La nouvelle stratégie territoriale des méga hôpitaux
La tendance est désormais aux méga hôpitaux en Wallonie. Le Brabant wallon devrait normalement disposer du sien en 2029, à Wavre. La manière dont s’implantent ces mastodontes dans le territoire pose toutefois de nombreuses questions.
Texte : Xavier Attout - Photo : Assar Architects
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Le premier modèle du genre en Brabant wallon est attendu pour 2029. Il devrait s’implanter à Wavre, sur un terrain de 14 hectares situé en bordure de la E411 et de la N25. Un déménagement de la clinique Saint-Pierre, installée aujourd’hui à Ottignies, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Il s’inscrit dans la tendance présente en Belgique de construire désormais des méga hôpitaux, rassemblant une multitude de services en un même lieu, tout en rationalisant les implantations. Une nouvelle approche qui vise notamment à s’adapter aux nouvelles manières d’organiser les soins hospitaliers. « Dans le secteur de la santé, un certain conservatisme existe, principalement parce que l’accent est mis sur l’efficacité opérationnelle des hôpitaux, souvent conçus comme des usines, où prime le traitement rapide des patients, relève David Roulin, CEO d’ArtBuild, un bureau d’architectes qui dispose d’une grande expertise en la matière. Aujourd’hui, les établissements hospitaliers doivent se réinventer, être plus accueillants et chaleureux pour rompre avec leur image de lieux déshumanisés et anxiogènes. »
Des hôpitaux historiquement dans le centre-ville
Une évolution qui s’inscrit surtout dans le cadre de la réforme du paysage hospitalier décidée en 2019 par le Fédéral. Elle a poussé les différentes institutions hospitalières à dorénavant fonctionner en réseau, de manière à effectuer des économies d’échelle. Dans cette optique, de nombreux projets d’envergure ont fait leur apparition aux quatre coins de la Wallonie. Que ce soit le CHC MontLégia à Liège (920 places, 113 000 m2) qui a ouvert en 2020 ou encore les projets GHdC à Gilly (900 lits, 146 000 m2 sur 17 hectares, ouverture prévue en novembre), CHwapi à Tournai (150 000 m2, ouverture en 2026), CHR Centre-Sud à Houdemont (660 lits, 90 000 m2) et des cinq hôpitaux Helora prévus en 2030 dans le Hainaut (2 140 lits, 220 000 m2). « La manière dont sont implantés les hôpitaux dans le territoire wallon est tributaire du manque de terrains de grande taille, pointe l’architecte Alwin Fable, du bureau Assar. À Liège, ils ont opté pour un ancien charbonnage. À Wavre, il est situé sur des terres agricoles le long d’une autoroute, tous les deux en bordure de ville. Les responsables de cliniques doivent le plus souvent quitter à contrecoeur leur site historique situé en centre-ville car ils ne peuvent plus s’étendre et le transformer, sans parler du fait que leur accessibilité est compliquée. Historiquement, les équipements de santé ont été implantés dans les villes alors qu’ils se retrouvent aujourd’hui essentiellement le long de grands axes de communication routiers. Il est donc important de reconstituer une vie de quartier autour de ces hôpitaux, en y mêlant les fonctions. À Liège, un campus médical a été aménagé, avec une maison de repos et des laboratoires de recherche alors qu’un éco-quartier va s’implanter à proximité pour le rattacher à la ville. »
Et David Roulin d’ajouter : « Certains implantations en rase campagne sont peu en phase avec les stratégies actuelles d’aménagement du territoire qui se soucient de l’impact environnemental, de la mixité d’usages et de la réhabilitation du bâti existant. Les anciens sites industriels représentent à ce titre une opportunité, vu leur taille et la possibilité d’y installer de nouveaux quartiers, comme c’est le cas au Grand-Duché du Luxembourg. Il y a aussi une forme de contradiction entre la concentration des services et la désertification des soins, c’est-à-dire rassembler l’offre pour des raisons économiques au détriment de l’accès pour tous aux soins de proximité. »
Un constat qui est également partagé par l’urbaniste Xavier Mariage, à la tête du bureau XMU : « La décision d’implanter à un endroit ou un autre une structure hospitalière est souvent le fruit d’une opportunité liée à des besoins, dont notamment l’accessibilité en voiture, la densité de population dans un rayon de 15 à 20 minutes en voiture ou encore le fait de disposer d’une surface d’environ 10 ha d’un seul tenant. La réponse à ces trois besoins se trouve plus facilement en dehors des limites de la ville actuelle et donc, dans le cas du Brabant wallon, en dehors des centralités définies par le SDT. Cela a pour conséquence de devoir adapter, dans un second temps, le territoire à cette nouvelle fonction par l’aménagement de lignes de bus, de voies pour les modes doux et par la construction de nouvelles infrastructures routières. Quand tous ces éléments sont mis bout à bout, on voit que l’équation est compliquée. Je pense qu’il y a lieu de donner plus de considération en amont aux conséquences d’une localisation par rapport à une autre afin de ne pas déboucher sur un urbanisme d’opportunité. »
La décision d’implanter un hôpital en dehors des limites actuelles de la ville doit se faire de manière concertée avec tous les acteurs de l’aménagement du territoire afin d’être une opportunité de réhabiliter un chancre ou d’assumer l’extension de la ville.
Xavier Mariage, XMU Architecte
S’écarter du centre des villes pour s’installer le long des grands axes est donc principalement guidé par des raisons d’accessibilité. Les immeubles neufs sont également privilégiés pour des questions de durabilité et pour leur capacité de répondre aux besoins spécifiques en termes de flexibilité des espaces et de modularité. « Un hôpital est en constante transformation et rénovation, précise Xavier Mariage. Les salles d’opération doivent par exemple être rénovées tous les dix ans. Et cela se traduit dans la conception actuelle des hôpitaux qui intègre d’ailleurs ces facteurs, en imaginant dès leur conception des espaces modulables ou des agrandissements futurs. Les structures hospitalières existantes et anciennes n’ont en fait pas la capacité de se reconstruire sur elles-mêmes. » Certains experts estiment même qu’une mise à jour doit être effectuée tous les 7 ans pour suivre les différentes évolutions technologiques.
Rapprocher l’hôpital de l’hôtel Sur le plan de l’architecture, ces grands centres hospitaliers ont évolué au fil du temps même si l’essence d’un hôpital reste similaire. « En effet, l’approche n’est pas spécialement différente entre les hôpitaux d’hier et ceux d’aujourd’hui, fait remarquer David Roulin. La manière de prodiguer la médecine a certes évolué, la technologie aussi, mais les fondamentaux demeurent : le bloc opératoire, la prise en charge et l’hébergement. » Par contre, l’un des véritables enjeux pour les architectes semble être de faire évoluer la perception d’un hôpital. « Car elle est clairement anxiogène, lance Alwin Fable. Le vieillissement de la population modifie aussi la demande de soins, avec d’un côté des séjours longs et complexes pour les seniors, et des séjours courts pour les autres. » Un changement de paradigme dans la conception de tels bâtiments est donc en marche. « Oui, car il est prouvé que le bien-être est un élément crucial du processus de soin, fait remarquer David Roulin. La biophilie, c’est-à-dire l’impact positif sur l’organisme de la perception du vivant, nous invite à créer des environnements qui ont un effet positif sur nos systèmes nerveux, cardiaque, respiratoire, immunitaire, et notre bien-être mental. Une approche qui prône la reconnexion au vivant et une expérience plus proche de l’hospitalité que de l’hospitalier. »
A l’avenir, une des clés de l’aménagement des futurs centres hospitaliers sera également d’amener davantage de mixité dans les fonctions. Soit d’y mêler commerces, activités culturelles, logement ou encore bureaux. « C’est capital, relève Xavier Mariage. La décision d’implanter un hôpital en dehors des limites actuelles de la ville doit se faire de manière concertée avec tous les acteurs de l’aménagement du territoire afin d’être une opportunité de réhabiliter un chancre ou d’assumer l’extension de la ville. »
À WAVRE, LE PERMIS EST ESPÉRÉ POUR MI-2025
À l’étroit dans ses murs ottintois – un déficit de surface de 25 000 m2 était annoncé, la clinique Saint-Pierre a donc acheté en juillet 2019 un terrain de 14 hectares pour y aménager un hôpital flambant neuf. Situé à Wavre, il s’agit aujourd’hui de champs et d’espaces boisés. Plusieurs sites ont été étudiés au préalable. Celui situé en bordure de la E411 cochait toutefois le plus de cases. Cet ensemble de 84 000 m2 (441 lits) est qualifié « d’hôpital dans la nature » par ses concepteurs. Le budget est estimé à 493 millions. L’enquête publique organisée au printemps est terminée. La décision de la fonctionnaire déléguée sur la demande de permis unique est attendue d’ici mi-2025. Si le planning est respecté, la construction de l’hôpital – dont les plans ont été confiés au bureau d’architecture Assar – pourrait être terminée en 2029. Des recours de riverains ne sont toutefois pas à exclure. Ils s’opposent à la construction de cet hôpital. Parmi les craintes, ils relèvent le bruit du chantier et de l’activité hospitalière de même que l’impact visuel du futur bâtiment, le ruissellement des eaux et la mobilité.
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