La force des mots
Bénédicte Dawance
L’idée selon laquelle une chose n’existe véritablement qu’à partir du moment où elle est nommée est un thème récurrent en philosophie. Nommer pour comprendre, réfléchir et projeter le monde. Il y a quelques années à peine, le mot « transition » jetait un nouveau regard sur les défis que nos territoires et nos sociétés devaient relever. On a volontiers parlé de transition écologique. Et, en aménagement du territoire, de transition territoriale et sociœnvironnementale. Transition n’est pas un mot nouveau. Il marque la nécessité de redessiner les contours d’un avenir plus soutenable pour tous et d’un territoire ménagé, de bifurquer vers un futur désirable. Il sonne alors comme une promesse de mobilisation et avec elle, l’opportunité de revoir nos politiques et nos outils de planification territoriale.
Puis, les années passent et la force des mots s’estompe. On en avance d’autres pour rebondir, remobiliser l’attention et les âmes. Alors, aujourd’hui, je me demande comment résonne cette expression que le langage courant a malgré tout adoptée et rendue banale : transition écologique. Est-elle passée de mode ? Est-elle encore brandie dans les discours ? Que veut-elle dire à présent ?
Sa récurrence s’est affaiblie, c’est un fait. Pourtant, les fondements et l’urgence restent. Ils ne se transforment qu’au détour de quelques enjeux remis sur le devant de la scène, sans les remettre en cause, mais en leur donnant plus d’écho. Le paradigme reste le même : opérer un changement d’appréhension de la consommation des ressources planétaires, cultiver les liens entre les êtres, soigner nos héritages, sortir du repli individuel ou encore donner l’amplitude au collectif et redessiner les communs.
Si ces ambitions sont partagées avec un nombre croissant de personnes, tout l’art reste de mettre en place les conditions pour permettre à chacun de cheminer, selon la diversité des vécus et des réalités. Et au centre de ce cheminement : l’importance de (se) raconter, de mettre en récit pour faire exister et porter. À côté des dimensions environnementales et sociales, les récits de transitions embrassent la dimension culturelle, celle qui érige d’autres perceptions et invite à questionner les modes de vie et d’habiter.
Les dimensions sociale, environnementale et culturelle constituent un socle sur lequel les défis de transition territoriale s’appuient. À nous tous de continuer à en tisser les mailles loin des impératifs de l’immédiateté.
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