L’urbanisme culturel

L’urbanisme culturel ouvre un champ d’exploration et d’action en résonance avec les missions de notre Maison de l’urbanisme. Une occasion en or pour positionner notre action et cimenter notre ancrage dans le Centre culturel du Brabant wallon.

Texte : Bénédicte Dawance

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L’urbanisme culturel. Deux mots qui se côtoient rarement, chez nous en tout cas. Deux domaines – urbanisme d’un côté, culture de l’autre – qui peuvent même sembler éloignés pour certains. L’un renvoie communément aux projections fonctionnelles et rationnelles de l’organisation spatiale et temporelle, alors que l’autre nous parle davantage de la rencontre et de l’expérience vécue. C’est dire alors l’importance de nommer ce qui les relie : un territoire ancré, ses usages et ses représentations. Un territoire dans ses dimensions spatiales, environnementales, sociales, mais aussi identitaires et évocatrices. L’urbanisme culturel nous permet d’amplifier le regard sur nos missions de Maison de l’urbanisme. Nos missions, parlons-en ! Le saviez-vous ? Les Maisons de l’urbanisme sont régies par un agrément octroyé par la Wallonie. Un comité d’accompagnement vérifie périodiquement l’adéquation et l’efficience de l’action des Maisons de l’urbanisme vis-à-vis du prescrit légal. Ce début d’année 2024, notre Maison de l’urbanisme a à nouveau reçu la confiance de la Wallonie pour poursuivre ses missions. Une bonne nouvelle et la reconnaissance d’un travail d’équipe nourri de longue date. Ce renouvellement fut l’occasion de positionner notre action dans un contexte où les défis territoriaux, environnementaux et sociaux ne manquent pas. Nous en avons soulevé plusieurs. Ils éclairent la nature et les enjeux de notre action au service du territoire du Brabant wallon.

1. Notre rapport culturel au territoire

Un premier défi, un pilier : la nécessité de nourrir une vision à 360° de notre action englobant pleinement la dimension culturelle de notre rapport au territoire. Qu’entend-on par-là ? C’est en fait assez simple. Nos manières d’habiter, de vivre et consommer le territoire, s’y mouvoir, s’y projeter à court ou long terme, le transformer, le protéger, y rêver et développer un projet…sont autant d’actions individuelles et collectives qui marquent notre empreinte, notre vision et notre ancrage culturel au territoire. Il est peut-être important de rappeler qu’il s’agit du coeur de la discipline de l’urbanisme. Trop souvent enfermé dans ses dimensions « techniques », l’urbanisme met bien la dimension humaine au coeur du propos, englobant de ce fait les aspects physiques, psychiques, symboliques et culturels. Notre action travaille ce lien culturel au territoire par le biais de nos multiples activités. C’est aussi naturellement que nous collaborons au quotidien avec les équipes du Centre culturel en charge de la Jeunesse et de l’Education permanente, deux secteurs qui ont à coeur de mobiliser la force évocatrice de nos imaginaires, de notre rapport au sensible, et de nos utopies citoyennes.

2. Le relai des connaissances : informer et faire culture

Rassembler des connaissances et en assurer le partage est un deuxième défi que nous devons continuer à relever. L’information accessible est le prémisse de la découverte et le levier de l’action. C’est au départ d’une information étayée que peut valablement s’ancrer la responsabilisation individuelle et collective vis-à-vis de notre cadre de vie et plus largement des défis de territoire.

3. Des stratégies de développement territorial durable comprises par tous

Dans cet énoncé, on n’oubliera pas les besoins criants en matière de compréhension, d’information et d’appropriation par tous des stratégies de développement territorial. Expliquer les fondements et les contenus des stratégies définies à l’échelle régionale et communale, mais aussi relayer la réalité de leur opérationnalité, voilà un beau défi. D’autant plus à la lumière de l’agenda 2024 qui verra apparaître de nouveaux castings à tous les échelons de décisions, mais aussi de nouvelles équipes se former au sein des commissions consultatives.

4. Des savoir-faire comme valeur d’exemple : une culture de l’initiative

Des stratégies au partage des savoir-faire en matière de développement territorial, il n’y a pas qu’un pas. On sait la difficulté de passer de l’intention au concret. Il est important de montrer tous ces projets qui émergent et qui apportent des réponses aux enjeux. La valeur d’exemple de projets ou d’initiatives porte en elle les facultés d’une mobilisation, d’une responsabilisation des acteurs, de l’élu au citoyen. Porter à la connaissance ces initiatives est un autre défi que nous continuerons à relever.

5. L’accompagnement des acteurs : une culture de l’action et de la concertation

Un autre défi est l’accompagnement des acteurs du développement territorial : appuyer, conseiller, apporter un regard extérieur et aidant pour mener des projets sur le territoire, mobiliser le citoyen autour d’initiatives, accompagner des réflexions sur une thématique pour en faire émerger les enjeux et modalités d’actions.

6. Trois orientations pour positionner notre action dans le champ de l’urbanisme culturel

À l’heure où l’on passe d’un urbanisme fonctionnel, voire technocratique, à un urbanisme relationnel, qui refonde la richesse humaine, retrace notre interdépendance aux ressources et au vivant, et nous place comme acteur du changement, il nous a semblé important d’ancrer notre action dans ces multiples dimensions et fixer des orientations qui entrent en écho. Ainsi, trois axes guideront notre action: L’éveil : Informer pour éveiller la curiosité et sensibiliser au développement territorial durable. L’action : Rassembler et relayer les savoirs pour responsabiliser et mobiliser. L’accompagnement : Former et accompagner les acteurs du développement territorial

Le regard de la culture

L’urbanisme culturel renvoie aux modalités de la fabrique du territoire se trouvant au croisement des disciplines de l’aménagement du territoire, culturelles et artistiques. Une approche qui croise des savoirs-experts des professionnels de l’aménagement et les savoirs-usages des habitants. L’urbanisme culturel permet de retrouver le sens des communs, le sens de l’aménagement et de l’habiter au-delà de l’agilité technique et de l’optimisation des processus-projet.

Cheminant en parallèle des démarches d’urbanisme transitoire ou d’urbanisme tactique, l’urbanisme culturel, à voir comme champ de pratiques et de recherches, oeuvre en complémentarité des démarches institutionnelles dites « classiques » pour mettre en avant, et avant tout, les dimensions relationnelles pour faire émerger des urbanités hospitalières et des territoires désirables. Il fait justement écho aux droits culturels qu’il contribue à mettre en oeuvre, dans sa capacité à informer, questionner, débattre, réfléchir le monde actuel, à susciter l’expression et la créativité, en favorisant l’exercice d’une citoyenneté responsable. Se faisant, l’activation de ces droits participe de la propension de notre société à refaire corps et à faire advenir une identité culturelle partagée.

P. A.