé à Bonlez (Chaumont-Gistoux), structuré en terrasses et talus. « C’était en 2015 », se rappelle Laure Bertrand, architecte associée au sein de l’agence. Quelques années plus tard, en 2021, à l’étroit dans leurs murs, les maitres d’ouvrage ont à nouveau sollicité LR Architectes pour imaginer une extension à leur maison. « L’idée était d’agrandir la chambre et d’ajouter un bureau, explique-t-elle. Mais ce nouveau projet déforçait un peu la maison pensée comme un tout dès le départ. Et il avait un certain prix. » Une solution plus simple et autrement meilleur marché a été trouvée en transformant un cabanon existant au fond du terrain en bureau de jardin. « Le cabanon servait de stockage pour les vélos et le matériel de jardinage, poursuit-elle. Nous avons agrandi le volume pour y installer aussi un espace de travail prolongé par une terrasse couverte. » Pour faire écho à l’esthétique pavillonnaire et japonisante affectionnée par leurs clients, les architectes ont misé sur une toiture à quatre pans avec un puits de lumière en son centre, et un bardage en bois brulé. « Le choix de l’enveloppe très foncée s’harmonise à la façade en ardoise naturelle de la maison, en contrebas. » Le cabanon originel étant maçonné, il a été convenu que la partie bureau serait isolée par l’intérieur. « On a aussi intégré un petit chauffage électrique. » Quant à la grande baie vitrée, elle s’ouvre en se repliant à la manière d’un accordéon pour agrandir l’espace bureau et profiter de la terrasse quand le temps le permet. « L’accès au bureau extérieur emprunte un petit sentier et offre une promenade dans le jardin », conclut Laure Bertrand.
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