Faut-il mutualiser  sa production de chaleur ?

Pour limiter nos émissions de CO2, il faudra notamment agir sur le mode de chauffage de nos habitations. Et, à ce titre, la mise en place de réseaux de chaleur dans les grands projets immobiliers peut être une alternative aux traditionnels gaz et mazout. Visite à Bella Vita (Waterloo), où un réseau de chaleur alimenté au bois local turbine depuis 2014.

Texte : Gérald Vanbellingen - Photos : G. B et JCX

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C’est une certitude, la lutte contre le réchauffement climatique passera immanquablement par une réflexion globale sur nos habitations. Et si l’isolation et/ou la rénovation de nos logements sont autant de pistes nécessaires pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2 d’ici 2030, elles ne sont pas les seules, ni ne seront suffisantes. Le chauffage de nos habitations constitue l’un des autres enjeux pour les années futures.

Car si aujourd’hui plus de 85% des logements sont chauffés au mazout ou au gaz, des alternatives plus propres existent. Et parmi celles-ci, on retrouve les réseaux de chaleur. Des systèmes de chauffage collectifs qui peuvent être alimentés par des énergies renouvelables pour un impact presque nul sur l’environnement. Encore peu répandus pour l’instant en Belgique, ces réseaux de chaleur sont toutefois peu à peu mis en place. Comme sur les 15 hectares du site Bella Vita situé non loin du centre de Waterloo. Où, depuis 2014, les 250 logements du site, la crèche, la résidence services, la maison de repos, le centre médical ou encore la piscine sont tous alimentés par de la biomasse, issue de la combustion de bois brabançon (Hélécine).

 

Plus de 80% de la chaleur issue de la biomasse
Un réseau qui prend la forme d’une chaufferie centrale bicombustible répartie en deux pôles. Les deux chaudières biomasses alimentées au bois (pellets et plaquettes) d’un côté et les deux chaudières supplémentaires alimentées au gaz de l’autre. Avec une priorité accordée aux chaudières biomasses, les deux chaudières au gaz n’étant en place qu’en appoint en cas de problème technique. Avec, dans la pratique, plus de 80% de la chaleur produite sur le site Bella Vita qui provient de la biomasse. « Nous souhaitions bâtir un nouveau quartier qui soit le plus éthique possible au niveau social, économique et environnemental, se souvient Gaël Cruysmans, responsable du développement du projet chez JCX. Ce qui signifie en termes énergétiques : diminuer au maximum les émissions de CO2 sans que le système ne soit ni hors de prix, ni que le cout ne se répercute sur les clients. Et, pour nous, la meilleure façon d’atteindre tous ces objectifs en même temps, c’était de mettre en place un réseau de chaleur au bois. »
L’idée de base établie, il a fallu ensuite développer le réseau de distribution pour amener cette énergie du bâtiment qui abrite les différentes chaudières vers les différents logements du site. Et c’est naturellement sous les différentes voiries du quartier qu’ont été implantés près de 6 kilomètres de tuyaux de distribution. « On voulait absolument ce réseau de chaleur, poursuit Gaël Cruysmans. Car quand ça fonctionne comme ici à Bella Vita, je pense qu’il n’y a rien de mieux par rapport à nos objectifs de départ. Quand on chauffe intelligemment, les trois quarts du chemin sont réalisés en termes d’économies d’énergie, surtout dans des bâtiments passifs ou basse énergie. Mais il est vrai que pour le mettre en place, il existe un certain nombre de limites. Économiquement parlant par exemple, c’est plus compliqué à gérer. Raison pour laquelle, ce réseau a été le fruit d’un partenariat entre Veolia et Green-Invest (via la Cowalex). Un tiers-investisseur qui se charge de vendre les calories produites par le réseau aux habitants avec un engagement clair : que la calorie produite par la biomasse ne soit pas plus chère que la calorie au gaz traditionnel. »

Le réseau de chaleur fait peur de par sa méconnaissance. Tant aux promoteurs pour lesquels il est sans doute plus difficile d’attirer des clients, tant pour les habitants eux-mêmes qui ne feraient pas autant confiance à ce type de système. Les mentalités doivent évoluer.

Gaël Cruysmans, JCX

Un réseau soumis à quelques contraintes
Toujours en termes de couts, les investissements de départ pour la mise en place d’un réseau de chaleur sont souvent plus conséquents que pour un système plus traditionnel. « Ce type de réseau nécessite d’avoir un bâtiment dédié au chauffage pour l’ensemble des autres immeubles, fait remarquer Gaël Cruysmans. Ici à Bella Vita, on avait l’avantage de pouvoir réaménager l’ensemble du site et donc de transformer une partie du bâti existant en ce local technique. Mais ce n’est pas toujours possible : ni en termes de couts, ni en termes d’espaces. À Lasne par exemple, pour un autre site dont je m’occupe, le réseau de chaleur n’est pas une option, car il est presque impossible d’ajouter un bâtiment spécialement dédié au chauffage. »
Enfin, toujours du côté économique, le réseau de chaleur n’est pas encore très vendeur. « Je pense que le réseau de chaleur fait un petit peu peur de ce côté-là de par sa méconnaissance, conclut Gaël Cruysmans. Tant aux promoteurs pour lesquels il est sans doute plus difficile d’attirer des clients, tant pour les habitants eux-mêmes qui ne feraient pas autant confiance à ce type de système, car plus flou qu’un chauffage au gaz traditionnel. Mais à ce niveau-là, il est certain que les mentalités doivent un peu évoluer en Belgique. »

 

 

« Une solution pas réservée qu’aux grands projets immobiliers »

Quand on pense réseaux de chaleur, on pense en priorité aux grands projets immobiliers en construction aux quatre coins du Brabant wallon. Or, du côté d’Edora, la fédération des énergies renouvelables, on martèle qu’il est important de changer les perspectives. « Oui, il est certainement plus facile de mettre en place un réseau de chaleur au sein d’un site en développement que dans un quartier déjà construit, explique Éric Monami, conseiller en charge des dossiers biomasse et réseaux de chaleur. Mais en même temps, il a bien fallu construire un jour nos réseaux classiques de distribution de gaz. Nous devrions donc en profiter pour implanter systématiquement de tels réseaux quand nous ouvrons les voiries, ce qui se fait très régulièrement. »

Un système flexible et économiquement rentable

Car outre l’aspect environnemental, les réseaux de chaleur ont d’autres avantages. « Ces réseaux sont très flexibles, poursuit Éric Monami. Et au plus ils s’étendent, au plus la mutualisation des couts peut opérer. Sans perdre de vue qu’en travaillant sur l’isolation des logements, un même réseau pourrait à l’avenir alimenter davantage d’habitations. Pour un rendement plus élevé par rapport aux couts de mise en place. »

Enfin, économiquement parlant encore, les réseaux de chaleur ont quelques atouts dans leur manche. « On peut diversifier les sources de combustibles ou de chaleur fatale (ndlr : chaleur résiduelle dégagée par une usine, par un incinérateur, une source chaude, etc.) pour utiliser celle qui reviendrait le moins cher. Sans perdre de vue que les prix des combustibles, quels qu’ils soient, restent plus stables dans le temps que les traditionnels gaz et électricité, dont les prix ont d’ailleurs flambé ces derniers temps. »