Rien ne semble changer : aura-t-on toujours besoin de voitures pour se déplacer ?

Une question de Loïc
Agé de 11 ans, il est élève en 6e primaire
à l’École du Neufbois, à Court-Saint-Étienne.

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Une réponse de Pierre Tacheron

Directeur de Transitec, bureau d’études spécialisé dans les problématiques de mobilité

Le Brabant wallon est le petit paradis de la voiture personnelle. Si bien qu’aucune autre province ne compte autant de véhicules. Accrochez votre ceinture, les chiffres sont impressionnants : en aout 2018, on y recensait 285 300 véhicules, dont 221 700 voitures personnelles et 22 000 motos. Des chiffres en hausse de 16 % par rapport à 2010. Le Brabant wallon est d’ailleurs la province qui compte le plus de voitures particulières pour 1 000 habitants (552,1).
Un constat qui fait donc bien évidemment réagir Loïc, 11 ans, dont le quotidien semble rythmé par le balai incessant de véhicules. Une situation qui n’a fait qu’empirer depuis sa naissance.

Peut-il être optimiste pour l’avenir et imaginer que le nombre de véhicules va diminuer ? Les experts en matière de mobilité semblent moins circonspects qu’on ne pourrait l’imaginer. « Il est tout à fait possible d’avoir une diminution du taux de motorisation, soit le nombre de véhicules achetés, relève Pierre Tacheron. Il est vrai que le pouvoir d’achat élevé du Brabant wallon facilite l’achat d’une voiture. A contrario, c’est là que l’on retrouve le plus d’universitaires. Et c’est dans cette classe que les gens sont les plus sensibles à un changement des modes de déplacement. D’autant plus que les jeunes sont moins attachés à la possession d’une voiture et plus ouverts au covoiturage. »

Un élément démontre en tout cas qu’une mutation est en cours : il s’est vendu en 2018 autant de vélos (503 000) que de voitures. Et la moitié de ces vélos sont électriques. « Le transfert modal vers le vélo est très probable, lance Pierre Tacheron. Il y a une importante hausse du vélo électrique en Brabant wallon. Il est en tout cas démontré que si de vrais aménagements sécurisés sont mis en place, les vélos sont bien plus nombreux. »

Parmi les freins, l’étalement urbain en reste un important. Car il « oblige » certaines personnes à utiliser un véhicule pour se déplacer. Le TEC ne pouvant par exemple ouvrir des lignes de bus dans tous les villages ou quartiers. « L’étalement urbain est surtout un frein pour la mobilité en transport en commun, estime Pierre Tacheron. Le TEC a opté pour des Rapido Bus en Brabant wallon. C’est très intelligent. Mettre en place des arrêts structurants que l’on peut rejoindre à vélo (tous les 2 ou 3 km) et pouvoir mettre son vélo à l’abri dans des box sécurisés, munis éventuellement de bornes de recharge, est une vraie solution d’avenir. » En attendant ensuite l’arrivée de la voiture autonome. « Elles circuleront probablement sur les autoroutes dans quatre ou cinq ans. Mais dans les villages, ce sera plus compliqué. Le risque, c’est de se retrouver à terme avec des gens qui abandonnent le train ou le bus, séduits par l’idée de pouvoir consulter leurs mails dans une navette ou d’y mettre leurs enfants qui partent faire du sport. »