Quand le public  encourage l’habitat léger

Il reste compliqué de trouver un terrain en Brabant wallon pour y déposer sa yourte, roulotte ou tiny house. Le soutien des pouvoirs publics pour mettre la main sur du foncier pourrait à cet égard être une vraie piste à suivre. Exemple à Ramillies et Walhain.

Texte et photo : Xavier Attout

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Ramillies, deux des derniers « campings » du Brabant wallon subsistent encore. Ils accueillent 85 habitants pour l’un, une quarantaine pour l’autre. Tous les deux sont dans l’illégalité sur le plan urbanistique. Mais la commune tolère cette situation le temps de trouver la voie de la régularisation. Les deux sites sont en effet situés en zone de loisirs au plan de secteur. « Ces campings existent depuis des décennies, explique Daniel Burnotte, échevin de l’Urbanisme à Ramillies. Il s’agissait au départ d’un lieu qui accueillait les secondes résidences de Bruxellois qui souhaitaient passer quelques jours à la campagne. Ces secondes résidences sont ensuite devenues des habitats permanents. On y retrouve des chalets, des roulottes et autres. Certains sont de très bonne qualité, d’autres nettement moins. Il s’agit essentiellement d’un public fragilisé qui souhaite néanmoins continuer à vivre sur ce terrain. Ses habitants y ont développé un grand attachement. »

Il faut dire que le cadre de vie de ces deux domaines, le Domaine du Warichet et le Domaine du Gestiaux, situés au centre du petit village de Mont- Saint-André, est de qualité et permet d’y développer un autre mode de vie. Reste qu’après des décennies à tolérer cette situation, la commune a souhaité la régulariser au début de cette législature. Elle s’est donc attelée à racheter des parcelles situées dans les deux domaines pour y réaménager des habitations légères qui seront mises à disposition des résidents actuels. « Il s’agit d’un travail de longue haleine qui devrait s’étendre sur 30 ans, confie Quentin Purnode, en charge du Plan Habitat Permanent au sein de la commune de Ramillies. En 2023, nous avons déjà racheté trois parcelles situées dans le Domaine du Warichet. L’objectif est d’y installer plusieurs habitations légères. Soit un habitat écologique et social de qualité, en évitant la gentrification. Elles seront destinées aux habitants actuels. Cette opération pourrait se reproduire à chaque fois que nous avons l’opportunité de racheter une parcelle. »

Offrir un logement écologique de qualité

Concrètement, la commune reste propriétaire du foncier mais délègue la mise en oeuvre à l’Immobilière Publique du centre et de l’est du Brabant wallon. L’IPBW déterminera, en concertation avec la commune, le type de logement et les modalités choisies (mises en vente ou location). « L’idée est d’avoir un habitat léger et modulable qui permet de s’adapter à l’évolution des noyaux familiaux », précise Quentin Purnode. Ce recours à une société de logement public permet surtout d’obtenir une dérogation au plan de secteur, condition pour obtenir un permis d’urbanisme pour de l’habitat léger situé en zone de loisirs. La fonctionnaire déléguée a encouragé la démarche. Une première étape avant d’essayer de devenir une zone d’habitat vert reconnue par la Wallonie, ce qui permet de faciliter le changement d’affectation au plan de secteur.

Rayon calendrier, les premières habitations légères pourraient être installées d’ici deux ans. Un bureau d’architecture planche actuellement sur les types d’habitat à déployer. « Cette opération de renouvellement et rénovation de ce bâti n’est pas simple, relève Daniel Burnotte. Mais le travail que nous effectuons doit permettre de donner une image plus positive de l’habitat léger. »

Pour aller plus loin

La Maison de l’urbanisme a publié l’an dernier un référentiel sur l’habitat léger. Il se veut un outil éclairant les prises de décision relatives aux demandes d’installation ou de construction de l’habitat léger sur le territoire. Composé de trois livrets, il est destiné tant aux porteurs de projets qu’aux administrations, aux décideurs et aux riverains. Le référentiel est disponible en ligne sur mubw.be et en version papier sur demande : m.urbanisme@ccbw.be

SIX TINY HOUSES SUR LE TERRAIN DE LA FABRIQUE D’ÉGLISE

À Walhain, autre initiative publique pour implanter des habitations légères sur un terrain communal. La fabrique d’église Saint-Martin a lancé un appel à projet pour aménager un habitat groupé sur un de ses terrains situé entre la cure et l’église. La parcelle s’étend sur 90 ares. Six tiny houses sont prévues. Le projet comprend également des lagunages, des parkings perméables, une remise, un poulailler et d’autres espaces partagés. « La demande initiale est venue d’un jeune couple qui souhaitait vivre de manière plus sobre, explique Jean-Paul Blondeel, le président de la fabrique d’église. Ce projet n’a pas abouti mais nous avons souhaité poursuivre et étendre le projet. L’objectif était de répondre à une demande et de valoriser les terrains de la fabrique d’église en demandant un petit loyer, tout en y proposant un projet qui a du sens. Le groupe sélectionné comprend toutes des personnes actives, c’est un projet sérieux et de qualité. »

De quoi ravir Claire Van Impe, la porteuse de projet, qui expliquait dans L’Avenir « qu’il s’agit surtout de mettre en avant une autre manière d’habiter qui représente une alternative économique et écologique. Les tiny houses ont été choisies, plutôt que des yourtes, car elles ressemblent à des petites maisons. Le volet vie en communauté nous séduit particulièrement. L’idée sera de partager certaines choses, comme du matériel de jardinage ou une buanderie. Nous voulons vivre d’une manière plus minimaliste, garder une certaine liberté et ne pas être obligés de nous tourner vers une villa quatre façades. »

Le projet en est au stade de demande de certificat d’urbanisme n°2. Des demandes de permis d’urbanisme devront suivre par la suite pour chaque tiny house. Le projet pourrait être légèrement modifié suivant les réactions des riverains et de la commune. « Nous sommes ouverts aux différentes formes d’habitat et donc à l’habitat léger, pointe Jean-Marie Gillet, échevin de l’Urbanisme à Walhain. Il y a une volonté de laisser à chacun une liberté de choisir sa manière d’habiter si cela respecte le code du logement et les règles urbanistiques. Dans ce cas-ci, les six unités correspondent aux limites définies dans le schéma de développement communal. Ce dernier ne distingue pas les villas des habitations légères. Par ailleurs, on observe que dans les règlements, il y a des contraintes et techniques urbanistiques qui peuvent paraitre disproportionnées pour ce type d’habitat puisqu’il y a par exemple l’obligation de posséder un raccordement à l’égout. Pour le reste, beaucoup de demandes nous parviennent mais il faut souvent rappeler que l’habitat léger ne peut a priori s’implanter que sur des terrains en zone urbanisable et doit faire l’objet d’une demande de permis. Beaucoup de gens pensent qu’ils peuvent s’installer sur un terrain agricole… »