Les saisons de l’espace public
L’été est la saison par excellence pour sortir des murs et transformer les espaces publics en scène pour un jour, un week-end ou une saison. L’espace public devient alors polymorphe, agité par d’autres énergies humaines et citoyennes, par d’autres usages qui le questionnent. Ces autres usages parlent de nos liens à autrui et à l’environnement qui nous entoure.
Texte : Bénédicte Dawance - Photo : Ger Spendel
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Comment les saisons transforment nos espaces publics ? Comme les feuilles de l’arbre, la vie de l’espace public s’inscrit-elle dans un cycle ? Derrière ces questions anodines, qui nous parle de rythme et d’intensité, c’est aussi l’appropriation citoyenne des espaces publics et leur valeur d’attachement, leur vocation de rassemblement et d’expression qui sont soulevées. Il s’agit tout autant de questionner leur accès gratuit et sans discrimination. Deux clés de la définition d’un espace public.
Séjourner : une fonction de l’espace public
Différencier les usages de l’espace public permet de comprendre son fonctionnement et comment les priorités d’aménagement ont été fixées. Pour l’aménageur, c’est un principe incontournable pour concevoir son aménagement, dessiner son ambiance. On distingue ainsi trois fonctions majeures de l’espace public : la circulation, la desserte et le séjour. Simple à comprendre, les choses se complexifient quand on considère que la grande majorité des espaces publics combinent ces 3 fonctions. C’est alors une question de priorité qui sera dépendante du type d’espace public, du contexte et de l’intensité des flux que ce maillon du réseau entend absorber. Trop souvent ces dernières décennies, et pour de trop nombreux espaces, la fonction de déplacement a pris le pas sur les autres. Pourtant, la fonction de séjour est essentielle à l’animation d’un quartier, d’une rue. Par séjour, entendez la faculté de se poser, se reposer, de rencontrer, de pratiquer une activité ludique, sportive… On doit à la fonction de séjour de l’espace public son ambiance, son identité, son attachement, sa faculté de faire cohésion sociale. Espace de l’informel, le séjour est aussi un pilier de l’animation de l’espace public. C’est dire l’importance de soigner cette fonction.
Des espaces publics apaisés, mais animés
Depuis quelques années, des aménagements se font jour pour apaiser les espaces publics, donner une place pour tous les modes (piétons , vélos…), ouvrir à une multitude d’usages. La réflexion sur les lieux ou les mailles apaisées entend aussi renforcer le lien entre l’espace public et les fonctions qu’il dessert et qui l’activent : un point essentiel quand on cherche à renforcer la cohésion sociale et mobiliser l’espace public comme lieu de la vie collective, un lieu animé et partagé. L’activation de l’espace public est due tout autant aux activités abritées dans les bâtiments riverains de l’espace public (un commerce, un café..) que les usages induits par un aménagement réalisé sur cet espace : une aire de jeu, une fontaine ou le kiosque autrefois. S’il parait évident que la densité d’activités riveraines constitue un réel potentiel d’activation de l’espace, on voit que les choses sont moins claires en ce qui concerne l’activation dite « interne ». Entre espace dénudé ouvert au plus grand panel d’activités possible et l’espace surchargé d’un mobilier induisant des usages déterminés, de multiples variantes se dessinent, mais la question demeure : quel équilibre trouver entre ces deux extrêmes ? Et dire quel est l’aménagement le plus porteur d’attractivité serait tout aussi hasardeux.
La transformation éphémère des espaces publics permet de découvrir sous un autre oeil les dimensions de l’espace, de susciter d’autres usages.
Préfigurer pour révéler
S’il n’y a pas de solution magique pour que l’aménagement d’un espace public puisse répondre de manière absolue à cette recherche d’équilibre des usages, il y a néanmoins quelques ingrédients et modes de faire que l’on peut suggérer pour tenter cet équilibre et assurer une appropriation citoyenne. D’abord et avant tout : observer le lieu, ses usages et ses usagers, ses heures, son microclimat. Ce diagnostic sensible est un indispensable terreau pour déterminer les besoins. Faut-il encore collecter l’avis de ceux qui pratiquent peu ou ne pratiquent plus l’espace public, tels nos aînés et tout autre usager discriminé. Il s’agit donc de voir et faire avec et pour tous pour révéler un lieu.
De plus en plus souvent, des aménagements tests voient le jour. L’idée est de préfigurer un aménagement pour tester les usages induits, observer les interactions qui naissent d’une nouvelle distribution spatiale ou d’une atmosphère modifiée. À côté de ces aménagements tests – aussi nommés sous le vocable d’urbanisme tactique – il en est d’autres plus éphémères qui sont tout autant révélateurs de besoins et de potentialités. Une rue transformée en espace de brocante par exemple, un carrefour qui devient ‘place’ le temps d’un spectacle, un espace vert qui devient scène de village le temps d’une journée. La transformation éphémère de ces espaces permet de découvrir sous un autre oeil les dimensions de l’espace, de susciter d’autres usages et d’offrir un cadre pour écrire de nouveaux récits citoyens. Ainsi, des projets comme « scène de villages » portés par le Centre culturel du Brabant wallon et le GAL Culturalité (lire ci-contre) participent à susciter de nouvelles appropriations de lieux du quotidien par l’art vivant. Les artistes deviennent des interprètes et agitateurs du lieu et des liens sociaux. Et ce faisant, ils rendent l’art vivant accessible à tous. C’est sans doute une des ambitions les plus fortes de la démarche de l’art dans l’espace public
Le regard de la culture
Scène de villages, au coeur de l’espace public
Scène de villages est une tournée culturelle itinérante qui prend place depuis 2017 dans les sept communes de la Hesbaye brabançonne, à l’est du Brabant wallon. Elle a pour objectif de mettre en valeur le patrimoine local (bâti, culturel, folklorique, artistique) et de faire (re)vivre les coeurs de villages, afin d’y favoriser la rencontre entre habitantes et habitants et d’y renforcer la cohésion sociale. Investir l’espace public avec ce projet est rapidement apparu comme une évidence, afin de faciliter l’accès aux événements à tous et toutes et de se sentir légitime d’y participer. Cela fait maintenant partie de l’ADN du projet.
Chaque année, ce sont de nouveaux endroits de l’espace public qui sont ainsi mis en valeur par l’événement culturel et artistique. Chaque escale est l’occasion d’apporter un nouveau regard sur les bâtiments situés aux alentours, de vider les places des voitures qui l’encombrent ou de découvrir de nouveaux lieux peu fréquentés habituellement ou encore d’offrir aux habitantes et habitants qui connaissent parfaitement les lieux un nouveau regard sur leur environnement quotidien.
> Elise Vincke, chargée de projet CCBW
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