Quel avenir pour la quatre façades en Brabant wallon ?

Quel avenir pour la quatre façades en Brabant wallon ?

Le cycle de visites «Sillonner le Brabant wallon» a gagné le centre de la province en juin, s’arrêtant à Waterloo, Rixensart et Wavre pour étudier une typologie d’habitat caractéristique du territoire brabançon : la villa quatre façades et, par extension, les lotissements qui l’ont popularisée.

Texte et photos : Frédérique Masquelier

La maison personnelle de Jean Cosse, à Waterloo (1958-1968), accueille aussi son bureau et son atelier d’architecte.

Le cycle de visites «Sillonner le Brabant wallon» a gagné le centre de la province en juin, s’arrêtant à Waterloo, Rixensart et Wavre pour étudier une typologie d’habitat caractéristique du territoire brabançon : la villa quatre façades et, par extension, les lotissements qui l’ont popularisée.

Texte et photos : Frédérique Masquelier

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Après avoir exploré l’ouest du Brabant wallon, faisant escale à Rebecq, Tubize et Ittre mi-mars, puis à Nivelles début avril, notre Maison de l’urbanisme a poursuivi son cycle de visites «Sillonner le Brabant wallon» en s’aventurant dans le centre de la province.

Mi-juin, elle a mis le cap sur Waterloo, Rixensart et Wavre pour étudier une typologie d’habitat traditionnellement ancrée dans les mœurs brabançonnes : la maison quatre façades. Proches de la capitale, cibles des rêves de campagne des Bruxellois, ces trois communes ont vu les villas et autres pavillons essaimer par lotissements entiers sur leur territoire dans les années 1960, 1970 et 1980. L’engouement dont elles ont bénéficié est avant tout le fruit d’une époque, celle de l’exode urbain vers la périphérie verte de Bruxelles, porté par le «tout à la voiture» et la construction des grands axes desservant la capitale (Ring Ouest vers Braine-l’Alleud, E411 Namur-Luxembourg). Soit un mouvement de population massif, encouragé par l’accès à la propriété prôné parmi la classe moyenne et la disponibilité foncière débridée en Brabant wallon.

En résulte, dans ces trois communes en particulier, mais aussi au sein de leurs voisines ayant connu le même destin qu’elles, un développement urbanistique horizontal effréné et grand consommateur de sol, à mille lieues des enjeux actuels de préservation des ressources naturelles, d’optimisation spatiale et de densification du bâti existant. Le défi est de taille pour les années à venir : réinventer la maison quatre façades et, plus largement, ces quartiers résidentiels au bâti vieillissant et à rénover (énergie, confort…), dont une nouvelle génération de propriétaires est appelée à prendre possession sans toutefois en avoir les moyens financiers. Des quartiers pour certains fort éloignés des services et des commerces, où les aménagements favorisant la mobilité douce font généralement défaut.

«La maison quatre façades est tout autant vénérée que mal-aimée.»

Bénédicte Dawance, coordinatrice de la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon

Pour mieux appréhender ces challenges, la petite équipée menée de concert par Bénédicte Dawance, coordinatrice de la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon, et Géraldine Durieux, coordinatrice scientifique du Guide d’architecture moderne et contemporaine Louvain-la-Neuve et Brabant wallon paru en mai 2024, a fait le tour de six habitations emblématiques à plus d’un titre. Car, comme le soutient Bénédicte Dawance, le tissu pavillonnaire caractéristique du centre de la province n’est «pas si figé que cela», «ne se contentant pas toujours de proposer l’unique logement unifamilial». «Tout autant vénéré que mal aimé», assure-t-elle, il «adopte pourtant une variété de formes, d’implantations, de programmations et d’inscriptions paysagères» et détient sans doute «bien plus de potentiel de transformation que l’on pourrait le croire». À noter que les six propriétés visitées sont toutes reprises dans le Guide d’architecture, photos, plans et descriptifs détaillés à l’appui.

L’habitat intergénérationnel pour recréer du lien

Première halte de la journée, une maison passive imaginée en ossature bois par le collectif d’architectes ottintois spécialisé en écoconstruction La Verte Voie. Réalisé entre 2009 et 2014 dans un lotissement seventies de Rixensart, le bâtiment a été sélectionné pour son potentiel de division en deux logements. «Pour l’instant, la commune ne l’autorise pas car elle prône une densité maximale de dix logements à l’hectare dans cette zone, donc un logement par terrain de 10 ares en moyenne. Par ailleurs, le permis de lotir, qui remonte aux années 1970, ne le prévoit pas non plus, explique Gaël Cernocky, chargé du projet au sein de La Verte Voie. Mais nous avons bon espoir que les choses changent avec l’adoption du futur schéma de développement communal.» La famille occupant les lieux aimerait louer le second logement à un couple de personnes âgées et ainsi s’inscrire pleinement dans une démarche d’habitat intergénérationnel. «Dans le voisinage, les habitants cultivent la solitude, poursuit l’architecte. Ils ne sont plus habitués à vivre les uns avec les autres. L’aménagement urbanistique reflète ce repli sur soi : les maisons sont en retrait de l’espace public, isolées par des haies ou des barrières. Ce n’est pas très sain, comme modèle.» Et de se réjouir de ce chantier «enthousiasmant» qui ambitionne à terme de tisser du lien entre les ménages cohabitants.

Maisons modulaires et… tournantes

Atypique, la maison Rythmor (1970) du quartier d’Angoussart, à Bierges (Wavre), est l’une des deux bâties à ce jour en Brabant wallon sur base du système constructif éponyme mis au point par l’architecte Pierre Corbisier et l’ingénieur Jean-Denis Goffard. C’est ce dernier qui en est le propriétaire, l’architecte s’étant réservé la seconde maison Ryhtmor, sise à Hévillers (Mont-Saint-Guibert). Également auteur du centre sportif du Blocry à Louvain-la-Neuve et du hall sportif d’Auderghem, en bordure de la forêt de Soignes, Pierre Corbisier privilégie les principes de légèreté, de transparence et de structure apparente dans ses réalisations. Pour les maisons Rythmor, il a misé sur la modularité et la réversibilité des espaces. Ses recherches l’ont amené à simplifier le processus constructif grâce à la préfabrication et à un plan de montage simple. La maison de Jean-Denis Goffard repose sur une trame de 1,80 par 5,40 mètres, avec une hauteur sous plafond limitée à 2,30 mètres. Les façades sont recouvertes de vitrages miroirs fixés directement à la structure afin que la demeure se fonde dans la nature qui l’entoure. «C’était un vitrage très innovant à l’époque, produit par les Glaceries Saint-Roch», raconte Jean-Denis Goffard en montrant le catalogue de l’entreprise namuroise où figure sa maison. «Un soin particulier a été apporté aux détails, de la porte d’entrée sur pivot à la quincaillerie qui fonctionne toujours cinquante ans plus tard.»

«On dit souvent qu’il s’agit du premier lotissement du Brabant wallon, si pas de Belgique.»

Guillaume Vanneste, ingénieur-architecte.

Les deux maisons tournantes du Bois de la Pierre, à Wavre, sont tout aussi originales que les maisons Rythmor. Surnommées «maisons tournesol», elles ont été construites par le marchand de charbon et de matériaux d’origine verviétoise François Massau. Ce dernier a eu l’idée d’une maison qui tourne sur elle-même pour suivre la course du soleil afin que son épouse, malade et alitée, puisse profiter de la lumière naturelle tout au long de la journée. Le concept est simple : le toit et le noyau central abritant les toilettes restent fixes. Le reste, distribué sur un plateau circulaire en béton, tourne autour d’un axe en nonante minutes grâce un à système de rails et un petit moteur, comme un carrousel. Achevée à temps pour l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958, la première maison fait forte impression, surtout auprès des visiteurs étrangers. Désireux de commercialiser son invention, François Massau en érige une seconde dix ans plus tard sur le terrain d’à-côté, aujourd’hui abandonnée et mise en vente. Une troisième maison sera installée à Malonne (Namur). « Malheureusement, le concept n’a jamais rencontré son public, indique Dominique Quinet, qui a grandi dans la première maison tournante, rachetée par ses parents en 1968, et y vit toujours actuellement. M. Massau n’était ni architecte, ni ingénieur, et il n’a jamais été reconnu. » Sans doute était-il trop en avance sur son temps. Notamment en termes d’économies d’énergie puisque ses maisons se réchauffent naturellement grâce à l’exposition solaire optimale. En hiver, par beau temps, la température intérieure peut atteindre 21° sans apport de chauffage.

Le premier lotissement du Brabant wallon

L’extension d’un chalet à Limal (Wavre), conduite en 2009 par l’architecte Jean-Pierre Herter, illustre la reconversion en quartier résidentiel d’un site d’hébergements touristiques hérité des années 1960. «Le chalet date de 1965, cadre Jean-Pierre Herter. À l’époque, les Bruxellois qui venaient passer le week-end dans ce qu’on appelle les ‘Ardennes brabançonnes’ affectionnaient ce site proche d’un bois et sans eau courante.» Petit à petit, ces vingt à trente dernières années, les chalets ont été rasés ou rénovés pour devenir des habitats permanents.

Les communes les plus denses de la province

Waterloo et de Rixensart sont les communes les plus denses du Brabant wallon. Elles accueillent respectivement 1 315 et 1 435 habitants au kilomètre carré selon les chiffres de Statbel (janvier 2024). Wavre est quant à elle plus peuplée encore que ses voisines, mais aussi plus étendue, ce qui fait tomber sa densité de population à 844 habitants au kilomètre carré. En 2023, la proportion de maisons quatre façades dans ces trois communes atteint 37 % du parc bâti à Wavre, 49 % à Waterloo et… 53 % à Rixensart !