Le Brabant wallon,  terre de tournages ?

© Wallimage tournages

Le Brabant wallon,  terre de tournages ?

Proche de Bruxelles et riche en prestataires de post-production, le Brabant wallon est prisé par les sociétés de production cinématographique. 800 décors brabançons sont répertoriés dans la base de données de Wallimage Tournages. Pourquoi pas votre maison, votre château, voire votre cabane de jardin ?

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Texte : Caroline Dunski – Photos : Benuts, Médiadiffusion, Wallimage Tournages
22 mars 2021

L’Agence du Film du Brabant wallon, les bureaux d’accueil de tournages en Hainaut (BATCH) et en provinces de Liège, Namur et Luxembourg (Clap Wallonie) ont toujours joué un rôle essentiel dans l’organisation des tournages en Wallonie. Leurs équipes sillonnaient le territoire à la recherche de lieux naturels ou bâtis susceptibles de servir de décors aux cinéastes, aguerris comme débutants. Depuis 2019, Wallimage Tournages a repris les missions que ces structures assuraient jusqu’alors, avec l’idée de générer une activité économique dans la région où se déroulent les tournages.

Aujourd’hui, les équipes du pôle régional wallon de l’audiovisuel ne prennent plus leur voiture pour tourner à la recherche du décor idéal, mais elles alimentent la base de données des décors proposés par des particuliers. « On a un peu moins de temps pour chercher, explique Benjamin Vanhagendoren, chargé de projets qui travaillait au BATCH, et on fonctionne plus sur base des propositions de décors que nous font les gens. Une dame nous a proposé sa maison dernièrement, on va aller la visiter et l’indexer dans la liste. » Wallimage ne cherche pas que de beaux décors. Un jour que Benjamin Vanhagendoren allait visiter une villa aux murs tout blancs à Court-Saint-Étienne, il a découvert, à côté de la piscine, une petite maison annexe que son propriétaire n’avait jamais songé à proposer. « Elle pourrait tout à fait passer pour un chalet suisse, et Wallimage n’aurait jamais eu connaissance de son existence si je ne m’étais pas déplacé. »

Cette petite maison annexe pourrait tout à fait passer pour un chalet suisse et Wallimage n’aurait jamais eu connaissance de son existence si je ne m’étais pas déplacé.

Benjamin Vanhagendoren

Tourner sous le Covid

« Maintenant, on est plus dans une dynamique de résolution de problèmes. Les gens nous appellent pour démêler des nœuds, quand ils sont coincés par des demandes d’autorisation. Lors de la sortie du premier confinement, la ministre de la Culture, Bénédicte Linard, avait envoyé un courrier pour rappeler aux autorités locales que l’activité cinématographique n’est pas une activité de loisir comme un concert réunissant plusieurs centaines de personnes. Nous sommes dans un cadre professionnel et respectons un protocole. En 2020, nous nous sommes attelés à relancer l’activité, à la pérenniser un maximum. »

Environ 800 décors sont répertoriés en Brabant wallon, sur 3500 à 4000 pour l’ensemble de la Wallonie. Mais la base de données existe depuis longtemps. Certains décors ne sont plus disponibles, ont évolué ou changé de propriétaires. Depuis deux ans, Benjamin Vanhagendoren travaille sur la mise à jour du catalogue, en fonction des demandes et des carnets de repérage. « Ces carnets n’indiquent pas dans quelle région se trouvent les décors, afin de ne pas en privilégier une au détriment des autres. » En 2020, Wallimage Tournages a été sollicité pour 69 projets, dont 22 ont fait l’objet de recherches de décors en Brabant wallon. Sur ces 22 sollicitations, 11 ont abouti à un tournage effectif dans la province, ce qui représente environ 16% du volume total des tournages en Wallonie.

Une proximité fructueuse

Si Liège et Charleroi sont des régions fort demandées, le Brabant wallon l’est aussi, en raison de sa proximité avec Bruxelles. C’est dans la Région bruxelloise en effet que se trouve le siège de 95% des entreprises de production cinématographiques.Or, dès que le lieu de tournage excède une distance de 50 kilomètres par rapport à leur siège, les producteurs doivent payer des per diem (des indemnités) à l’ensemble des membres de l’équipe et prévoir également de les loger dans des hôtels pour leur éviter de devoir rentrer chez eux après la journée de tournage

La province héberge aussi des sociétés actives dans la post-production. Un secteur qui a pu se développer grâce au Tax-Shelter et aux incitants du Fonds d’investissements Wallimage. Citons Studio l’Équipe et Genval-les-Dames, succursales wallonnes de sociétés bruxelloises, spécialisées dans la post-production sonore, et Benuts, spécialisée dans la production d’effets spéciaux. Installée à La Hulpe, c’est une actrice majeure dans ce domaine. Elle a notamment réalisé les effets spéciaux du clip Cancer de Stromae, de Atlantic Crossing, une grosse production norvégienne aux formidables retombées économiques, ou encore Invisibles, la série belge diffusée récemment sur la RTBF et Ovni(s), produite par Canal+. Historiquement, l’entreprise était ancrée à Charleroi et Bruxelles. En 2015, il était décidé de réunir les deux structures dans un même lieu, proche de Bruxelles. Après avoir loué des bureaux, Benuts a acquis un ancien magasin de meubles, en face de la gare de La Hulpe. « Précédemment, c’était un cinéma de quartier, souligne Michel Denis, CEO. Au moment de la réhabilitation des lieux, nous avons d’ailleurs retrouvé d’anciens éléments, comme le sol en pente. » Avant la crise Covid, Benuts occupait une soixantaine de freelances en fonction des projets. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 35, mais le CEO de l’entreprise ne désespère pas de voir les activités reprendre dès septembre. « En ce moment, nous travaillons sur le nouveau film de Dany Boon, 8 rue de l’Humanité. Il devrait nous occuper jusqu’au mois de mai. Les films produits par Netflix sont aussi un bon créneau. Surtout pour le moment, parce que ce sont beaucoup de films de genre qui demandent énormément d’effets spéciaux. »

Wallywood

Cette application recense les différents tournages qui se sont déroulés dans votre région ou dans celles que vous visitez, comme Mon ange, un film de Harry Clevens, tourné à la piscine communale de Jodoigne et au Château de La Hulpe, ou Mon ket, le film de François Damiens, tourné en caméra cachée dans les installations du club de foot de Tubize. Une autre façon de découvrir la Wallonie.

Chercher ou proposer, le cinéma à portée de clic

 Wallimage décors

Vous avez un décor à proposer ? Tous les types de biens sont recherchés ! C’est là que cela se passe. Vous complétez une fiche, ajoutez des photos (reflets de la réalité, pas retravaillées) au format paysage. Éventuellement, un rendez-vous sera fixé. Le prix obtenu pour la location est très variable : Wallimage Tournages travaille autant pour des super-productions que pour les réalisations d’étudiants fauchés des écoles de cinéma belges. Ce sera donc au cas par cas… et il y a des impôts à payer. Les communes principalement concernées sont La Hulpe, Rixensart, Waterloo, Braine-l’Alleud, Ittre et les décors le plus retenus sont des habitations particulières, des établissements horeca, des quartiers « sans briques rouges » (typiquement français) et des sites naturels (forêts, grottes, carrières…).

Wallimage compétences

Comédiens, figurants et techniciens peuvent s’enregistrer dans la base de données dédiée aux compétences pour rejoindre les équipes de tournage.

 

Un défi : être raccord

Le Brabant wallon dispose aussi d’un patrimoine immobilier particulièrement cossu et bien entretenu. Les demandes les plus fréquentes concernent de belles villas. Quand la fiche mentionne une demande pour d’anciennes maisons de maître agrémentées d’un jardin à l’avant, Benjamin Vanhagendoren cherche généralement ces décors du côté de Nivelles ou de Namur. Il arrive que l’intérieur d’une maison convienne parfaitement, mais pas la façade ou les abords. Dans ce cas-là, tout le défi est de trouver des éléments permettant d’être raccord. « Pour l’anecdote, j’ai trouvé une maison dont l’intérieur est parfait, mais dont la façade ne convient pas. Il y a une porte complètement unique, faite sur mesures, et la réalisatrice aimerait évidemment que je trouve une façade avec une porte ‘raccord’, comme on dit. »

Green film, le label vert des éco-tournages

Début 2020, Wallimage développait une politique d’éco-tournages afin de réduire l’empreinte carbone des tournages et assurer une production cinématographique plus durable avec le label Green Film. « Il y a toute une série de critères laissés à la libre appréciation des producteurs. Un des critères est que l’ensemble des décors se trouvent dans un rayon très limité, en deçà de 50 kilomètres. J’identifie le lieu de tournage principal, celui sur lequel l’équipe va rester le plus longtemps, puis on essaye de rayonner dans un rayon assez court autour pour trouver les autres décors. Mais parfois on est obligé d’aller beaucoup plus loin. »

Les tournages en chiffres

En 2019, 18 productions différentes ont établi leurs décors en Brabant wallon (soit un peu plus de 13% du volume total de tournages) pour 217 jours de tournages.

En 2020, 11 productions différentes ont établi leurs décors en Brabant wallon (soit environ 16% du volume total de tournages), pour 161 jours de tournages (moins nombreux que l’année précédente, en raison de des deux mois de confinement).

L’IAD, écosystème cinématographique en Brabant wallon

L’Institut des Arts de Diffusion (IAD), venu de Bruxelles et installé à Louvain-la-Neuve depuis les années 80, est la seule école supérieure d’études artistiques en Brabant wallon. À ce titre, « l’IAD se distingue des universités et des hautes écoles par le fait qu’il fait appel à des professeurs qui ont une pratique artistique et technique, notamment dans le domaine du cinéma, de la radio et de la télévision », explique Étienne Baffrey, directeur de l’IAD.

« On peut parler d’un écosystème cinématographique dans la mesure où l’IAD s’inscrit dans une dynamique d’apprentissage et de transmission selon la pédagogie par projet. L’IAD propose les différentes options telles que la réalisation et l’écriture de scénarios, mais aussi toute une série de métiers techniques de l’image et du son, qui relèvent aussi de l’aptitude artistique. Ces différents métiers se retrouvent au sein de l’atelier Médiadiffusion dans le cadre d’exercices-phares encadrés par un professeur, que nous appelons les ‘Remake’ pour nos étudiants du premier cycle et les ‘majeures fictions’ pour nos étudiants en première Master. Les travaux de fin d’études quant à eux s’articulent autour de deux disciplines : les fictions, d’une part, et les documentaires, d’autre part. Benoit Mariage est un des patrons de l’exercice de première Master. Ce sont aussi souvent nos propres étudiants en art dramatique qui interprètent les rôles des réalisations de nos étudiants en cinéma. »

L’IAD prend en charge les coûts de production des projets des étudiants. L’atelier Médiadiffusion est financé par les subventions de la Fédération Wallonie-Bruxelles mais aussi par une partie des minervals des étudiants et des dotations reçues pour l’enseignement et, de façon plus anecdotique, par les droits de diffusion, quand des productions étudiantes sont diffusées sur BeTV ou la RTBF, dans des salles de cinéma d’art et d’essai ou même par des entreprises, comme ce fut le cas récemment, quand une compagnie aérienne a diffusé un court-métrage réalisé au sein de l’atelier.

« Depuis trois-quatre ans, en tant que directeur, je demande que les tournages des majeures fictions se fassent en Brabant wallon : l’écriture, les repérages, les tournages, la post-production et, une fois que l’étalonnage, le montage et la bande-son sont terminés, une diffusion est organisée dans le village où nous avons tourné. Ça permet aux personnes qui nous ont aidés, qui ont mis à disposition leur maison ou leur jardin, par exemple, d’être invitées. Tout comme les figurants du lieu de tournage. Il y a deux ans, toutes les majeures fictions des premières masters ont été tournées à Rixensart et nous avons pu organiser la projection au Ciné-Centre de Rixensart. Cette année, les majeures fictions ont été tournées à Wavre et il était prévu d’organiser les projections à la Sucrerie, mais pour des raisons sanitaires, cela n’a évidemment pas pu se faire. »