Les vignerons à l’assaut du Brabant wallon
Les vignerons à l’assaut du Brabant wallon
Texte et photos : Frédérique Masquelier
En moins de dix ans, dix-sept nouveaux vignobles ont été créés en Brabant wallon, doublant leur nombre total dans la province. Un engouement qui fait ses preuves. Primés dans plusieurs concours, et encore tout récemment, les vins brabançons sont reconnus pour leur qualité.
En moins de dix ans, dix-sept nouveaux vignobles ont été créés en Brabant wallon, doublant leur nombre total dans la province. Un engouement qui fait ses preuves. Primés dans plusieurs concours, et encore tout récemment, les vins brabançons sont reconnus pour leur qualité.
Texte et photos : Frédérique Masquelier
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L’honneur est appréciable. Et l’aura, internationale. Fin mars, le Brut de Brabant, un vin effervescent produit par le Domaine W de Saintes (Tubize), a décroché la médaille d’or du meilleur Chardonnay au monde, volant la vedette aux crémants d’Alsace et de Bourgogne. Une sacrée reconnaissance pour le vignoble brabançon et, in fine, pour le savoir-faire des vignerons de la Jeune province.
Car cette récompense est loin d’être anecdotique. L’essor viticole du Brabant wallon, qui est bien réel, a vu sa production être relancée dans le courant des années 1990 par un petit groupe de précurseurs passionnés. Et, surtout, dans les années 2000-2010, par une vague d’entrepreneurs qui leur ont emboité le pas en nombre. Au point de se faire une place en Wallonie, titillant les provinces de Hainaut, de Liège et de Namur, implantées de plus longue date sur le marché, fortes des plus grands domaines viticoles du pays.
67 hectares de vignes
« Il existe 34 vignobles sur le territoire brabançon, recense Christophe Waterkeyn, secrétaire de l’Association des Vignerons de Wallonie et membre de la Confrérie du Vignoble de Villers-la-Vigne, planté, comme son nom l’indique, dans l’enceinte de l’Abbaye de Villers-la-Ville. Le plus étendu est le Domaine du Chapitre à Baulers (Nivelles) qui couvre treize hectares. Mais aussi, dans une moindre mesure, le Domaine W de Tubize, le vignoble du Château de Bousval (Genappe) et le Champ des Vignes à Lasne qui en comptent huit. » Pour le reste, les vignobles brabançons sont de très petite taille : moins d’un hectare pour vingt d’entre eux, entre un et cinq hectares pour les dix restants. La plupart sont rattachés à un château ou à une ferme. Voire occupent des terres agricoles çà et là aux abords des villages, tel le Domaine de Glabais à Genappe ou celui du Roy à Tilly (Villers-la-Ville). Certains s’inscrivent sur des terrains communaux, comme le vignoble de l’association Les Pieds dans la Dyle à Wavre ou celui du Bois des Dames à La Hulpe. D’autres encore sont le résultat d’une initiative citoyenne, tel le Vignoble de Genval, lancé par un comité de quartier. Quelques-uns sont tout simplement accolés à l’habitation privée de leurs exploitants.
Mis bout à bout, d’après les statistiques 2023 du SPF Économie, ces 34 vignobles totalisent 67 hectares. C’est deux fois moins que la superficie viticole de la province de Hainaut (136 hectares), qui compte à peu près le même nombre de vignobles (38). Moins aussi que celle des provinces de Namur (99 hectares) et de Liège (129 hectares). Mais c’est plus que la Flandre orientale (61 hectares) et que la province d’Anvers (39 hectares). À titre de comparaison toujours, à lui seul, le plus grand domaine du pays, le Chant d’Éole à Quévy, s’étire sur… 54 hectares. En termes de production, le Brabant wallon a livré 191.500 litres de vin en 2023, soit 5,5 % de la production nationale. La province de Hainaut grimpe, elle, à… 25,7 %.
Les vignerons brabançons sont pour beaucoup des jeunes, dynamiques, motivés. Ils conçoivent leur exploitation viticole comme un véritable projet de vie.
Christophe Waterkeyn
D’après Christophe Waterkeyn, si la renaissance de la viticulture brabançonne est plutôt récente, l’engouement que la pratique a suscité l’est plus encore puisqu’il remonte tout au plus à une dizaine d’années. Pour preuve, la moitié des vignobles que compte aujourd’hui la province ont été créés entre 2016 et 2022. « Après l’expérimentation des débuts, le succès des premières récoltes a démontré la faisabilité économique du projet, explique-t-il. La culture de la vigne est devenue rentable pour les domaines pionniers et la filière s’est professionnalisée. Le travail s’est vu encadré par des règlementations nouvelles, et les amateurs ont fait place aux entrepreneurs. » Dont la plupart ont la trentaine ou la quarantaine. « C’est une caractéristique des vignerons brabançons, acquiesce-t-il. Ce sont pour beaucoup des jeunes, dynamiques, motivés. Ils conçoivent leur exploitation viticole, souvent couplée à l’œnotourisme, comme un plan de carrière, un véritable projet de vie. »
C’est que tous les voyants sont au vert et leur donnent raison. « Le Brabant wallon est dans les starting-blocks », sourit Christophe Waterkeyn. Outre le changement climatique, qui déplace lentement le curseur viticole vers la Belgique, l’intérêt grandissant des consommateurs pour les produits locaux et l’agriculture biologique offre un public de choix aux vignerons brabançons. « Ces dernières années, le savoir-faire viticole brabançon, et wallon plus largement, s’est accru. Les techniques ont évolué, des investissements importants ont été consentis. Des experts ont été engagés, des prestataires de services ont développé leurs activités pour planter, tailler, récolter… Des écoles pour apprendre le métier de viticulteur ont fait leur apparition dans le pays, de même que des laboratoires d’analyse. Tout cela participe à la croissance du secteur et à l’augmentation générale de la qualité des vins. »
Un paysage de coteaux
Est-ce à dire que la multiplication fulgurante des domaines viticoles en Brabant wallon aura, à terme, un impact sur le paysage ? Pour Christophe Waterkeyn, il ne faut pas s’attendre de sitôt à voir se succéder les coteaux plantés de vignes au détour des chemins de campagne brabançons. « Certes, la température moyenne a augmenté ces trente dernières années et a permis d’avancer la date des vendanges à début septembre, là où il fallait attendre fin octobre auparavant. La production de raisin s’en trouve bien meilleure que par le passé, reconnait-il. Mais le climat n’en reste pas moins celui de l’Europe septentrionale, avec des aléas de gel, de fortes pluies, de brouillard. Le risque de voir des récoltes entières compromises est beaucoup plus grand dans nos régions que dans les pays méridionaux. »
Un peu d’histoire et de géologie
Si la Belgique est réputée pour ses bières, elle était autrefois un pays viticole. Les premières mentions de vignobles belges remontent au 9e siècle. C’est sans doute aux moines cisterciens que l’on doit la culture de la vigne dans notre pays. Le vignoble de l’Abbaye de Villers-la-Ville, pour ne citer que lui, a été planté à l’endroit même où les moines le cultivaient au Moyen-Âge. « Sa présence est consignée dans un document datant de 1312, dans ce même clos intramuros, raconte Christophe Waterkeyn. Mais une période de miniglaciation en 1600-1650 aura raison de la viticulture belge, qui sera oubliée des siècles durant. »
La composition du sol – calcaire dans la vallée de la Meuse, sablo-limoneux en Flandre et dans les deux Brabants, argilo-limoneux dans le Condroz ou en Hesbaye, riche en grès ou en schiste sur le pourtour de l’Ardenne ou dans le Hainaut – influe sur les arômes et la minéralité du vin. L’ensoleillement dicte la couleur. « Dans nos régions, comme en Alsace, en Champagne, au Luxembourg et en Allemagne, on fait principalement des bulles et du blanc. Avec le réchauffement climatique, les vignerons belges s’essaient progressivement au rosé et au rouge. »
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