La mobilité résidentielle des ainées questionnée

Dans quelques années, une personne sur quatre en Brabant wallon aura plus de 65 ans. Quelle place donne-t-on aux aînés sur notre territoire et comment leur mobilité résidentielle s’envisage-t-elle? Une dizaine d’experts ont partagé leurs regards sur cette question lors de deux conférences organisées par notre Maison de l’urbanisme. Tour d’horizon des nombreuses réflexions qui ont émergé.

Texte : Bénédicte Dawance - Illustration : Clotilde Buvat

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Pas de doute : la population en Brabant wallon augmente et c’est du côté des 65 ans et plus que la croissance est la plus élevée. C’est probablement la croissance attendue la plus importante de Wallonie selon l’étude menée par l’IGEAT-ULB à la demande du Brabant wallon. Celle-ci identifie plusieurs caractéristiques du vieillissement de la population : une croissance liée à la fois au boom démographique d’après-guerre, à la baisse de mortalité aux âges élevés, à la migration d’aînés vers notre territoire, mais aussi à une pyramide des âges qui se rétrécit à sa base. Ce sont les tranches des 80 ans et plus qui vont connaître les taux de croissance les plus élevés. C’est donc une population brabançonne âgée combinée à une incapacité physique, cognitive ou psychologique qui augmente. On notera aussi une disparité géographique assez nette : les communes de première périurbanisation au nord (La Hulpe, Waterloo, Rixensart, etc.) connaissent une part d’aînés plus importante. Un phénomène qui atteindrait les autres parties du territoire plus tard.

D’autres chiffres interpellent : la part des grands logements occupés par des aînés est importante, laissant paraître une sous-occupation du parc bâti existant. En Belgique, selon une enquête sur les revenus et les conditions de vie de Statbel (SILC), on estime que 60 % des logements sont sous-occupés, dont plus de 70 % occupés par des 60 ans et plus. Ajouté à la vacance immobilière, dont une part non négligeable est liée à des propriétaires âgés ou décédés, on comprend aisément qu’il y a sous nos yeux une offre méconnue. En Brabant wallon, un calcul simple révèle un potentiel de 8 000 logements qui pourraient être créés en mobilisant les surfaces non ou sous-occupées. Une aubaine à l’heure de la réduction de l’artificialisation des sols, des enjeux d’accessibilité au logement et de l’évolution des modes d’habiter.

Un panel de solutions envisageables

Mais il ne s’agit pas d’un simple transfert à opérer, bien évidemment. La mobilité résidentielle des aînés s’envisage à l’échelle individuelle en croisant de nombreux facteurs : santé, autonomie ou encore capacité financière et modalités successorales. À l’échelle collective, la réflexion se pose en écho des stratégies territoriales à présent actées dans le Schéma de Développement du Territoire (SDT). Ce dernier entend accroître l’offre en logements en nombre et en diversité. Il prône des logements de qualité, flexibles, localisés dans ces zones bien situées, les plus accessibles et équipées. Il soutient aussi les projets résidentiels alternatifs, dans leurs formes, leur conception et leur mode de gestion. Ces ambitions ouvrent la voie à des projets d’habitats groupés, logements intergénérationnels et autres alternatives au logement individuel en garantissant une cohésion territoriale. Des alternatives au vivre chez soi qui offrent bien plus qu’un logement, mais aussi un environnement capacitant, levier du « vieillir heureux ».

Parmi les facteurs encourageant la mobilité résidentielle, il en est un bien plus essentiel qu’il n’y parait : le fait d’être informé des alternatives qui existent, allant du « chez soi » au « chez eux » (logement kangourou par ex) en passant par le « chez nous » (habitat groupé par ex) ou vers des lieux accompagnants. Et à côté des types de logements, il y a aussi les modalités juridiques propices à la mobilité résidentielle qui doivent être mieux connues. Me Erneux, notaire à Namur, aguerri dans ces matières, en énonçait l’une ou l’autre : l’achat scindé, le bail à vie, ou encore le commodat. Le viager restant quant à lui une solution immobilière offrant des atouts non négligeables.

La part des grands logements occupés par des aînés est importante, laissant paraître une sous-occupation du parc bâti existant. 8 000 logements pourraient être créés en mobilisant les surfaces non ou sous-occupées.

Des initiatives pour un vieillir heureux

Si parler de la mobilité résidentielle des aînés nous invite à scruter la dimension logement, elle nous invite aussi à questionner plus largement l’habitat, c’està- dire le lien de l’individu à son environnement, qu’il soit physique, social ou culturel. La question des conditions du bien-être et de la dignité des aînés est au coeur de plusieurs démarches menées sur notre territoire et ailleurs. Trois ambassadrices de GAL (groupe d’action local) – Muriel Dagrain, Marie Langhendries et Fabienne Nyssen – en ont témoigné. Elles portent des projets inspirants : investigation par le diagnostic sensible, expérimentation par l’esquisse de projet, appel à des moments de rencontre inédits. Autant d’initiatives qui révèlent des ressources insoupçonnées et invisibilisées pour conter, faire mémoire, partager un terroir et cultiver un vivre ensemble.

La citoyenneté culturelle en plein coeur

La perception du vieillissement s’est fortement dégradée ces dernières décennies. Le regard sur les aînés est passé de la vénération, au respect et à l’âgisme. C’est un fait sans doute partagé par beaucoup. André Fertier, essayiste français et penseur des droits culturels, mentionne des textes de loi qui protègent les ainés mais qui sont contrebalancés par des pratiques déviantes, voire discriminantes portant atteinte à la dignité humaine et la citoyenneté culturelle. Alors, quel regard porter sur les aînés en Brabant wallon et comment envisager leur habitat ? Et s’il s’agissait de porter le regard sur les plus vulnérables et plus globalement sur l’être humain et le choix de société que l’on décide de porter ? À la lumière des défis démographiques de notre territoire brabançon, c’est toute une éthique de société à nourrir pour ériger un territoire inclusif qui est questionnée au travers de la mobilité résidentielle des aînés.

Pour aller plus loin

Retrouvez les enseignements des ateliers participatifs « Parle -moi de toi(t) » menés par la Maison de l’urbanisme synthétisés en « 10 vérités », ainsi que les synthèses et vidéo des deux conférences « Chez soi, chez eux, chez nous… et là-bas » et « Territoire, aînées compris·es » sur le site internet de la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon : mubw.be