Les nouvelles ambitions de Syntaxe

Il est devenu en quinze ans le plus important bureau d’architectes du Brabant wallon. Syntaxe enchaine les projets d’envergure, dont une multitude de nouveaux quartiers.

De quoi lui permettre d’avoir un réel impact sociétal. Il y défend en tout cas son architecture contextuelle et durable.

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Texte : Xavier Attout Photos : Syntaxe Architectes

Trente ans qu’ils enchainent les fêtes. Vingt-cinq qu’ils sont sortis des bancs de l’ULB. Et quinze qu’ils ont lancé le bureau Syntaxe Architectes. Joël Meersseman, Rénald Pansaerts et Ronald Rifflart sont aujourd’hui à la tête du plus important bureau d’architecture du Brabant wallon, l’un des plus importants de Wallonie. Une trajectoire qui n’a pas toujours été rectiligne mais qui ne doit rien au hasard, tant ces joyeux drilles allient professionnalisme et esprit de famille. « L’aspect humain a toujours guidé nos activités, estime Rénald Pansaerts. Que ce soit en interne ou dans la construction de nos projets. Nous avons la faiblesse de penser que nous sommes appréciés pour cela. Très peu de collaborateurs nous ont d’ailleurs quittés. »

Le trio, dont les bureaux sont installés à Haut-Ittre, est aujourd’hui à la tête d’un atelier d’une trentaine de personnes. Une structure qui va encore s’agrandir puisqu’ils viennent de reprendre les rênes de l’Atelier du Sart-Tilman – une référence en Cité ardente – qui comprend une dizaine de collaborateurs. De quoi prendre un nouveau virage à l’aube de leurs cinquante ans.

Le salut des concours

« Nous avions toujours eu cette idée de lancer un bureau à trois, se souvient Joël Meersseman. Cela date déjà de nos études à l’ULB. Après des aventures chez Art & Build, Foster + Partners, Sigma 3 ou Brussels Office of Architecture, nous nous sommes dit qu’il était temps de faire le grand saut. » Les maisons unifamiliales s’enchainent, les petites extensions également. Des débuts somme toute classiques. « Notre croissance a été mesurée et raisonnée, ajoute Ronald Rifflart. Chaque année, un ou deux collaborateurs nous rejoignait. »

Reste qu’à l’aube des années 2010, les gros dossiers se multiplient. « Les concours ont été un formidable adjuvant, lance Rénald Pansaerts. Nous en avons remporté beaucoup. Que ce soit les commissariats de police de Jodoigne, d’Oupeye ou de Gembloux, l’immeuble de la RTBF à Liège (Média Rives). Pour un petit bureau, les concours sont un levier très intéressant. J’applaudis des deux mains le fait qu’il y en a davantage aujourd’hui. Cela permet de diversifier les bureaux d’architecture et de se remettre en question. » S’en est alors suivi une volonté de communiquer davantage vers l’extérieur. « Les jeunes collaborateurs nous disaient que nous avions de belles références mais que personne ne nous connaissait, se rappelle Joël Meersseman. Nous avons changé notre image et cela semble porter ses fruits. »

Aménageur de quartier

Esprit Courbevoie à Louvain-la-Neuve, Jardins de l’Orne à Mont-Saint-Guibert, Hiercheuses à Marcinelle, Neolegia à Liège ou encore Croisée des Champs à Gembloux : Syntaxe s’est spécialisé dans l’aménagement de quartiers. Dont trois (ex) Quartiers Nouveaux. « Créer de nouveaux espaces publics et de nouvelles manières de vivre est ce qui nous guide vraiment, lance Rénald Pansaerts. L’architecture n’est qu’un outil au service de l’urbanisme pour créer de nouveaux espaces. Ce qui est réellement passionnant, c’est d’avoir un impact sur la manière de vivre. Pour cela, il faut avoir la chance de travailler sur des projets d’une certaine taille. Ce qui est le cas ces dernières années. »

Vu le temps que mettent certains projets à aboutir – parfois une décennie – le plus compliqué est de bien percevoir les besoins de demain. « C’est la qualité architecturale qui va faire un bon ou un mauvais projet, note Ronald Rifflart. Un des challenges du Brabant wallon est de convaincre ceux qui vivent dans une villa quatre façades qu’ils vivront tout aussi bien dans un appartement. Et seule l’architecture peut y répondre. Cela passe par une mixité des fonctions, par des appartements multi-orientés, par l’absence de vis-à-vis, par de larges espaces publics, etc. Et notre architecture, qui est très contextuelle, tente d’y répondre. »

Le degré d’adaptation

« Les projets les plus réussis sont ceux qui s’éloignent le moins de la première mouture, estime Joël Meersseman. Avec l’expérience, nous arrivons à concevoir rapidement des projets qui tiennent la route et qui sont dans la lignée des souhaits du maitre d’ouvrage. Notre force est d’avoir une forte capacité à nous adapter. Nous essayons de comprendre ce qui a de la valeur pour les gens. » Reste que faire aboutir un projet est toujours compliqué. « L’accélération des changements de politiques en matière de développement durable ne favorise pas un cadre de travail qui s’accommoderait parfois de davantage de stabilité », regrette Ronald Rifflart.

Cap sur Bruxelles

« Bruxelles est notre prochain objectif, annonce Joël Meersseman. Nous ne nous sommes jamais positionnés comme un bureau wallon mais nous avons pourtant été principalement actifs au sud du pays. Nos ambitions sont désormais plus grandes. Nous discutons déjà avec plusieurs développeurs. »

L’autre ambition est également de développer le volet liégeois via la prise de participation des trois associés dans l’Atelier du Sart-Tilman. Toujours en gardant cette idée d’avoir une diversification dans les segments d’activité. En 2019, les 40 000 heures de travail de Syntaxe se sont réparties à 46 % dans des projets résidentiels, à 20 % dans du bureau et à 16% dans l’industriel. Le solde étant consacré à de l’équipement, des laboratoires pharmaceutiques et à des missions de master plan. « L’idée est de rester dans cette proportion, de manière à varier les plaisirs, lance Rénald Pansaerts. Si nous pouvions obtenir un projet de reconversion où il faut allier maintien du patrimoine et architecture, ce serait aussi un super défi. »