Deux mondes parallèles réunis le temps d'une promenade, la puériculture et la fabrique de la ville. ©Politique du Lange

Le "droit à la ville" des bébés

Lauréat du label BMA en 2022, le projet de la « Politique du Lange » milite pour reconnaître aux tout-petits le droit d’expérimenter la ville en sécurité et en douceur. Non pas tant par le biais de lieux dédiés qu’en considérant l’espace urbain comme une source d’éveil et de stimulation.

Texte : Frédérique Masquelier

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Assez étonnamment, si la Belgique ne semble pas se préoccuper plus que cela du rapport entre la ville et les enfants – à tout le moins en tant que tel, en s’y attaquant frontalement et nommément – elle innove en se penchant sur celui que les bébés entretiennent avec l’espace public. Ainsi, un projet au nom évocateur, la « Politique du Lange », se fonde sur « la conviction que la ville peut et doit constituer une source de stimulation, d’éveil et d’imaginaire » pour les tout-petits. Il est porté au sein de la capitale par un binôme français : Pauline Cabrit, architecte paysagiste et urbaniste active dans les institutions publiques bruxelloises, et Aurélien Ramos, paysagiste et docteur en urbanisme, maître de conférences à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Et, surtout, a reçu le soutien des autorités régionales par le biais du label du Bouwmeester-Maitre architecte bruxellois, décerné pour la première fois en 2022 afin de faire émerger les sujets de recherche et les projets ayant un impact spatial et social concret sur Bruxelles.

Un manifeste

L’étude de Pauline Cabrit et d’Aurélien Ramos est partie d’un constat : chaque année, quelque 15 000 bébés naissent dans la capitale et, pour un certain nombre d’entre eux, la quittent dans la foulée. Depuis les années 1990, en effet, le public des 0-4 ans est le premier touché par l’exode urbain à Bruxelles. Au-delà des raisons immobilières et économiques qui jouent en faveur de la périphérie, c’est la vie en ville qui fait fuir les jeunes familles.

En croisant deux mondes qui habituellement s’ignorent – la puériculture et la fabrique de la ville –, les deux chercheurs ont rédigé un Manifeste du droit à la ville pour les bébés. Le pamphlet revendique dix principes simples mais révolutionnaires dès lors qu’ils sont envisagés dans les rues même de la capitale : le droit de se mettre à quatre pattes, le droit de faire ses premiers pas, de mettre à la bouche, de se salir, de jouer, de téter et de siester partout, le droit à la nature, à avoir un horizon ou encore le droit d’être avec les grands.

Les parcs urbains

Loin de s’en tenir à des intentions vertueuses, Pauline Cabrit et Aurélien Ramos espèrent que leur manifeste serve d’outil à la conception et la prise de décision pour tous les acteurs de la ville : architectes, promoteurs et administrations. Selon eux, aménager les espaces publics en respectant les besoins des tout-petits n’implique pas tant de créer des lieux dédiés que de se mettre à leur niveau pour arrondir les angles. Les parcs et espaces verts, notamment, deviennent des modèles de douceur de vivre et de grandir : l’ombre des houppiers pour la sieste, les sols de pleine terre pour les premières chutes, l’herbe qui chatouille les orteils et les branches des buissons à portée des petites mains, sans oublier une portion de ciel pour le nouveau-né allongé dans son landau.

Des projets concrets sont déjà visibles à Bruxelles, comme, à Saint-Gilles, le Square Marie Janson ou le Parc Pierre Paulus, récemment rénové pour intégrer des équipements de jeux épousant le relief et des sanitaires munis de tables à langer.

Pour prolonger la lecture

Retrouvez toutes les informations liées au projet de la Politique du Lange, ainsi que le manifeste mis au point par Pauline Cabrit et Aurélien Ramos sur le site Internet du Bouwmeester-Maitre architecte de Bruxelles.

La ville peut et doit constituer une source de stimulation, d'éveil et d'imaginaire pour les plus petits.

Tout comme les plus grands, les bébés ont le droit d'exister dans l'espace public. ©Politique du Lange