Arènes du Territoire
L’étalement urbain : plus d’espace... pour le débat
Cap sur 2050. L’étalement urbain aura alors pris fin. C’est du moins ce que prévoit la Wallonie. Pour y parvenir, une série d’actions sont mises en oeuvre. Comme celle de lancer dans les prochaines semaines des Arènes du Territoire. Enceintes de débats, ces arènes wallonnes s’inspirent de l’expérience des Arènes européennes de la Transition énergétique. Territoire, transition, étalement urbain… On reste finalement dans la même enceinte circonscrite par un dessein commun : se réapproprier l’avenir.
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Texte : Karima Haoudy - Illustrations : MUSIC et Louise Laurent
C’est en s’arrimant à l’expérience des arènes du projet MUSIC (Mitigations in Urban Areas, Solutions for Innovative Cities) que se dérouleront les prochaines Arènes wallonnes. Celles-ci s’inscrivent dans le sillage de la Déclaration de Politique régionale 2019-2024 qui s’est fixée comme objectifs de réduire l’artificialisation des sols d’une part et, d’autre part, de freiner l’étalement urbain pour y mettre fin à l’horizon 2050. Celles-ci sont coorganisées par les huit Maisons de l’urbanisme, le cabinet du ministre Willy Borsus, en charge de l’Aménagement du territoire et, enfin, le SPW. Les Arènes du Territoire visent à mettre en œuvre un espace de débat où convergent des opinions et options, à la fois différentes et divergentes, en matière d’aménagement et de ménagement du territoire. Notre Maison de l’urbanisme organisera prochainement ce débat qui visera à récolter les avis diversifiés des acteurs clés qui maillent le territoire du Brabant wallon. In fine, les Arènes dresseront une « photographie » en matière de gestion de l’étalement urbain. Ces débats ont lieu en huis clos et rassembleront un panel d’acteurs engagés et représentatifs de la diversité des réalités territoriales et de la fabrique territoriale, spécifiques à notre territoire. Cinq villes européennes ont déjà abordé la question de la transition à travers le projet MUSIC. On vous en livre les grands enseignements.
1. Réduire de 20 % et bien plus
Elle est sur toutes les bouches. La transition. De Greta Thunbergh à Bill Gates. Le concept rassemble, parfois par la ruse greenwashing, des pôles inconciliables. Mais surtout, l’urgence écologique a mis en lumière une autre urgence, celle de revoir la manière dont nos territoires se fabriquent et se gouvernent. Tous les contextes territoriaux sont désormais concernés par la transition qui se mue, sous l’effet de l’actuelle crise sanitaire, en une aspiration à un changement, net et profond du système. Et cette aspiration est particulièrement perceptible dans les villes. Concentrant plus de la moitié de la population mondiale, elles sont à la fois les foyers des maux écologiques et les terreaux de solutions. Cinq villes ont pu montrer cette intéressante dualité, à travers le projet MUSIC, soutenu de 2010 à 2014 par l’Union Européenne. Objectif : mener des actions concrètes en vue de réduire de 20% les émissions de CO2.
2. Transition, l’équation territoriale
Aberdeen, Gand, Ludwigsbourg, Rotterdam et Montreuil, cinq villes qui se sont attelées à mettre en place les conditions pour amorcer une transition énergétique. Une transition rivée à des innovations sociales et institutionnelles. Pour y arriver, elles ont aménagé des Arènes de la Transition. Enceintes inédites de débats, de cogitations et de définition d’un avenir commun, les Arènes rassemblent un groupe de précurseurs d’horizons divers (entreprises, élus, citoyens, société civile, chercheurs, habitants, etc.) qui définissent un futur durable. En dépit de leurs singularités, les cinq expériences sont guidées par un précepte commun : agir local pour transformer le global et briser le statut quo. Avec le recul, elles révèlent aussi les limites et les impasses d’une transition qui ne se concentrerait que sur le sillon écologique comme l’observent Chris Roorda et Pepik Henneman dans la page qui suit…
3. Des balises transfrontalières
D’Aberdeen à Gand, un fil conducteur : mettre en oeuvre une transition avec les différents acteurs du territoire et ce, sur des enjeux variés : gestion parcimonieuse de l’énergie, renforcement des capacités des citoyens à s’impliquer dans la gestion de leur ville, végétalisation et densification des noyaux urbains, amélioration de la mobilité douce, etc. Si chaque Arène a sa configuration propre, des balises communes ont permis de relier, par-delà des frontières, les initiatives :
- Décortiquer les rouages du système et la complexité de l’enjeu.
- Rassembler des personnes aux points de vue différents et divergent.
- Sortir des sentiers battus et encourager l’innovation à petits pas.
- Valoriser les précurseurs qui expérimentent d’autres manières de penser et
d’agir sur les questions de la transition - Favoriser l’éclosion des initiatives
ascendantes - Let’s go ! définir un programme et des
actions concrètes à court, moyen ou
long terme
4. Limites et perspectives
Pour mesurer les effets des Arènes, rencontre avec deux de ses artisans, Chris Roorda, consultant et chercheur au sein de DRIFT (organisme qui soutient l’innovation implanté à Rotterdam) et Pepik Henneman, fondateur du laboratoire d’expérimentation sociale, Meneer de Leeuw. Tous deux mettent en relief les limites du périmètre participatif, intrinsèque aux Arènes. « De toute évidence, la gestion de la transition n’est pas une solution miracle pour atteindre des objectifs de durabilité ambitieux, observe Chris Roorda. Cette démarche ascendante ne remplace pas la nécessité d’autres interventions publiques, complémentaires. »
Aussi, ces Arènes doivent être terre à terre. Il est important d’apporter du concret pour ne pas rester dans une démarche trop vague, déconnectée des réalités du territoire. La manipulation des concepts théoriques, fondement de la transition (voir encadré sur les balises transfrontalières), devrait toujours composer avec le pragmatisme du terrain, avec des actions tangibles comme ce fut le cas à Gand avec la mise en place d’un indicateur de mobilité associé à des maisons mises à la vente, une idée pionnière indique Pepik Henneman qui a coordonné l’Arène gantoise. À notre question de « Si c’était à refaire », les artisans des Arènes mettent en exergue l’importance d’aller plus vers des actions de changements structurels, à l’heure de la caniculisation du monde et de la prise en compte par l’opinion publique de l’urgence climatique. Une urgence qui ne peut toutefois, souligne Chris Roorda, se dissocier de la résolution des inégalités sociales, qui césurent les territoires.
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