« L’idée n’est pas de rester dans mon bureau » 

Stéphanie Pirard est devenue début janvier la nouvelle fonctionnaire déléguée du Brabant wallon. Elle entend jouer un rôle de conseil auprès des communes et souhaite mieux accompagner les demandeurs de projet.

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Texte et photo : Xavier Attout

Quatrième fonctionnaire déléguée en cinq ans pour le Brabant wallon. Après Christian Radelet (2006-2019), Nathalie Smoes (2019-2022) et Cédric Harmant (2022-2023), Stéphanie Pirard a pris début janvier la tête de la direction Brabant wallon du département de l’Aménagement du territoire et de l’urbanisme de la Région wallonne. Une étape supplémentaire dans une carrière qui suit la même courbe que la E411. Après Namur et Arlon, la voilà donc atterrir à Wavre. « Une suite logique dans mon parcours où les expériences différentes se sont succédé, explique-telle, discrète mais déterminée. Pouvoir faire le lien entre le niveau régional et le niveau communal est un élément qui m’a particulièrement intéressé dans cette fonction. »

Juriste de formation (candi à Namur, licence à l’UCLouvain), celle qui habite en Hesbaye liégeoise – d’où elle est originaire – a passé la première partie de sa carrière (15 ans) au sein de la direction juridique, des recours et des contentieux du SPW. Un département d’où elle a vu défiler bon nombre de dossiers brabançons vu le nombre élevé de recours qui sont déposés à l’encontre de projets développés dans la province. « Il est vrai que cela m’a permis de mieux connaitre le Brabant wallon, sourit-elle. Cette province a concentré ces dernières années une série de dossiers importants qui ont entrainé des recours. Je connais donc bien ses grands enjeux territoriaux. »

Après ce premier chapitre de sa carrière, Stéphanie Pirard effectue ensuite un passage de cinq ans au sein du cabinet de Carlo Di Antonio, ministre wallon de l’Aménagement du territoire (2014-2019). « Cela m’a permis de découvrir une autre facette du métier. Avec une approche beaucoup plus concrète des enjeux. Il faut trouver des solutions rapidement. J’ai essentiellement travaillé sur la Pax Eolienica, qui vise à encadrer le développement éolien en Wallonie. Nous avons notamment contribué à favoriser l’installation des éoliennes le long des autoroutes. » Une époque où Stéphanie Pirard arpente également la Wallonie lors de présentations liées à la réforme du CoDT. « J’aimais beaucoup partager mes connaissances et aider les acteurs de terrain. »

Un nouveau rôle de conseiller

À la suite des élections régionales de 2019, elle met le cap sur Arlon où elle intègre les services du fonctionnaire délégué. Elle y restera quatre ans en tant qu’adjointe de Vincent Desquesnes et se confrontera à des enjeux qui sont, selon elle, de la même veine que ceux qu’elle devra appréhender en Brabant wallon. « Arlon doit en effet faire face à une importante pression foncière liée à sa proximité avec le Grand-Duché. À ce titre, le Brabant wallon est dans une position similaire avec Bruxelles. Les enjeux de mobilité, les aléas d’inondation, la raréfaction des terrains et la lutte contre l’étalement urbain sont également bien présents même si chaque territoire possède ses spécificités. Mais le Brabant wallon est surtout un territoire plein d’atouts. Il s’agit de l’une des principales locomotives économiques de la Wallonie. Même si elle est confrontée à une importante pression foncière, elle souhaite garder son caractère rural. Quant à la mobilité, il s’agira de mieux gérer les déplacements en voiture car nous ne pourrons jamais les canaliser totalement. »

Si au fil des réformes, le poste de fonctionnaire délégué a quelque peu perdu de sa splendeur et de sa toute-puissance, il reste néanmoins important et joue désormais davantage un rôle d’accompagnateur et de facilitateur qu’entend bien embrasser Stéphanie Pirard. « La fonction a en effet nettement évolué. Il s’agit aujourd’hui principalement d’un rôle de conseiller. Nous accompagnons les communes dans leurs démarches. Cela se traduit dans les chiffres puisque 91,3 % des demandes de permis ne sont pas liées à une décision d’un ou d’une fonctionnaire déléguée. Ce qui remet en perspective notre poids. »

Précisons toutefois que les services de la fonctionnaire déléguée sont le plus souvent sollicités sur des dossiers majeurs. De quoi rester un personnage clé de l’aménagement du territoire wallon. « Je veux surtout être une facilitatrice et jouer un rôle d’appui pour les communes. J’entends donc bien rencontrer tous les responsables communaux dans les prochaines semaines et être à leur écoute. L’idée est d’être présente sur le terrain, d’aller à la rencontre des experts communaux et des mandataires. Je ne compte pas rester dans mon bureau. »

Si les services du fonctionnaire délégué ont traversé des périodes agitées ces dernières années, la nouvelle directrice peut bénéficier de son côté d’une équipe pratiquement complète avec 26 collaborateurs. « J’entends être à l’écoute de tous mes collaborateurs et les associer dans mes déplacements. »

Ne pas être des casseurs de rêve

Reste que la fonction est exposée, que les décisions sont régulièrement soumises à la critique et les pressions multiples. « Nous exerçons un métier qui est soumis à la critique mais nous tentons de prendre les décisions les plus justes possibles. Il faut surtout rester humble par rapport à ces décisions. Nous ferons toujours des mécontents. Il s’agit donc d’un exercice d’équilibriste. Refuser un permis n’est jamais fait de gaieté de coeur. Nous ne sommes pas des casseurs de rêve. J’estime qu’un dossier doit être préparé le plus en amont possible pour éviter les retards. Les demandeurs effectuent encore trop d’oublis ou d’imprécisions qui freinent l’ensemble du processus. Il faut donc les conscientiser sur les difficultés que peuvent susciter leur projet. La prévisibilité d’un dossier reste un élément primordial. Les demandeurs engagent beaucoup de temps et d’argent, ils doivent donc être mieux accompagnés. »

NEUF DOSSIERS SUR DIX ENTRE LES MAINS DES COMMUNES

Un fonctionnaire délégué cumule les rôles de délégué du ministre, de directeur d’équipe et de fonctionnaire de l’administration. Il remet des avis au gouvernement et accorde, ou non, des permis en fonction de l’intérêt général, du respect de la législation et de la vision politique de l’exécutif en place. Il en existe huit en Wallonie. En 2022, 8,7 % des permis ont relevé de la seule compétence des fonctionnaires délégués. Ce qui signifie que 91,3 % des dossiers sont dans les mains des collèges communaux. Parmi ces 91,3 %, les fonctionnaires délégués ont été appelés à remettre un avis conforme, liant le collège communal, dans 4,5 % des cas. En 2022, les collèges communaux ont donc été seuls à décider pour 87,2 % des dossiers.