Les jardins au secours de la biodiversité
Les jardins au secours de la biodiversité
Face au développement urbanistique et à la fragmentation des espaces naturels, la Province et ses 27 communes sonnent la mobilisation générale. Et si la restauration du maillage vert brabançon se tramait de notre côté de la haie ? Conseils pratiques et décryptage avec l’ASBL Adalia 2.0.
Texte : Frédérique Masquelier
Face au développement urbanistique et à la fragmentation des espaces naturels, la Province et ses 27 communes sonnent la mobilisation générale. Et si la restauration du maillage vert brabançon se tramait de notre côté de la haie ? Conseils pratiques et décryptage avec l’ASBL Adalia 2.0.
Texte : Frédérique Masquelier
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Dans un territoire aussi densément bâti que le Brabant wallon, prendre soin de son jardin ne relève pas uniquement du loisir. Si l’on considère la tâche sous l’angle de la préservation de la biodiversité, c’est presque un devoir de citoyen. Un avis partagé par la Province, qui encourage les Brabançons à envisager l’aménagement et la gestion de leur carré de verdure en regardant au-delà des limites de leur propriété, vers les espaces naturels environnants. L’urgence est là : il faut recréer le maillage vert provincial et reconnecter les corridors naturels effacés par l’urbanisation galopante.
Trois principes fondateurs
Au-delà des espaces publics, ce sont les milliers de parcelles privées qui doivent être activées pour servir de relais à la faune et à la flore locales. « Le rôle des jardins est décisif dans un effort général de restauration du réseau écologique », acquiesce Maïlys Duqué, chargée de projet « Wallonie en fleurs » au sein de l’ASBL Adalia 2.0 qui milite pour limiter l’utilisation des pesticides et transiter vers un mode de gestion écologique des espaces verts. « Le problème, c’est la rupture. Aujourd’hui, quoique la prise de conscience gagne de plus en plus de jardiniers amateurs, de nombreux jardins se résument à une pelouse tondue à ras, cernée de haies de thuyas taillées au cordeau. Pour la biodiversité, c’est un désert », se désole-t-elle. Pour y remédier, elle invite les particuliers à suivre trois principes fondateurs : la bonne plantation au bon endroit, la gestion différenciée et la protection des insectes pollinisateurs comme des auxiliaires de culture. « Le premier suppose de choisir chaque plante, arbre ou arbuste en bonne intelligence avec son environnement (sol, ensoleillement, vent), explique la conseillère technique. La gestion différenciée, elle, consiste à adapter l’entretien de chaque zone en fonction de son usage, en limitant les interventions au strict nécessaire et en acceptant le retour de la végétation spontanée par endroits. » De cette approche raisonnée découle le troisième principe : l’accueil des pollinisateurs et des auxiliaires de culture, déterminant pour restaurer la biodiversité. « Pour les protéger, il est fondamental de privilégier les plantes indigènes et mellifères mais aussi de réserver des zones où ces insectes et autres petits animaux pourront trouver abri et nourriture tout au long de l’année. »
En pratique
Face à un tel chantier, par où commencer ? La tonte est l’un des leviers d’action les plus faciles à mettre en œuvre, indique Maïlys Duqué. « C’est un automatisme pour beaucoup, pour des raisons esthétiques comme pour l’accueil des jeux d’enfants. En pratiquant la tonte alternative (une moitié une semaine, l’autre moitié la semaine suivante), la tonte différenciée (en adaptant la fréquence et la hauteur de tonte à l’usage de chaque espace) ou en aménageant des zones de fauchage tardif, on verra les fleurs sauvages coloniser son jardin au bénéfice des pollinisateurs. » Autre point d’attention, les haies, qui doivent être diversifiées et libres. Un troisième exercice aisé à reproduire est le maintien de différents petits écosystèmes dans le jardin, poursuit-elle. « Ici un arbre creux, là des petites zones de bois mort, de terre nue ou encore de branchages … L’idée est d’aller dans le sens de ce qui existe déjà et de multiplier les espaces d’accueil naturels. » Autant de refuges à l’impact bien plus positif que les hôtels à insectes que l’on trouve dans le commerce.
Changement de mentalité
En fin de compte, résume Maïlys Duqué, gérer son jardin de façon durable nécessite moins de travail et d’intervention. « Il faut moins tondre, moins tailler, moins désherber, moins arroser, moins pulvériser, sourit-elle. Un jardin écologique est économe en temps et en ressources, au bénéfice tant du jardinier que de la biodiversité », assure-t-elle. Mais pour y parvenir, il faut changer de mentalité. « Vu comme le prolongement de la maison, le jardin doit bien souvent répondre aux mêmes injonctions d’ordre, d’esthétique, et donc, de contrôle. Les gens ont une idée d’aménagement en tête et ils veulent l’appliquer par tous les moyens, en s’acharnant à dompter et à combattre la nature. C’est une conception dépassée. Mieux vaut aller dans le sens des besoins et des réalités naturelles », conclut la chargée de projet d’Adalia 2.0.






Le saviez-vous ?
Depuis avril 2026, un arrêté interdit l’usage des robots-tondeuses entre 18h et 9h afin de protéger le hérisson. Animal strictement nocturne, celui-ci se roule en boule face au danger. Les capteurs actuels ne détectent pas sa présence de manière fiable. Les collisions causent des morts directes ou de graves mutilations (pattes et museau déchiquetés). Pour les hérissons blessés transférés en CREAVES, le taux de survie n’est que de 20 %.
Que planter ?
L’association Ecowal, fondée par le Laboratoire d’écologie des prairies de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve, propose des listes de plantes indigènes et de plantes horticoles mellifères sur son site Internet :
-> https://www.ecowal.be/plantes-indigenes
-> https://www.ecowal.be/plantes-horticoles-et-exotiques-melliferes
Vu comme le prolongement de la maison, le jardin doit bien souvent répondre aux mêmes injonctions d’ordre, d’esthétique, et donc, de contrôle. C’est une conception dépassée.
Maïlys Duqué, Adalia 2.0
Pour aller plus loin
Pour choisir des plantes indigènes et adaptées à leur jardin, Maïlys Duqué conseille aux Brabançons de visiter les sites Internet des associations, de participer aux bourses de jardin, de demander conseil aux pépiniéristes (et notamment ceux qui ont reçu le label « Végétal d’ici » de la Région wallonne) … Mais aussi, d’aller voir ce qui fonctionne chez ses voisins ! Ceux qui désirent approfondir le sujet sont invités à prendre part à des formations, et parmi elles, au cycle « le Jardin de Demain », dispensé par l’ASBL Adalia 2.0 : https://www.adalia.be/cycle-de-formations-le-jardin-de-demain.
JARDINS DES VILLES ET JARDINS DES CHAMPS
L’aménagement d’un jardin est dicté par son interaction avec le milieu environnant, qu’il s’agisse, en Brabant wallon, de plaines agricoles, de massifs boisés ou encore de quartiers urbanisés.
Dans les villes et les noyaux villageois, le jardin agit comme un pas japonais écologique, faisant office de relais entre les grands espaces verts (bois, prairies, zones humides…). Mais il contribue aussi à la lutte contre les îlots de chaleur. « Faire courir des plantes grimpantes en façade, planter des arbres et des arbustes, laisser une petite zone sauvage… Cela fait une vraie différence de qualité de vie pendant les périodes de canicule », assure Maïlys Duqué. En la matière, mieux vaut choisir des plantes vivaces et assez robustes pour faire face au stress hydrique urbain.
Dans la campagne brabançonne, les jardins qui bordent de vastes terres de cultures, souvent dépourvues de floraisons, doivent jouer un rôle de zone refuge pour les pollinisateurs. « C’est important d’y apporter la diversité florale qui manque dans les champs voisins. »
La proximité d’un massif forestier impose quant à elle une responsabilité de sentinelle écologique. L’enjeu majeur des jardins en lisière de bois réside dans la maîtrise des espèces invasives qui, au départ des parcelles privées, colonisent les sous-bois et supplantent la flore indigène. Pour réussir une transition douce, Maïlys Duqué prône l’usage d’essences forestières locales. Par ailleurs, elle invite à prêter attention aux animaux des forêts et à leur aménager un espace humide, même petit. « Hérissons et autres tritons s’y sentiront accueillis. En milieu forestier, la faune a besoin de zones d’eau. D’ordinaire, celles-ci apparaissent naturellement : un arbre tombe et une mare sauvage se crée pour un temps. Mais c’est moins le cas dans les bois et forêts entretenus, comme la plupart le sont aujourd’hui. »
LES 7 ERREURS DU JARDINIER
Nombreux sont les jardiniers, amateurs ou confirmés, qui, croyant bien faire, perpétuent des pratiques nuisibles à la biodiversité. Maïlys Duqué tord le cou à sept idées reçues.
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Tailler chaque année
Abattre un arbre doit rester une décision de dernier recours, qui est d’ailleurs soumise à permis d’urbanisme. « On récupère très difficilement les bienfaits d’un spécimen adulte, même en replantant », prévient-elle. De même, les tailles drastiques sont à proscrire : l’objectif premier doit être la santé de l’arbre, au-delà de la simple recherche d’esthétique. En anticipant la hauteur définitive des arbres et arbustes dès leur plantation, on évite ces interventions lourdes.
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Introduire des plantes invasives
Une erreur assez commune est de planter, sans le savoir, des espèces exotiques envahissantes qui nuisent à la biodiversité locale. Laurier-cerise, rhododendron pontique, rosier rugueux, cotonéaster ou buddleia (l’arbre à papillons) s’échappent des jardins pour coloniser les milieux naturels voisins et étouffer la flore indigène. La liste noire complète est disponible sur le site de la Région wallonne : https://biodiversite.wallonie.be/home/agir/especes-exotiques-envahissantes/liste.html.
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Utiliser des bâches géotextiles
C’est un classique de l’aménagement moderne des jardins comme des espaces publics, plébiscité pour sa facilité d’entretien. Mais l’emploi de bâches géotextiles est surtout une aberration écologique. « La bâche pollue, se dégrade, asphyxie le sol et n’empêche même pas les mauvaises herbes de revenir. » Le bon réflexe ? Le paillage et les plantes couvre-sols, qui maintiennent la vie et l’humidité de la terre.
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Recourir aux « remèdes de grand-mère »
Vinaigre, sel, savon noir ou bicarbonate de soude, les produits naturels ont le vent en poupe et les échanges de recettes « maison » se multiplient, notamment sur les réseaux sociaux. Pourtant, le naturel n’est pas synonyme d’innocuité : « Ce n’est pas parce que c’est un remède de grand-mère que c’est inoffensif pour l’environnement. » L’approche d’Adalia est différente. « La vraie réponse, c’est l’équilibre. Si vous avez des pucerons, c’est que vous manquez de coccinelles. »
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Exporter ses déchets verts
Évacuer les tontes, les branches et les feuilles mortes vers les recyparcs est un non-sens économique et écologique. « On exporte cette matière organique précieuse, alors que sa décomposition est bénéfique pour le jardin. » Composter et broyer sur place permet de nourrir la terre et d’offrir le gîte aux insectes et aux petits animaux.
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Hiverner son jardin
À l’automne, l’envie de se lancer dans un grand nettoyage pour hiverner son jardin démange beaucoup de jardiniers consciencieux. Or, « c’est précisément dans ce désordre hivernal que la biodiversité survit quand le froid s’installe. » Les tiges creuses et les tas de feuilles sont des hôtels à insectes naturels pour les auxiliaires de culture, indispensables dès le retour du printemps.
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Arroser tous les soirs
Un jardin trop gourmand en eau, comme s’il était sous perfusion, trahit un mauvais aménagement de départ. « C’est que le match entre les plantes et leur environnement n’est pas bon. » Arroser son jardin tous les soirs n’est pas un service à lui rendre car cela limite le développement racinaire. « Les plantes ne sont pas conditionnées à plonger leurs racines plus profondément pour aller chercher l’eau. » Résultat, elles résistent moins bien en période de sécheresse.
LA PROVINCE EN ACTION
Face à la fragmentation des milieux naturels, la Province de Brabant wallon déploie une stratégie transversale de co-construction de son maillage vert. L’objectif est d’identifier, de préserver et de restaurer les corridors biologiques à l’échelle supracommunale pour faire grimper de 13 à 20 % le taux de couverture du territoire. Pour y parvenir, les autorités provinciales ont lancé plusieurs actions concrètes, comme les opérations « Planter une haie » (une initiative annuelle ouverte aux particuliers, associations et entreprises qui a permis la plantation de 202 kilomètres de haies depuis 2005) ou « Gardiens de la ruche » (une campagne menée en collaboration avec les communes visant la distribution de 17 000 pièges sélectifs pour capturer les frelons asiatiques et ainsi protéger les abeilles). À plus grande échelle, puisqu’il s’étend sur 36 400 hectares et couvre un tiers du territoire provincial, le programme de coopération transrégionale « Forêts de Brabant » vise à relier les trois massifs forestiers transrégionaux que sont le Bois de Hal, la Forêt de Soignes et la Forêt de Meerdael en utilisant les vallées de la Lasne et de la Dyle comme corridors écologiques.
En parallèle, la Province finance et pilote des interventions spécialisées en s’appuyant sur des associations locales, à l’instar d’Aer Aqua Terra pour le nettoyage des cours d’eau, ou de Birds Bay pour le soin des animaux sauvages blessés.
LE RÔLE PIVOT DES SDC
L’élaboration des schémas de développement communaux (SDC) s’accompagne d’un volet environnemental. Il est attendu de ce document d’orientation qu’il décline les liaisons écologiques régionales à l’échelle locale et fixe ainsi la trame du réseau vert de chaque territoire communal. Une définition qui prendra utilement appui sur la cartographie réalisée sous l’impulsion de la Province. Il s’agira de relever les ruptures du maillage écologique liées à l’urbanisation ou aux infrastructures routières et de pointer les opportunités pour le renforcer. Sur cette base, le SDC définit une stratégie territoriale contribuant à protéger les continuités et à réparer les corridors écologiques dégradés. Bien qu’indicatif, ce document sert de cadre de référence pour les autorités locales. Lors de la délivrance des permis d’urbanisme, le Collège communal peut ainsi imposer des conditions environnementales concrètes sur les parcelles privées, voire des charges d’urbanisme. Le maintien de zones de pleine terre et l’obligation de plantations indigènes agissent en faveur du renforcement du maillage écologique en sus d’autres recommandations telles que l’interdiction de clôtures étanches au sol afin de préserver le passage de la petite faune. Il est également attendu du SDC des mesures visant les espaces publics, maillons essentiels de la trame verte et bleue des territoires brabançons.
Un peu de lecture
La Province de Brabant wallon a édité une brochure reprenant une série de conseils pour mieux inviter la biodiversité dans son jardin, un document à lire et à télécharger sur son site Internet : https://www.brabantwallon.be/vivre-en-bw/developpement-durable-et-territorial/co-construire-le-maillage-ecologique-en-brabant-wallon
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