« Ma priorité ? Mettre en œuvre les réformes du CoDT et du SDT »
Dans une interview accordée à Espace-vie, le ministre wallon du Territoire, François Desquesnes, aborde les défis qui l’attendent dans cette législature 2024-2029, et notamment le soutien offert aux communes dans l’élaboration de leur Schéma de Développement Communal.
Entretien : Bénédicte Dawance, Frédérique Masquelier et Marguerite van Overbeke
Adopté en mars 2024 par le gouvernement wallon, le Schéma de Développement du Territoire (SDT) régional est désormais dans les mains des communes qui ont pour mission, au cours de cette législature 2024-2029, d’en transposer les directives dans leur propre Schéma de Développement Communal (SDC). Dans cette optique, François Desquesnes (Les Engagés), ministre wallon du Territoire, des Infrastructures, de la Mobilité et des Pouvoirs locaux, a accepté de répondre à nos questions afin de préciser la stratégie régionale à l’œuvre dans la foulée du SDT, de même que les moyens financiers et opérationnels déployés pour accompagner les administrations communales dans l’élaboration de leur SDC. Un soutien d’autant plus nécessaire que nombre de communes tardent encore à se retrousser les manches et que les réalités de terrain diffèrent grandement des unes aux autres. L’ampleur du travail à abattre pour mener à bien ce SDC est très variable d’une entité à l’autre, et toutes ne partent pas des mêmes bases. En parallèle de cet enjeu central dont le suivi rythmera son mandat, François Desquesnes a profité de notre entretien pour partager sa vision personnelle de l’avenir du territoire wallon, compte tenu de la diversité des défis actuels et futurs.
Quelles sont vos priorités en matière d’aménagement du territoire pour cette législature ?
Mon ambition est de faire du territoire un levier stratégique pour une Wallonie plus durable, sobre et résiliente. Face aux urgences climatiques, à la perte de biodiversité, à la pression foncière et aux besoins en termes de logement et de mobilité, nous devons transformer nos façons de concevoir et gérer l’espace.
Premier chantier : la mise en œuvre concrète du « stop à l’artificialisation » d’ici 2050. Il s’agit d’orienter intelligemment le développement : recentrer sur les centralités, recycler le foncier existant, revaloriser les friches, préserver les terres agricoles et naturelles. Cette transition ambitieuse sera accompagnée activement, avec un soutien fort aux communes.
Deuxième priorité : mieux articuler la stratégie régionale avec les réalités locales. Le Schéma de Développement du Territoire guidera des Schémas de Développement Communaux renforcés, pensés pour chaque territoire, mais cohérents à l’échelle régionale.
Je tiens également à intégrer pleinement la biodiversité dans notre politique d’aménagement. Elle ne doit plus être une variable d’ajustement, mais un élément structurant de nos projets urbains et ruraux. Enfin, la modernisation des outils est cruciale. La dématérialisation des permis simplifiera les démarches, réduira les délais et renforcera la transparence. Nos politiques doivent être plus lisibles, mieux coordonnées et orientées vers un impact concret sur le cadre de vie de demain.
De quelle manière votre action se situe-t-elle dans la continuité de vos prédécesseurs ?
Le territoire est une politique de long terme, qui nécessite à la fois continuité et adaptation aux défis actuels. Je m’inscris dans la lignée de mes prédécesseurs en consolidant des dynamiques essentielles : mise en œuvre du SDT, encadrement de l’urbanisation, lutte contre l’étalement, préservation des ressources et meilleure cohérence entre les niveaux de planification. Ces avancées ont permis de bâtir une vision partagée à l’échelle wallonne, que je m’efforce aujourd’hui de renforcer. La Déclaration de Politique Régionale 2024-2029 est explicite : la mise en œuvre des réformes du Code du Développement Territorial (CoDT) et du SDT est une priorité, que je porterai avec détermination pour renforcer l’impact et la lisibilité de notre action.
Je veux aussi réaliser la dématérialisation des procédures et développer un monitoring territorial s’appuyant sur l’intelligence artificielle afin de mieux piloter nos politiques avec des données fiables, accessibles et utiles à tous.
Pensez-vous que l’objectif demandé à l’ensemble des communes wallonnes d’avoir réalisé leur SDC endéans les cinq prochaines années est réaliste ?
C’est un objectif ambitieux mais réaliste, à condition que les moyens adéquats soient mobilisés et que l’accompagnement soit à la hauteur des enjeux. Chaque acteur – Région, communes ou partenaires techniques – doit jouer pleinement son rôle et prendre ses responsabilités.
Les moyens mis à disposition des communes pour parvenir à cet objectif sont-ils suffisants ?
Je suis pleinement conscient des défis que représente l’élaboration des SDC pour l’ensemble des communes. C’est pourquoi des moyens spécifiques sont prévus pour les soutenir, à la fois sur le plan opérationnel et budgétaire. Pour l’année 2025, le budget réservé à la subvention des SDC permet de soutenir 65 des 252 communes wallonnes francophones. Il s’agit là d’un signal clair de la volonté de la Région d’aider les communes à atteindre l’objectif. Tandis que la Déclaration de Politique Régionale 2024-2029 prévoit explicitement un accompagnement renforcé des communes, notamment rurales ou de petite taille, pour la mise en œuvre de leur SDC. Cela comprend non seulement l’appui financier à travers les subventions, mais aussi un soutien technique afin de leur permettre de remplir cette mission dans de bonnes conditions.
Ce soutien s’inscrit dans une logique plus large de responsabilisation et de confiance envers les pouvoirs locaux, tout en renforçant leur capacité à agir efficacement au service de leur territoire et de leurs citoyens.
Qu’est-ce que la Région compte mettre en place dans les années à venir pour favoriser une urbanisation de qualité dans les centralités ?
La Wallonie s’engage à concentrer ses efforts sur plusieurs leviers concrets et complémentaires. Elle prévoit d’abord d’agir sur les friches urbaines, en les mobilisant au profit de projets mixtes (logements, bureaux, commerces, services) ou, le cas échéant, en les convertissant en espaces verts, avec une concertation systématique des communes concernées. En parallèle, les villes seront davantage responsabilisées au travers notamment de la politique de développement urbain qui sera recentrée sur les aménagements de l’espace public comme l’équipement ou l’aménagement en voirie, les espaces verts et l’équipement urbain à usage collectif. Une attention particulière devrait aussi être accordée à la qualité des lieux publics : végétalisation, accessibilité, usage de matériaux durables ou réemployés. À cette fin, je souhaite réorienter le rôle d’une partie de mon administration afin qu’elle accompagne davantage les communes dans l’accompagnement de leurs projets.
Ne plus attendre
En Brabant wallon, alors que certaines communes arrivent bon an mal an au bout de la procédure de renouvellement de leur CCATM, bon nombre d’entre elles avancent à grands pas pour se doter dans les temps du précieux Schéma de Développement Communal. Court-Saint-Étienne a une longueur d’avance et est au stade de l‘avant-projet. Chastre est également bien avancée avec un avant-projet en cours d’écriture. Pour ne citer qu’elles. Le mot d’ordre est assez clair pour la grande majorité des communes : ne plus attendre… ne plus attendre, embarquer, mais n’oublier personne sur le quai !
Embarquer les CCATM
Le manuel « Être membre d’une CCATM, pas à pas » sous le bras, notre équipe sillonne à présent les communes et s’invite aux séances des CCATM. Quelques belles soirées en perspective encore pour les mois à venir pour expliquer les notions clés de l’aménagement du territoire et plonger, le temps d’une soirée, dans le travail d’expertise en s’immergeant dans l’exercice d’élaboration du SDC. Ces soirées sont aussi, pour les CCATM, l’occasion de s’exercer au débat, de mieux se connaitre, être relai d’expérience entre anciens et nouveaux membres et affiner le modus operandi des réunions. Une mise en route sur les chapeaux de roues pour les CCATM ! Le manuel « Être membre d’une CCATM, pas à pas » relate une série de règles de bon fonctionnement et des bonnes pratiques. Il se nourrit de ces échanges et est ainsi amené à s’enrichir en contenu.
Embarquer les citoyens
Indispensable pour une pleine appropriation du projet de territoire par la collectivité, la participation citoyenne s’invite et se réinvente à cette occasion. Les défis de la participation sont importants et les savoir-faire se renforcent petit à petit. Le Midi de l’urbanisme du 28 novembre explorait le sujet en questionnant la capacité de la participation citoyenne à façonner une vision, un projet, et nourrir la décision.
Le manuel et la conférence sont accessibles en ligne sur le site de la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon.
L'optimisation spatiale en Brabant wallon au menu d'un Midi de l'urbanisme
Les attentes et les appréhensions des communes face à l’élaboration de leur SDC étaient au centre d’un Midi de l’urbanisme organisé à Genappe en juin 2025. Lire à ce sujet le compte rendu de l’événement dans le n° 324 d’Espace-vie et regarder ici la vidéo de la conférence-débat.
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