L’eau, au cœur des préoccupations… et des aménagements ?
L’eau, au cœur des préoccupations… et des aménagements ?
Texte : Marguerite van Overbeke
Il semble loin le temps où la rivière était au cœur des activités humaines. Pendant des décennies, les quartiers ont tourné le dos à l’eau, reléguée en fonds de parcelles, voutée ou cachée derrière des murs aveugles. Depuis, les mentalités ont évolué. La place de l’eau aussi. Étude de cas à Court-Saint-Étienne pour mieux comprendre l’évolution des pratiques et, surtout, questionner la prise en compte de l’eau dans les aménagements à venir.
Il semble loin le temps où la rivière était au cœur des activités humaines. Pendant des décennies, les quartiers ont tourné le dos à l’eau, reléguée en fonds de parcelles, voutée ou cachée derrière des murs aveugles. Depuis, les mentalités ont évolué. La place de l’eau aussi. Étude de cas à Court-Saint-Étienne pour mieux comprendre l’évolution des pratiques et, surtout, questionner la prise en compte de l’eau dans les aménagements à venir.
Texte : Marguerite van Overbeke
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À cheval sur les bassins versants de la Dyle, de la Gette et de la Senne, le Brabant wallon est traversé par un important réseau de cours d’eau et de vallées. Au fil du temps, nombre de villes et villages se sont développés en lien avec ces rivières qui ont permis l’émergence de certaines activités. C’est le cas, par exemple, de Court-Saint-Étienne, Ottignies ou Wavre le long de la Dyle.
Avec l’industrialisation et l’urbanisation, les rivières ont été déviées, canalisées, voire couvertes sur de nombreux tronçons, contraignant leur cours naturel et renforçant par conséquent les risques de débordement. Les inondations de 2021 nous l’ont rappelé, s’il le fallait. À d’autres endroits, les rivières poursuivent leur parcours à travers champs et prairies mais, aujourd’hui, leur domestication est générale.
Avec l’industrialisation et l’urbanisation, les rivières ont été déviées, canalisées, voire couvertes sur de nombreux tronçons, contraignant leur cours naturel et renforçant par conséquent les risques de débordement.
Des enjeux pluriels
L’eau est-elle pour autant oubliée ? Non. On le sait, les enjeux liés à l’intégration des rivières, et plus globalement de l’eau dans les plans et projets d’aménagement du territoire sont importants. Et pluriels. De un, l’eau participe à la qualité paysagère d’un site. La présence d’un ruisseau, d’un plan d’eau ou d’une rivière contribue indéniablement au charme d’un lieu, pour peu que cette eau soit visible et ses abords aménagés. De deux, la (re)connexion à l’eau renforce l’ancrage dans le territoire. Elle évoque son histoire, qui lui est souvent intrinsèquement liée. De trois, si l’eau est paysage, elle est aussi un lieu de nature et de biodiversité. C’est une préoccupation majeure, portée principalement par les contrats de rivière. Au même titre que la trame verte pour les écosystèmes terrestres, on parle de maillage des écosystèmes aquatiques au travers de la trame bleue. Leur rôle ? Préserver et restaurer les continuités écologiques dans les milieux aquatiques et humides. Et ce, en veillant à garantir la qualité des ressources en eau, en offrant des habitats pour la biodiversité et en assurant un fonctionnement pérenne des écosystèmes aquatiques.
Sans oublier que l’eau est un bien commun. On la boit, elle alimente les nappes phréatiques, arrose nos champs, gonfle les rivières et sillonne jusqu’à la mer. Elle est porteuse d’espaces à dimension collective : les berges, un plan d’eau. Autant de lieux de rassemblement, de ressourcement, de promenade… et, de facto, une gestion qui dépasse largement celle d’un site ou d’une parcelle privée. L’eau est également un élément majeur des espaces publics pour sa dimension sociale, ludique et sa capacité à assurer ombrage et fraîcheur. Des atouts précieux dans un contexte global de hausse de la température et d’augmentation des épisodes de sécheresse.
Mais l’eau est aussi force, parfois dévastatrice. La gestion des risques d’inondation est devenue une priorité que toutes les communes font leur. Elle se pense à l’échelle de la parcelle, du projet, d’un quartier, d’un territoire. Rappelons à cet effet les deux référentiels publiés par la Région wallonne suite aux inondations de 2021. Sous les titres Constructions et aménagements en zone inondable et Gestion durable des eaux pluviales, ils donnent de nombreuses balises pour appréhender la gestion des eaux de pluie.
L’eau est un élément majeur des espaces publics pour sa dimension sociale, ludique et sa capacité à assurer ombrage et fraicheur.
Vers une approche intégrée de l’eau
La prise en compte des différentes dimensions de l’eau nécessite une approche intégrée dans la définition des stratégies territoriales et donc, une concertation de l’ensemble des acteurs. Tant en amont, sur les plateaux et versants, qu’en aval dans les fonds de vallée, plus densément urbanisés, où les problèmes se font généralement le plus sentir.
Témoignant de cette approche intégrée, on voit depuis plusieurs années fleurir un peu partout en Europe des projets remettant les cours d’eau au centre des quartiers et des villages, avec des tronçons entiers remis à ciel ouvert, des aménagements de berges permettant à la fois une qualité biologique, des lieux de rencontre et l’intégration de mesures de gestion des eaux pluviales. Les rivières redeviennent des facteurs de lien, les immeubles et les espaces publics leur faisant à nouveau face. Les architectes et les urbanistes privilégient les vues sur l’eau et renforcent les espaces verts qui l’accompagnent.
Du chemin à parcourir en Brabant wallon
Où en est-on aujourd’hui en Brabant wallon ? Quelle place accorde-t-on à l’eau ? La visite d’étudiants architectes paysagistes de Lille a été l’occasion pour la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon qui les recevait de se poser la question à Court-Saint-Étienne, où elle est basée. Le cœur densément urbanisé de la commune accueille la Dyle et sa confluence avec la Thyle, elle-même alimentée en amont par l’Orne. Une confluence marquée par la longueur du voutement qui rend l’eau pratiquement invisible. Une confluence devenue aussi un point noir lors des inondations de l’été 2021. Ce fut d’ailleurs le cas de bien d’autres centralités villageoises et urbaines de la vallée de la Dyle.
Un peu d’histoire pour comprendre cette situation. Court-Saint-Étienne est un territoire contrasté où se côtoient de vastes espaces de nature préservée, un tissu urbain dense et de grandes friches industrielles en reconversion. Les usines Henricot se sont développées au 19e siècle en lien avec l’eau et le rail, profitant d’une localisation opportune entre le bassin sidérurgique de Charleroi et le port d’Anvers. Cette entreprise de pointe dans la fonte et l’acier coulés a connu une croissance soutenue pendant un siècle, avant de péricliter comme la plupart de ses homologues partout en Belgique. L’usine fait faillite en 1984 et laisse derrière elle deux vastes sites recouvrant la Thyle et la Dyle, alors voutées. Le processus de reconversion n’a pas tardé et la question de la place de l’eau s’est très vite imposée. Elle le sera pour chacune des phases de reconversion.
Sous la place Baudouin Ier coule la Thyle
À la fin des années 1990, la reconversion du premier des deux sites Henricot, celui recouvrant la Thyle, a été entamée avec la naissance d’un nouveau quartier à qui l’on a fait place nette. À l’exception d’une halle couverte, l’ensemble des bâtiments industriels ont été démolis. Le projet portait sur les bâtiments neufs, les espaces publics et les voiries. Dans ce cadre, le passage de la Thyle dans un pertuis fermé au cœur du site constituait à la fois une contrainte et une opportunité majeures. La volonté initiale des porteurs de projet était de remettre la Thyle à ciel ouvert sur l’ensemble du site. Mais le cout de l’opération a eu raison de cette ambition. Résultat, seul un tronçon de la rivière a été dégagé et aménagé de manière paysagère, avec une stabilisation des berges par des gabions, une promenade, des espaces de jeux. La partie à hauteur de la place Baudouin Ier est restée couverte. Une reproduction du tracé de la Thyle sur le pavage de la place rappelle sa présence souterraine.
Court Village, bâti sur la Dyle
De l’autre côté du chemin de fer, sur le second site Henricot recouvrant la Dyle, la quasi-totalité des bâtiments industriels a elle aussi été démolie, à l’exception du Parc à Mitrailles (espace évènementiel), de la conciergerie, des grands bureaux (occupés par le CEFA) et du Foyer populaire (abritant le Centre culturel du Brabant wallon). La reconversion du site, entamée voici vingt ans, a été phasée pour former le complexe Court Village. La première phase est entièrement réalisée – elle comprend des commerces, 177 appartements, une résidence-services et une crèche. Le chantier de la seconde a démarré – au programme, 215 logements. La troisième et dernière phase, prévue ultérieurement, devrait voir sortir de terre 67 appartements et 18 maisons.
Ici aussi, il était initialement admis que la Dyle soit remise à ciel ouvert. Mais elle demeure voutée sous la résidence-services, compromettant la continuité et la visibilité de la rivière depuis les espaces publics alentour. C’est à hauteur du pont de la Via Fregona que la rivière réapparait. À partir de là, la Dyle est découverte et ses berges aménagées en réservant un sentier de promenade. Ce linéaire sera ponctué, en seconde phase, par une placette. Les bâtiments sont implantés en recul. Des noues paysagères ont été ajoutées pour améliorer la gestion des eaux pluviales suite au complément d’étude d’incidences réalisé après les inondations de 2021.
Si la place de la rivière s’est progressivement affirmée au fur et à mesure des phases de reconversion de ce second site Henricot, il n’en reste pas moins que le plan compose peu avec cet élément majeur du paysage. Les constructions ne se tournent pas vraiment vers l’eau. Les vues depuis les berges sont dominées par les façades arrière des bâtiments, parfois aveugles. Les espaces publics ouverts sur l’eau sont rares et l’aménagement des berges ne permet pas une diversité d’usages : jouer, flâner, se rencontrer, se reposer, circuler. Le chemin au fil de l’eau permettra-t-il d’ouvrir progressivement cet espace et de renouer plus intensément avec la rivière en lui donnant l’étendue qui lui est nécessaire, en invitant le public à la longer, la redécouvrir ? Les schémas et plans d’aménagement devront davantage intégrer ces dimensions à l’avenir, tant les enjeux sont pluriels, indissociables et majeurs pour l’intérêt commun. Un défi pour toutes les communes sillonnées par les rivières, qu’Ottignies, puis Wavre et Grez-Doiceau sont appelées à relever pour la Dyle.
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