La ruralité se réinvente à l'est

La ruralité se réinvente à l'est

La quatrième étape du cycle de visites « Sillonner le Brabant wallon » s’est intéressée aux territoires de l’Est du Brabant wallon en posant la question de la ruralité et de la façon dont elle se réinvente. Découverte d’un territoire qui cultive les initiatives.

Texte: Solange Berger – Photos : Bénédicte Dawance

La quatrième étape du cycle de visites « Sillonner le Brabant wallon » s’est intéressée aux territoires de l’Est du Brabant wallon en posant la question de la ruralité et de la façon dont elle se réinvente. Découverte d’un territoire qui cultive les initiatives.

Texte: Solange Berger – Photos : Bénédicte Dawance

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C’est avec une météo automnale que la quatrième étape du cycle de visites « Sillonner le Brabant wallon » organisé par la Maison de l’Urbanisme du Brabant wallon s’est déroulée. Pas de quoi décourager les participants venus (re)découvrir les territoires ruraux de l’est de la province. Jodoigne, Grez-Doiceau et Beauvechain étaient à l’honneur. « Ici, la ruralité reste très ancrée, mais de multiples initiatives nous montrent qu’elle se réinvente », indique Bénédicte Dawance, coordinatrice de la Maison de l’Urbanisme du Brabant wallon, en préambule à ces visites.

Potentiel en cœur de ville

Première étape de cette journée : la chapelle Notre-Dame du Marché, située sur la Grand-Place de Jodoigne.
Bâtie au 14e siècle, la chapelle, qui doit son nom au fait que Jodoigne était une place de marché importante au Moyen Âge, est aussi connue pour son clocher hélicoïdal spectaculaire. Délabrée et menacée de destruction, la chapelle retrouve une nouvelle vie début des années 2010. Un projet novateur et ambitieux prend place. « Si on voulait en faire un projet viable, il fallait que cela fonctionne pour tout le monde », souligne Philippe Honhon, architecte en charge de la rénovation de la chapelle. L’option choisie est d’en faire un projet mixte : à la fois lieu de culte et lieu culturel. Le narthex est réservé à l’accueil, la nef aux activités culturelles et le chœur, avec son autel baroque, au culte. Ouvert en 2011, la chapelle accueille des messes le jeudi (jour de marché), des expositions, conférences, pièces de théâtre… organisées par le Centre culturel de Jodoigne et Orp-Jauche. L’espace culturel est modulable et se veut un lieu inspirant pour les artistes. Il peut accueillir 138 spectateurs. « Le lieu est convivial et l’acoustique est exceptionnelle », assure Stéphanie Croquet, directrice du Centre culturel.

Cette rénovation et cette activation de la Grand-Place sont des points de départ pour penser le réaménagement de cet espace public central de Jodoigne. Un réaménagement attendu pour ce lieu emblématique qui regorge de potentiels pour dynamiser le cœur de ville.

Ici, la ruralité reste très ancrée, mais de multiples initiatives nous montrent qu’elle se réinvente

Bénédicte Dawance, coordinatrice de la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon

D’un home à l’autre ?

C’est à Grez-Doiceau que se poursuit la journée avec une visite du Home Jean Renard. Le bâtiment, qui accueille près de 70 ainés et qui s’apprête à fêter les 50 ans de la pause de la première pierre, est menacé, faute de pouvoir adapter les espaces aux normes requises pour les institutions d’accueil des ainés. Une grande affiche, « Sauvons notre home », pend d’ailleurs sur la façade principale. C’est dire l’attachement que les Gréziens ont de ce lieu hors du commun.

Hors du commun… il l’est ! C’est l’architecte Michel Vanden Eyden, stagiaire à l’époque aux côtés de Joseph Tollet, et l’ancien directeur du home, Xavier De Cleyre qui nous expliquent le génie du lieu. Le projet est inspiré de réalisations danoises. Il reproduit l’organisation d’un village avec une maison principale au centre (le restaurant), et des couloirs évoquant des rues. Les chambres sont comme des petites maisons en bordure de rue. Les unes donnent sur le jardin intérieur, les autres sur le jardin extérieur. Un étage est prévu pour les moins valides.

« Dès le départ nous avons profité de l’inclinaison du terrain pour réaliser des ruelles en pente douce. L’entrée de chaque chambre est marquée par un seuil pour signifier le passage à l’espace privé. Pente douce et seuils sont par ailleurs d’excellents prétextes à la mobilité quotidienne des résidents. » « Le bâtiment est convivial. Il est apprécié tant des résidents que des familles », souligne Xavier De Cleyre, qui s’inquiète du devenir des lieux. Un projet de résidence est en cours, toujours dans le centre de Grez-Doiceau, sur un terrain de deux hectares. Elle pourra accueillir 96 résidents avec des chambres plus grandes (18 m² contre 12 m² actuellement) et équipées de douche. Mais la question reste entière sur le devenir du bâtiment. Un habitat groupé ? Des kots pour étudiants ? Autre chose ? Ou peut-être sera-t-il détruit, mais au profit de quel projet ? L’histoire du lieu et sa localisation en centralité villageoise doivent assurément attirer l’attention et pourraient susciter des initiatives.

Lieu de mémoire, de citoyenneté… et d’activité !

Les visites du jour se poursuivent à Tourinnes-la-Grosse (Beauvechain) en compagnie de Brigitte Wiaux, échevine. Ici, c’est l’occasion de voir comment un bien en état de délabrement a été repensé pour accueillir dès 2024 une Maison de village, de la Mémoire et de la Citoyenneté. L’objectif : un lieu dédié aux patrimoines historiques et vivants où recueil, protection, éducation et participation citoyenne œuvrent pour cultiver l’identité rurale et l’attachement local.

C’est dans le cadre d’un PCDR (programme communal de développement rural) que le projet est né, puis financé. « Les pouvoirs publics ont eu l’audace de nous laisser expérimenter. Le volume du bâtiment permettait d’en faire un véritable espace polyvalent, qui peut évoluer avec le temps, et offre une ouverture sur le jardin », indique l’architecte Stéphane Faidherbe, qui a opté pour une écorénovation : les plafonnages sont en argile, les enduits à la chaux à l’ancienne. La façade ancienne a été restaurée et isolée par l’intérieur.

Ce lieu du vivre ensemble est aussi lieu de mémoire, écrite et orale. Il accueille des expositions, des conférences, des festivités…

L’histoire du lieu et sa localisation en centralité villageoise pourraient susciter des initiatives.

La journée s’est clôturée par un second projet toujours à Beauvechain, dans le village de l’Écluse cette fois : l’Atelier rural. Achevé il y a une dizaine d’années, il répond à la demande de la population pour des espaces polyvalents. « Nous avions rapidement identifié la capacité du volume offert. Le site a été dépollué et désimperméabilisé », indique Stéphane Faidherbe qui, comme à Tourinnes, a eu la liberté d’innover. Pour le toit, par exemple, il a opté pour une ardoise blanche qui stocke le carbone.

Plusieurs associations occupent le lieu de manière régulière. Il a même accueilli des étudiants en blocus pendant la crise sanitaire.
L’Atelier rural propose également un logement d’urgence pour quatre personnes et un atelier entièrement équipé destiné à des jeunes qui lancent leur activité. « Cette cohabitation se fait sans nuisance pour le village », constate Bénédicte Dawance qui, en conclusion de cette journée met encore en avant « l’importance d’une activité économique au cœur des villages et tout l’enjeu de concevoir une mixité fonctionnelle porteuse de dynamisme et d’animation. Le champ des possibles reste immense sur ce sujet ! »

Cinq journées de visites

Ces visites programmées dans le cycle « Sillonner le Brabant wallon » ont permis de découvrir quelque 23 biens et autant d’architectes ou de maîtres d’ouvrage. « Nous avons vu des projets dans des contextes et avec des densités très variés, soulignait, Bénédicte Dawance, coordinatrice de la Maison de l’Urbanisme du Brabant wallon, en clôture de cette initiative. Tous nous ont appris à mieux connaître notre territoire et en saisir les enjeux. Ils sont nombreux, de tous ordres, mais nous avons aussi vu de nombreuses initiatives qui doivent nous inspirer. Le Brabant wallon est une terre de contrastes avec un patrimoine riche qui devra être transformé, souvent densifié pour répondre aux besoins et mieux prendre en compte les défis environnementaux. Acquérir une sobriété dans la manière d’utiliser le sol pour les activités humaines est devenu un impératif. Porter un regard sur ce qui existe fait indéniablement partie de la solution. »