Le territoire brabançon est appelé à être régénéré dans les prochaines années. Cela passe par un nouveau rapport au territoire et par des manières d’habiter à réinventer. Pour y parvenir, il faudra néanmoins faire évoluer les mentalités et faire preuve d’agilité avec les dispositions juridiques.

Texte : Xavier Attout - Photo : Maureen Schmetz

Imaginer, réinventer, réhabiliter. Le bâti brabançon, caractérisé par une part importante de maisons quatre façades, est appelé à connaitre de profondes mutations à l’avenir. Une manière de réorganiser un parc de logements devenus, dans certains cas, trop spacieux, trop énergivore et trop cher. De quoi rentrer aussi dans les clous des nouvelles ambitions énergétiques, de diversifier l’offre de logements ou encore de densifier des quartiers aménagés sur des terrains bien trop grands. Certaines pistes sont aujourd’hui sur la table (division, extension, démolition). Elles ont fait l’objet d’une conférence organisée par la Maison de l’urbanisme en novembre. Reste que la plupart des propositions se heurtent encore à des dispositions règlementaires ou à la crainte de voir émerger de nouveaux modèles. Une crainte que l’on retrouve tant du côté de la population que des autorités communales. « Mais cela va changer : le Schéma de développement territorial (SDT) veut par exemple encourager la division de logement alors que bon nombre de communes du Brabant wallon y sont opposées », précise le fonctionnaire délégué du Brabant wallon, Cédric Harmant. Et l’avocat spécialisé dans les questions immobilières Bernard Paques d’ajouter : « Les mentalités ne sont actuellement pas prêtes à accueillir les changements induits dans les nouvelles dispositions juridiques en matière d’aménagement du territoire. Ce n’est finalement pas plus mal qu’il faille du temps pour modifier la législation. Cela permettra aux citoyens de digérer les changements attendus… » À charge des urbanistes et architectes d’ouvrir donc la voie. Les exemples présentés lors de la conférence l’ont démontré.

Les limites des rêves

L’un des enjeux de la réhabilitation du bâti brabançon sera en fait de parvenir à lever tous les obstacles qui vont se dresser devant ces ambitions. Le premier étant de faire évoluer les mentalités des habitants et des décideurs. « La densification fait toujours très peur, note Cédric Harmant. Car ce sont les effets induits qui priment dans l’appréhension des gens : la mobilité ou encore une perte de ruralité. Mais ce n’est pas cela la densification ! Chacune doit être adaptée à son contexte. Réhabiliter le territoire, c’est réutiliser des terrains déjà artificialisés ( friches industrielles, bâti vieillissant), optimiser les tissus bâtis existants (dents creuses, division terrain) ou encore rénover le bâti existant. » L’autre élément clé sera de faire évoluer les législations. « Il faut tendre vers une réflexion sur l’évolution des documents d’urbanisme pour avancer vers une réhabilitation des terrains artificialisés en Brabant wallon, poursuit Bernard Paques. On pense tout particulièrement aux lotissements qui peuvent rester de vrais cadenas à la densification douce. La révision du CoDT laisse entrevoir néanmoins des pistes intéressantes à ce sujet. »

Si le Brabant wallon a traversé les dernières décennies sans se soucier vraiment de sa consommation du sol et de la localisation de son urbanisation, la fin de la récréation est en train d’être sifflée. La diminution de l’étalement est en marche. Reste dorénavant à activer des leviers urbanistiques innovants pour proposer davantage de logements mieux situés. Sauf que les obstacles sont encore bien présents. « Rêver et imaginer de nouvelles formes d’habitat ou d’urbanisation, c’est bien, tempère Bernard Paques. Mais on ne peut pas oublier qu’il y a quelques règlementations. Le zéro artificialisation net va nous obliger à changer de paradigme. Car densifier des lotissements, rénover des friches et diviser des logements existants ne se fait pas aisément. La plupart des communes sont par exemple frileuses face aux divisions de logements alors que le SDT affirme qu’il faut promouvoir les divisions de logements, encourager l’urbanisation des intérieurs d’ilots et permettre la division des terrains dans les lotissements. »

Les mentalités ne sont actuellement pas prêtes à accueillir les changements induits dans les nouvelles dispositions juridiques en matière d’aménagement du territoire. Ce n’est finalement pas plus mal qu’il faille du temps pour modifier la législation… Bernard Paques, avocat

Des nouveautés à intégrer

Or, on le sait, les différentes étapes d’élaboration d’un outil d’aménagement du territoire sont difficilement compressibles, vu la nécessité de faire mûrir un projet de territoire cohérent et concerté. « Les mesures du SDT prévoient que les communes disposeront de cinq ans pour ajuster les centralités proposées, avance Bernard Paques. Si on peut craindre qu’il n’y ait pas assez de bureaux d’études pour réaliser cet outil, on peut se réjouir de la mise en place d’un Schéma de développement communal (SDC) thématique, qui portera sur l’optimisation spatiale. Cela permettra, espérons-le, d’aller bien plus vite à l’essentiel et d’éviter un travail colossal. »

Reste qu’à cette heure, des craintes subsistent. Le principe de hiérarchie des outils veut que le SDT prenne le pas sur tous les schémas communaux ou locaux. Les arbitrages entre les volontés communales et régionales pourraient s’avérer difficiles.

Enfin, s’attaquer à la division des lotissements ne sera pas non plus chose aisée car on touche au statut de propriété. Deux pistes sont proposées pour y parvenir : un, modifier le permis d’urbanisation. « À ce jour, les communes ne s’y aventurent pas », relève Bernard Paques. Deux, la modification du permis d’urbanisation ne serait pas requise pour créer un lot supplémentaire dans un lotissement s’il est situé dans une centralité et qu’il ne compromet les objectifs d’optimisation spatiale. Une voie intéressante, qui ne sera peut-être pas suffisante pour relever le défi du devenir des tissus pavillonnaires mais qui s’annonce comme une première voie d’évolution.