Les destins croisés d'Ottignies et Louvain-la-Neuve

Les destins croisés d'Ottignies et Louvain-la-Neuve

Espace-vie se plonge ces prochains mois dans le devenir des cinq grandes communes du Brabant wallon. Après Braine-l’Alleud, on s’attarde sur Ottignies-Louvain-la- Neuve, tiraillée entre une entité qui fait office de locomotive du Brabant wallon et une autre qui peine à se réinventer. Un point commun tout de même : la multitude de projets dans les cartons. (Série 2/5)

Texte : Xavier Attout - Globalview et X.A.

Espace-vie se plonge ces prochains mois dans le devenir des cinq grandes communes du Brabant wallon. Après Braine-l’Alleud, on s’attarde sur Ottignies-Louvain-la- Neuve, tiraillée entre une entité qui fait office de locomotive du Brabant wallon et une autre qui peine à se réinventer. Un point commun tout de même : la multitude de projets dans les cartons. (Série 2/5)

Texte : Xavier Attout - Globalview et X.A.

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Depuis une quinzaine d’années, les développements d’Ottignies et de Louvain-la-Neuve suivent des chemins quelque peu différents. Difficile de ne pas remarquer que Louvain-la-Neuve attire désormais tous les projecteurs en Brabant wallon. Voire même en Wallonie. De quoi en faire en quelque sorte une capitale provinciale qui n’en porte pas le nom. À elle les projets emblématiques, qu’ils soient résidentiels, culturels, économiques ou commerciaux. À elle les ambitions architecturales. À elle une attractivité sans précédent. Mais à elle également les prix exorbitants du marché immobilier – un appartement neuf à plus d’un million d’euros a été vendu l’an dernier dans le cadre du projet Agora –, faisant désormais presque passer cette festive ville étudiante pour un refuge pour personnes aisées. Et plutôt âgées.

À côté de cette fringante cité d’une cinquantaine d’années, Ottignies fait plutôt pâle figure. Elle dispose bien d’importants projets dans ses cartons mais ne peut, pour l’heure, mettre aucune réalisation concrète sur la table. « De nombreuses études sont lancées actuellement, que ce soit pour le quartier de la gare ou le centre-ville d’Ottignies, lance Julie Chantry, bourgmestre d’Ottignies-Louvain-la-Neuve depuis 2018. Cela prend du temps mais il est nécessaire de passer par cette procédure de réflexion et de consultation citoyenne. Nous sommes en tout cas loin de rester les bras croisés. »

Deux projets résidentiels majeurs devraient bouleverser le centre d’Ottignies. L’un à proximité de la gare et baptisé Samaya. Le promoteur BPI souhaite développer 900 logements sur un terrain de 10 hectares. Une première demande de permis est en cours. L’autre projet est situé sur le site de l’ancienne usine Bétons Lemaire, à proximité de la gare de Céroux-Mousty. Sur un vaste terrain de 8,4 ha, Matexi espère construire un nouveau quartier de 600 logements. Le dossier est toutefois au point mort. Et devrait le rester encore quelque temps. Aucune piste ne semble se dégager pour désenclaver ce site qui ne dispose actuellement que d’une étroite voirie d’accès, le long des voies de chemin de fer. La piste du tunnel sous les voies semble complexe à réaliser sur le plan technique. « Une solution doit être trouvée sur le volet mobilité avant de lancer ce projet, souhaite Julie Chantry. Or, rien ne semble se dégager actuellement. »

Démolir et reconstruire le Douaire

La dernière nouveauté pour le centre d’Ottignies concerne le Douaire. Inauguré en 1974, rénové en 2006, ce centre commercial de 10 000 m2 ressemble actuellement à un grand bloc de béton planté au coeur de la vallée de la Dyle. Cet ensemble, de même que les 576 places de parking qui l’entourent, pourrait faire l’objet d’une importante reconfiguration. L’idée sur la table étant de le démolir, de revoir entièrement son emplacement et d’y construire à la place un nouvel ensemble comprenant des parkings au sous-sol, des commerces au rez-de-chaussée et du logement aux étages. Un projet marquant, d’envergure, qui est le fruit de réflexions citoyennes rassemblées dans le cadre de la mise en oeuvre du Plan communal d’aménagement révisionnel (PCAR) et du Schéma général d’aménagement du centre d’Ottignies. « Il est temps de doter Ottignies d’un véritable centre et de proposer un projet ambitieux, explique Julie Chantry. L’idée est de revoir toute cette zone et de faire se croiser une trame bleue (la Dyle) et une trame verte. Cette dernière partirait du haut de la prairie Orban, traverserait le site actuel du Douaire et rejoindrait le Bois des Rêves. Un projet qui ne permet pas de garder le Douaire comme tel. L’objectif est de se doter de davantage d’espaces publics, plus agréables à vivre. Ce sera un vrai projet collectif. » Si la Ville soutient activement le projet, un seul acteur a la possibilité d’actionner ou non le levier : le propriétaire du Douaire, Axa. « Sans leur aval, rien ne se fera », confirme Julie Chantry. L’enquête publique sur ces deux outils urbanistiques sera lancée à l’automne.

Un dossier qui s’accompagnera d’un autre : le réaménagement de la place du Centre. La Ville a racheté toutes les maisons de cet ilot situé entre le boulevard Martin et l’avenue Reine Astrid pour les démolir, de manière à y élaborer un projet global. Il ne reste plus qu’un propriétaire récalcitrant. Ajoutons qu’à Ottignies, la SNCB a toujours l’idée de revoir complètement l’esplanade située devant la gare (pour y développer son concept de gare habitable, et donc munie de services), de même que l’aménagement du parking des Droits de l’Homme. Le budget avancé par la SNCB étant toutefois loin du budget escompté, le projet sera donc bien plus minimaliste.

Il est temps de doter Ottignies d’un véritable centre et de proposer un projet ambitieux. L’idée est de revoir toute cette zone et de faire se croiser une trame bleue et une trame verte. Un projet qui ne permet pas de garder le Douaire comme tel. Julie Chantry, bourgmestre d’Ottignies-Louvain-la-Neuve

Une population qui n’augmente pas

Direction Louvain-la-Neuve ensuite, dont la gentrification ne cesse de s’accélérer. La première (213 unités) des trois phases du quartier Esprit Courbevoie (entre la gare et la N4) est en train d’être livrée. Près de 500 habitants investiront leur appartement dans les prochaines semaines.

Un peu plus bas, à côté de la gare, la Ville poursuit l’élaboration du Schéma d’orientation local (SOL). Un outil qui permettait de bloquer toute demande de permis pendant trois ans. Dès le 12 septembre, Klépierre, qui dispose d’un droit d’emphytéose, pourrait donc théoriquement déposer une demande de permis pour étendre L’esplanade au-dessus des voies de chemin de fer. « Mais il ne le fera pas, pense Julie Chantry. Ce ne serait pas très stratégique. Nous espérons aboutir d’ici la fin de l’année. Le SOL déterminera les grandes lignes de ce qu’il est possible de faire sur cette zone, dont du commerce. Mais nous ne rentrons pas dans les détails. La mixité des fonctions sera le maitre-mot. » Un dossier qui est loin d’être clos.

L’attractivité de Louvain-la-Neuve ne se dément en tout cas pas. Tous les promoteurs qui parviennent à y développer un projet se frottent les mains. « Cette flambée des prix n’est pas un idéal pour nous mais c’est la loi du marché, regrette Julie Chantry. Nous tentons de la contrer en développant du logement public. Ce sera notamment le cas dans le cadre du nouveau quartier durable Athéna (ndlr : 1 400 logements au total), où la société de logement public Notre Maison et l’Agence de promotion immobilière du Brabant wallon (APIBW) développeront du logement accessible (390 unités) alors que l’UCL et la Ville lanceront un Community Land Trust (140 unités). »

Notons par contre que cet engouement pour Louvain-la-Neuve ne se traduit pas par une hausse de la population. Un constat étonnant quand on voit la multitude de projets d’appartements qui sont en développement. « C’est principalement lié à une problématique importante pour Louvain-la- Neuve : l’augmentation des maisons unifamiliales qui sont transformées en logements étudiants ou en colocation, estime la bourgmestre. Nous essayons de lutter contre ce phénomène mais cela s’avère compliqué car nous n’avons plus d’outils légaux pour ce faire. D’autant que cela met également une pression sur le stationnement et que la cohabitation entre habitants et étudiants dans les quartiers résidentiels n’est pas toujours simple. »

LE REGARD DE LA FONCTIONNAIRE DÉLÉGUÉE

Nathalie Smoes, fonctionnaire déléguée du Brabant wallon, et son collaborateur, Cédric Harmant.

« Une des particularités d’Ottignies-Louvain-la-Neuve est que la Ville a entrepris l’élaboration de nombreux Schémas d’Orientation Local (SOL). Ce sont ainsi des dizaines d’hectares qui sont amenés à évoluer, et qui modifieront profondément le paysage urbain durant la prochaine décennie. Deux types de SOL peuvent être distingués : la mise en oeuvre de zones non encore urbanisées et la reconfiguration de zones déjà urbanisées ou de friches industrielles.

Le plus emblématique de la première catégorie est certainement le SOL Athéna-Lauzelle, qui devrait voir naître, le long du boulevard de Lauzelle, un nouveau quartier hors des limites historiques de Louvainla- Neuve. La Ville, l’UCL et la Région veulent en faire un quartier exemplaire. Le Plan communal d’aménagement révisionnel des Droits de l’Homme, sur l’actuel parking de la gare d’Ottignies, devrait, lui, participer à la refonte complète de cette entrée de la ville pour en faire un pôle multimodal, parallèlement à d’autres projets comme la construction d’une nouvelle gare TEC et SNCB, ou la création de nouveaux logements sur l’ancien site industriel Benelmat voisin. Le centre d’Ottignies se caractérise encore par d’importantes zones industrielles au plan de secteur, pour partie abandonnées. Le développement de l’habitat et l’évolution des enjeux depuis l’élaboration du plan de secteur posent la question de leur maintien.

Le Plan communal d’Aménagement (PCA) du Douaire prévoit ainsi un renforcement de la fonction résidentielle sur le site du centre commercial et le chancre des Béton Lemaire contigu. Un autre site industriel voisin, CP Bourg, devrait connaître une transformation similaire à plus long terme.

D’autres SOL sont à l’étude. Ces projets, à dominante résidentielle, amèneront plusieurs milliers de nouveaux habitants. Ils s’inscrivent dans une vision régionale de renforcement des centres. L’enjeu de la mobilité y sera central alors qu’Ottignies et Louvain-la-Neuve présentent aujourd’hui déjà une forme de saturation automobile. La question de la densité et de la mixité ne pourront donc être éludées. »

Interview

« Encore deux grands défis »

Pierre Laconte, urbaniste et président de la Fondation pour l’Environnement urbain.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de Louvain-la-Neuve ?

Elle est conforme à ce qui a été déterminé il y a cinquante ans dans le plan directeur. Il faut reconnaitre qu’il s’agit d’un succès quand on voit l’attractivité de cette ville, tant sur le plan résidentiel, économique que commercial.

Le revers de la médaille, c’est la gentrification…

Mais c’est inévitable. Quand le terrain est rare et que la demande est élevée, nous pouvons difficilement éviter une hausse des prix. L’émergence du quartier Athéna, au croisement de la N4 et du boulevard de Lauzelle, pourrait heureusement rééquilibrer quelque peu cette situation. Ce quartier est toutefois situé à l’écart du centre-ville, ce qui est regrettable.

Quels sont les prochains défis ?

Il y en a deux. Un, Louvain-la-Neuve est actuellement dans une phase de transition. Le centre-ville, qui doit théoriquement s’étendre sur 400 ha, arrive doucement à ses limites. Il ne reste plus que trois zones à développer : de part et d’autre de la gare (du côté de L’esplanade et du Théâtre Jean Vilar) et entre le lac et l’Aula Magna. Ce seront trois projets majeurs qu’il ne faudra pas rater. Ils seront à nouveau réalisés par des promoteurs d’envergure vu les couts liés à la construction de la dalle. Cela se répercutera sur les prix de vente, qui seront à nouveau élevés. Mais rien n’empêche le propriétaire foncier UCLouvain d’insérer dans les projets un certain nombre de logements sociaux et moyens.

Et le deuxième point ?

Reconstruire les parties les plus anciennes de la ville de manière plus dense. La rue des Wallons en serait un bon exemple.

Que peut-on dire d’Ottignies ?

Ottignies a été le point de départ, mais a été rattrapée et dépassée par Louvain-la-Neuve. Son développement en a malheureusement pâti. Mais il est encore possible de redynamiser ces espaces, d’autant que plusieurs projets sont sur la table. La gare d’Ottignies doit devenir un lieu central. Le passage entre la gare et le centre doit également être mieux valorisé. Je plaide pour une rénovation et une densification des maisons situées sur ce parcours. Une reconfiguration du Douaire peut être à ce titre intéressante.