Le projet Samaya modifié veut réconcilier Ville, Région et promoteurs
Le projet Samaya modifié veut réconcilier Ville, Région et promoteurs
Après avoir été déboutés fin 2024, les porteurs du projet de nouveau quartier durable Samaya, à côté de la gare d’Ottignies, déposent des plans modifiés auprès du fonctionnaire délégué de la Région wallonne. Au programme, 680 logements au lieu des… 1044 prévus initialement.
Texte : Frédérique Masquelier - Photos MSA
Après avoir été déboutés fin 2024, les porteurs du projet de nouveau quartier durable Samaya, à côté de la gare d’Ottignies, déposent des plans modifiés auprès du fonctionnaire délégué de la Région wallonne. Au programme, 680 logements au lieu des… 1044 prévus initialement.
Texte : Frédérique Masquelier - Photos MSA
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En mars dernier, le futur quartier durable Samaya, destiné à sortir de terre sur les onze hectares de l’ancien site industriel Benelmat, à Ottignies-Louvain-la-Neuve, a franchi une étape décisive. Épaulé par le bureau d’urbanisme MSA chapeauté par Benoit Moritz, le duo de développeurs à la manœuvre, BPI Real Estate et AG Real Estate, a déposé une demande de permis d’urbanisation (ancien permis de lotir) modifiée auprès du fonctionnaire délégué de la Région wallonne, autorité délivrante, faisant suite à la précédente demande introduite en octobre 2024. Une nouvelle copie fameusement rabotée par rapport aux ambitions premières des partenaires, qui assurent avoir tenu compte des remarques des autorités communales et des riverains du projet.
Des 1044 logements imaginés au départ sur le terrain accolé à la gare d’Ottignies, les promoteurs n’en retiennent plus que 680, soit une densité brute qui tombe de 95 à 62 logements à l’hectare. De même, les gabarits des immeubles ont été drastiquement revus à la baisse. La tour de onze étages qui cristallisait les craintes des riverains a été supprimée et, le long des jardins des maisons du Fond de Bondry, une septantaine d’habitations individuelles ont fait leur apparition en lieu et place d’immeubles à appartements de quatre étages. « La densité a été recalculée par quartiers, explique Arnaud Regout, Chief Investment Officer de BPI Real Estate. Elle est plus basse dans les zones qui sont proches des riverains et évolue à la hausse du nord au sud du site, dans celles qui jouxtent la gare et les rails de chemin de fer. » Au total, ce sont quelque 22.460 m2 de surface hors-sol qui ont été gommés du projet pour en compter désormais 88.600, déclinés en un quota minimum de 65 % de logements et de 19 % d’autres fonctions (logements pour personnes âgées, commerces de proximité et services publics).
La densité a été recalculée par quartiers. Elle est plus basse dans les zones qui sont proches des riverains et évolue à la hausse dans celles qui jouxtent la gare et les rails de chemin de fer.
Arnaud Regout, Chief Investment Officer de BPI Real Estate
En réduisant notamment les emprises au sol des bâtiments de près de 4.200 m2, la proportion d’espaces verts publics a été augmentée à 25 %. « Cela se marque, entre autres, dans la refonte de la dorsale verte, repensée dans une optique de sinuosité afin d’être plus agréable, apaisée et favorisant les rencontres, les jeux et les balades, détaille Arnaud Regout, mais aussi dans le recul entre les fonds de jardins du Fond de Bondry et les nouveaux logements qui leur font face. » Limité à quinze mètres auparavant, ce recul est « agrandi, voire même doublé à certains endroits. Il s’organisera en un talus, suivi d’une barrière végétale et d’un espace vert commun à la copropriété ».
Des visions « contradictoires »
La précédente mouture du projet Samaya avait écopé d’un avis défavorable émis en décembre 2024 par le nouveau collège fraichement constitué de la Ville d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, la jugeant démesurée et trop impactante en termes de mobilité, de perméabilité des sols et de vis-à-vis. Depuis, le climat s’est apaisé entre les autorités communales et les porteurs de projet. Un « dialogue constructif » a été noué, salue le CIO de BPI Real Estate. « Lors de mon entrée en fonction, j’ai demandé à pouvoir rencontrer les promoteurs pour avoir une discussion franche et directe avec eux, et leur expliquer pourquoi le collège ne pouvait pas suivre le projet tel qu’il était présenté », évoque pour sa part le bourgmestre d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, Nicolas Van der Maren. D’après le mandataire, le principal enjeu des discussions était de concilier les visions « contradictoires » des parties prenantes en ce qui concerne la densité de logements à mettre en place.
Si l’on s’en réfère au Schéma de développement du territoire (SDT) adopté au printemps 2024 par la Région wallonne, le site du futur quartier Samaya est inscrit en zone de centralité urbaine de pôle et, fort de la présence de la gare, se doit d’accueillir une densité de logements plus élevée qu’ailleurs – soit un minimum de 40 logements à l’hectare, et plus si les conditions sont favorables. Une position, on s’en doute, partagée par les promoteurs, tenus par un impératif de rentabilité économique. À l’échelon local, en revanche, les avis divergent. « On se situe certes à côté de la gare, mais juste en-dehors du centre d’Ottignies, sur le village de Limelette, cadre Nicolas Van der Maeren. Or, Limelette compte aujourd’hui quelque 5.000 habitants. Un nouveau lotissement de mille logements qui amènerait potentiellement 2.000 nouveaux habitants, cela revient à faire bondir la population de Limelette de plus de 40 % en un seul projet. C’est vraiment énorme ! » Et d’ajouter que le terrain, en forme de « banane », est assez étendu. « Au sud du projet, on est à côté de la gare d’Ottignies, mais au nord, on est quasiment à Wavre, à un jet de pierre de Limal », dépeint le bourgmestre. « Est-ce qu’on doit vraiment densifier toute la zone de la même façon ? », interroge-t-il, en insistant sur la nécessité de « réconcilier les ambitions de la Région de densifier les centres et la volonté des politiques de préserver le côté village de Limelette, tout en s’attachant à ce que le projet respecte le bâti résidentiel existant ».
Quand Ottignies n’était qu’un village
Des arguments entendus par BPI Real Estate et AG Real Estate, qui estiment avoir « adapté le projet en profondeur, en conciliant ambition urbanistique et faisabilité économique ». Car, en supprimant presque 35 % des logements prévus initialement, la marge des deux développeurs s’en trouvera immanquablement réduite. « D’autant plus que les couts de construction ont explosé ces deux dernières années », glisse Arnaud Regout. À ses côtés, Aurel Gavriloaia, Head of Business Development d’AG Real Estate, tient à élargir le propos et à rappeler qu’il n’y a pas si longtemps encore, lors de la construction du campus de Louvain-la-Neuve, au tournant des années 1970, Ottignies n’était « qu’un village de 4.000 habitants doté d’une petite gare de campagne ». « Vingt ans plus tard, poursuit-il, au début des années 1990, emboitant le pas aux étudiants, les premiers habitants de Limelette sont arrivés. Et la gare d’Ottignies s’est développée jusqu’à s’imposer aujourd’hui comme la gare brabançonne la plus fréquentée, troisième à l’échelle de la Région wallonne. Avec le vaste projet de réaménagement de la gare en pôle intermodal dont le chantier a commencé, quoi de plus illustratif pour le Brabant wallon que d’accompagner ce mouvement en créant un nouveau quartier exemplaire favorisant la mobilité douce juste à côté ? »
Un site aux mains de CFE
Installée depuis 1973 à côté de la gare d’Ottignies, Benelmat est une filiale du groupe multidisciplinaire CFE active dans la logistique et le stockage de matériaux ferroviaires et de construction. Filiale de CFE elle aussi, BPI Real Estate a acquis le terrain en 2018. Fin 2021, elle en a cédé la moitié à AG Real Estate pour assurer le développement du site en partenariat.
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