Comment Nivelles a balisé son futur

Comment Nivelles a balisé son futur

La cité aclote poursuit sa politique de densification et de réhabilitation de son centre-ville. Les projets de réaffectation s’y multiplient, même si cela prend du temps. Ses facilités en matière de mobilité et d’équipements séduisent en tout cas : près de 1 800 logements devraient voir le jour d’ici 10 ans. Reste à voir si cette situation n’entrainera pas une certaine indigestion. (Série 4/5)

Texte : Xavier Attout

La cité aclote poursuit sa politique de densification et de réhabilitation de son centre-ville. Les projets de réaffectation s’y multiplient, même si cela prend du temps. Ses facilités en matière de mobilité et d’équipements séduisent en tout cas : près de 1 800 logements devraient voir le jour d’ici 10 ans. Reste à voir si cette situation n’entrainera pas une certaine indigestion. (Série 4/5)

Texte : Xavier Attout

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Le plan a été établi il y a une quinzaine d’années. Et s’applique aujourd’hui toujours à la lettre, au grand dam de certains promoteurs immobiliers. Une vision assez simple à résumer : densifier le centre-ville, mettre l’accent sur les « dents creuses » – ces immeubles ou sites économiques désaffectés qui sont à réhabiliter – et préserver la couronne verte de Nivelles. « Nous avons même été un cran plus loin dans notre Déclaration de politique générale de 2018 en ajoutant qu’aucune ZACC (ndlr : des réserves foncières que la commune peut libérer si besoin) ne serait urbanisée à l’avenir », précise Pierre Huart, bourgmestre depuis 2006. Le message à l’adresse des promoteurs semble clair : ils sont accueillis à bras ouverts mais ils doivent se concentrer uniquement sur les sites économiques à désaffecter et prendre en charge leur assainissement et leur dépollution. Pas question donc d’utiliser d’autres réserves foncières. Quel bilan tirer de cette politique, après plus de quinze ans d’actions ? Si tous les sites – dents creuses – sont désormais bien identifiés et que, pour la grande majorité, un projet de réaffectation a été défini, la longueur des procédures de ce type de dossier ne permet pas encore de voir les réalisations concrètes se multiplier. L’ancienne brasserie Duvieusart est l’une des premières à avoir été réaffectée en un ensemble de soixante appartements, après avoir été abandonnée pendant cinquante ans. D’autres vont suivre d’ici peu. Il suffit d’ailleurs de se balader dans le centre-ville pour se rendre compte que les chantiers se multiplient. « Nous ne construisons pas davantage qu’avant mais comme ces chantiers sont concentrés dans une zone réduite, cela se voit davantage », précise Pierre Huart.

Près de 1 800 logements dans les cartons

Plusieurs projets sont en cours de construction. La première phase du Val de Thines (Thines Real Estate) est lancée. Située sur la friche industrielle d’Arjo Wiggins, elle concerne 260 logements sur les 1 250 prévus dans ce qui sera un véritable nouveau quartier. La demande de permis relative à l’ilot Saint-Roch, où Immobel envisage de construire 310 appartements, sera déposée d’ici peu. Alors que la Ville vient d’approuver la transformation de l’hôtel de Rifflart d’Ittre, ancien siège du tribunal du commerce datant du XVIIe siècle, en hôtel-appartement (famille Vandestraeten). « Trois dossiers posent toutefois problème aujourd’hui : l’ancien immeuble Belgacom situé sur la Grand-Place, les Récollets (Lixon) et l’ilot des Conceptionnistes (Chantiers SA). Ils sont couverts par un ancien Plan communal d’aménagement (PCA) – devenu Schéma d’orientation local aujourd’hui – mais une faille juridique les rend caducs. La procédure doit donc être relancée pour chacun d’entre eux. » Au total, avec les différents projets identifiés, ce sont près de 1 800 logements supplémentaires (essentiellement des appartements) qui seront construits d’ici dix ans. « Ce qui sera suffisant dans un premier temps, fait remarquer Pierre Huart. Cela explique par exemple pourquoi nous avons demandé à Immobel de mettre en stand-by son projet situé au Grand Marquais, sur le site des anciens Ateliersmétallurgiques (16 ha). Près de 500 appartements y sont imaginés. Mais ce ne sera pas pour tout de suite, il faut d’abord digérer ce qui doit se construire. » Ajoutons que si l’avenir de la plupart des chancres ou sites à réaffecter est défini, d’autres apparaitront encore. Dont notamment celui de l’hôpital Jolimont qui déménagera d’ici 2027 ou celui du Palais de Justice situé sur la Grand-Place.

En matière de mobilité, la politique mise en oeuvre est relativement simple en centre-ville : limiter l’usage de la voiture, favoriser les modes doux et renforcer les parkings en périphérie. La zone 30 est devenue la règle intra-muros. Le piétonnier a de plus en plus d’adeptes et pourrait être élargi vers la place Émile de Lalieux. Et pour optimiser encore davantage le volet mobilité, Nivelles compte faire appel aux nouvelles technologies. « Cela doit permettre de fluidifier la circulation et de gérer la difficulté de trouver des places de stationnement. Notre politique de mobilité rejaillit en tout cas à travers les charges d’urbanisme des projets immobiliers. Pour celui de l’ilot Saint-Roch, 210 parkings vélos étaient par exemple prévus en 2016, il y en a 572 aujourd’hui. » Ajoutons que la navette de bus intra-muros a été supprimée il y a deux ans, faute de navetteurs. Et que l’idée de promouvoir la création d’un ring nord-ouest pour faciliter l’accès au futur hôpital est à l’étude.

“Nous ne construisons pas davantage qu’avant mais comme ces chantiers sont concentrés dans une zone réduite, cela se voit davantage.” Pierre Huart, bourgmestre

33 000 habitants en 2035

Nivelles compte aujourd’hui un peu plus de 28 500 habitants. Le Bureau fédéral du Plan prévoit d’atteindre les 33 000 habitants en 2035. Une croissance annuelle d’environ 300 âmes. « Ce qui n’est pas non plus exceptionnel. Le profil des nouveaux habitants est varié : des Bruxellois qui recherchent des biens immobiliers plus abordables et veulent profiter de la qualité de vie de Nivelles, des Hennuyers qui veulent se rapprocher de Bruxelles et profiter de la ligne de chemin de fer et des habitants de communes voisines qui veulent profiter de nos atouts et de notre offre d’appartements. À ce titre, la création d’un nouveau centre hospitalier, dont le nombre de lits passera de 200 à 400 unités, est essentiel pour absorber cette nouvelle population. Car la hausse de la population doit s’accompagner d’une augmentation du nombre d’équipements. »

Du mobilier mobile

Nivelles se veut une commune intelligente, au sens de la smart city. Cela aborde les questions de mobilité, de déchets mais également d’espace public. Dans le même ordre d’idées, la Ville va lancer d’ici peu un projet de mobilier urbain mobile, qui s’adaptera aux besoins de ses usagers en fonction des saisons et de leur utilisation. « L’idée est d’installer par exemple davantage de range-vélos en été ou davantage de poubelles quand il y a des événements importants. Ce mobilier sera fixé au sol mais sera renouvelé en fonction des besoins. Il s’agit d’un projet intéressant lancé par la Région wallonne. » Une action qui s’insère dans une volonté plus large de redonner des couleurs à un centre-ville qui en avait perdu quelques-unes sur le plan commercial. L’extension du shopping ayant déplacé le centre de gravité en la matière. Il s’agira désormais de mettre l’accent sur le commerce de proximité.

LE REGARD DE LA FONCTIONNAIRE DÉLÉGUÉE
Nathalie Smoes, fonctionnaire déléguée du Brabant wallon, et sa collaboratrice, Héloïse Pirot

De nombreux projets de grande ampleur sont en cours à Nivelles. La Ville semble avoir une vision de son développement. Toutefois, un document de stratégie territoriale tel que le Schéma de développement communal (SDC) parait indispensable pour que les objectifs soient clairs pour tous.

Au niveau des logements. Un redéploiement de l’offre en logements en centre-ville ou proche de celui-ci s’opère offrant une mixité d’habitats à proximité d’activités polarisatrices. Le quartier « Les Chabotes », en cours de construction, est un bel exemple de mixité. Fort d’un partenariat public/privé, ce projet proposera environ 145 logements répartis en logements sociaux acquisitifs, en logements privés, ainsi que 26 parcelles vendues par la Société wallonne du Logement. Le projet prévoit également la construction de deux commerces, ainsi que d’une crèche dont la demande de permis d’urbanisme est en cours d’instruction.

Au niveau du développement économique. Nivelles possède deux parcs d’activité économique fort attractifs par leur accès aisé et par leur proximité immédiate de Bruxelles. Nous recevons de nombreuses demandes de permis d’urbanisme de la part de PME, mais aussi d’acteurs publics tels que l’in BW qui vient d’obtenir l’autorisation pour la réhabilitation de la partie arrière de l’ancien ensemble des bâtiments Peugeot en centre d’activités de recherche et de développement qui met des locaux à disposition pour des entreprises qui veulent innover et développer des produits et/ou des services.

Au niveau du patrimoine et du tourisme. Après la rénovation de la Grand-Place, la Ville vient d’obtenir le permis pour la rénovation et la mise en lumière de la Collégiale Sainte-Gertrude. D’autres projets sont en cours tels que l’aménagement du jardin des cloitres de la Collégiale. Ces projets, tant privés que publics, participent à la valorisation du patrimoine majeur de la ville et à son attractivité touristique.

Au niveau de la mobilité. Récemment, plusieurs permis relatifs à la mise en oeuvre du RER ont été octroyés par le Ministre dont le permis pour le nouveau bâtiment des voyageurs. Celui-ci s’inscrira dans la prolongation du bâtiment existant et sera constitué d’une architecture légère et perméable. Après Waterloo et avant Rixensart, la SNCB entend, par là, créer une nouvelle identité visuelle pour ses gares. Nivelles, grâce au renforcement de ces axes stratégiques, a pu redevenir une ville dynamique et attrayante et s’écarter définitivement de sa réputation de ville-dortoir du début des années 2000.

 

Interview

« La mobilité m’inquiète »

Pierre-Marie Van den brande, architecte au sein du du bureau AAVA

Les projets d’immeubles à appartements semblent se multiplier dans le centre de Nivelles. Mais la demande sera-t-elle suffisante ?

Il est vrai que les projets se sont multipliés ces dernières années mais le développement reste encadré. Sans parler du fait que certains dossiers sont également bloqués, comme ceux des Récollets, du Waux-Hall ou des Conceptionnistes. Celui du Val de Thines est lancé. Mais ma crainte en voyant tous ces projets est surtout liée à la mobilité. Nivelles connait d’importants problèmes en la matière et cela risque encore de s’accentuer. Le projet du Val de Thines devrait par exemple être particulièrement problématique. Les solutions de mobilité telles que le RER et les modes doux qui sont avancées dans chaque projet ne sont pas encore intégrées par les nouveaux arrivants, comme on veut nous le faire croire.

Quel regard jetez-vous sur cette politique de réhabilitation des chancres ?

La Ville a anticipé la politique qui est aujourd’hui déclinée partout en Wallonie. C’est une très bonne chose. Il faut réhabiliter ces chancres en priorité. Le problème est que les couts de réhabilitation sont importants pour les promoteurs, ce qui entraine des prix de vente assez élevés.

Nivelles laisse-t-elle une certaine latitude aux architectes pour développer des projets ambitieux ?

Oui, il y a une ouverture d’esprit à la commune et il est possible d’avoir certaines ambitions. Dans d’autres entités voisines, c’est bien plus compliqué. D’une manière générale, la difficulté principale est souvent liée au dialogue avec les riverains.

Comment voyez-vous le développement de Nivelles dans les prochaines années ?

Le tissu du centre-ville va rester. Il est de qualité, avec un bâti ancien et dense. Seuls des projets ponctuels y seront ajoutés. Dans le périmètre proche du centre, on compte encore certains sites à réhabiliter, ce qui va amener de nouveaux habitants.

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