Quand balcons et salons deviennent des scènes, entre impasses et ouvertures

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Bruxelles envisage de mettre toute la Région en zone 30. De plus en plus de villes wallonnes y songent également. Selon l’institut VIAS, 30 % de la population belge est favorable aux zones 30 généralisées. Un chiffre qui tombe à 22 % en Wallonie, et même à 20 % en Brabant wallon. Une proportion étonnante.

Texte et photos : Xavier Attout

David Da Câmara

échevin de la Mobilité à Ottignies-Louvain-la-Neuve

Est-il envisageable de mettre toute votre commune en zone 30 ?
C’est un objectif sur lequel nous travaillons depuis quelque temps. Il faut y aller crescendo. Mettre la commune entièrement en zone 30 est l’objectif final mais il faut franchir auparavant plusieurs étapes pour y parvenir. L’idée est avant tout de rendre la vie moins facile pour l’automobiliste et d’apaiser la place des piétons dans l’espace public. Comment procéder ? Il faut travailler sur la réduction de la vitesse mais également sur l’installation d’aménagements spécifiques rendant les déplacements plus compliqués. Une telle mesure ne peut être prise sans l’autre, sans quoi elle échouera. Il faut une proposition de mobilité globale.

Existe-t-il des exemples d’expériences réussies à l’étranger ?

Il y en a plusieurs sur lesquelles nous pouvons nous inspirer. À Nantes par exemple, des mesures ont été prises avec succès. En fait, l’idée principale consiste à forcer le partage de la voirie entre les modes actifs de déplacement. La voiture ne peut plus régner en maitre.

Quels sont les avantages de la zone 30 ?

Ils ne sont plus à démontrer. Le principal, c’est que le piéton possède une chance de survie en cas d’accident. Le pourcentage de décès est bien plus faible si un véhicule roule à une vitesse basse. À 50 km/h, un piéton risque de mourir dans 10 à 15 % des cas. Un chiffre qui tombe à 5 % à 30 km/h. Une « Ville 30 » rassemble également d’autres avantages, que ce soit en termes de pollution, de qualité de vie ou encore de diminution des nuisance sonores. Cela permet aussi de ramener de la convivialité dans l’espace public et ne de ne plus devoir dédier des sites propres pour les cyclistes. Un élément non négligeable quand on regarde le profil des voiries du Brabant wallon, qui sont très étroites. Avec le 30 km/h, l’idée est de ramener les cyclistes dans la circulation. Les pistes cyclables y sont moins incontournables. Ce qui nous permet de nous concentrer sur l’équipement des axes
dont la vitesse est limitée à 50km/h.

Comment mettre cela en place ?

L’idée est que la norme soit le 30 km/h et que l’exception soit la limite à 50 km/h. Ce n’est pas évident à mettre en oeuvre. Il faut changer toute la signalisation. Il faut également mettre en place des mesures d’accompagnement et bien communiquer sur les changements. Avoir une adhésion locale est important. Signalons qu’une bonne partie de Louvain-la-Neuve est déjà en zone 30.

Quel est votre agenda ?

L’idée est de mettre cela en place le plus vite possible. Nous espérons pouvoir entamer les premières démarches cette année et mettre cela en oeuvre en 2021.

Cédric Tumelaire

échevin de la Mobilité à Waterloo

Waterloo sera-t-elle bientôt totalement en zone 30 ?

C’est en tout cas l’objectif. Nous avons entamé cette réflexion il y a deux ans. Un premier test est en cours dans le quartier Faubourg Est. L’objectif de départ était d’y diminuer le trafic de transit et la vitesse, de même que d’améliorer la sécurité dans le quartier. Nous sommes arrivés à la conclusion que pour y parvenir, il était opportun de faire passer le quartier en zone 30.

Comment cela s’est-il traduit sur le terrain ?

Dialoguer avec les riverains est essentiel. Cela a pris près de six mois pour expliquer les contours de notre démarche. Nous avons aménagé des effets de porte pour ralentir le trafic, installé un radar préventif, redessiné des espaces de stationnement pour éviter que les voitures ne se garent sur le trottoir.
Faire comprendre qu’une voiture est un obstacle supplémentaire qui ralentit le trafic est important.
Enfin, à côté de ce travail structurant, les riverains ont également un rôle à jouer. S’ils roulent trop vite ou continuent à se garer n’importe comment, cela ne va pas.

Quel est votre bilan ?

Il est très positif. Les riverains sont satisfaits. Il y a juste une voirie de ce quartier qui reste problématique. Le trafic de transit et la vitesse n’y ont pas diminué. Nous allons devoir travailler dessus. Ces résultats ont en tout cas poussé le quartier du Faubourg Ouest à demander également sa mise en zone 30. D’autres également.

Quelle est votre stratégie aujourd’hui ?

Plutôt que de travailler quartier par quartier, nous avons organisé il y a peu une grande réunion avec les habitants pour expliquer notre souhait de mettre tous les quartiers résidentiels de Waterloo en zone 30, de manière à ce qu’ils retrouvent un peu de quiétude.

Quel est votre planning ?

L’idée est que tous les quartiers résidentiels de Waterloo soient en zone 30 d’ici avril 2021. La mise en place et la sensibilisation vont demander un an de travail. Les grands axes tels que les chaussées de Bruxelles, de Louvain, Barras ou de Tervuren resteront limités à 50 km/h pour fluidifier le trafic.
Des aménagements standardisés vont être effectués à l’entrée des quartiers, des radars préventifs vont être installés. Il y aura aussi un important travail en matière de signalisation. Et pour être efficace, la police devra agir de manière répressive. Nous devons donc nous concerter. L’idée est d’y aller de manière progressive, quartier par quartier.

Y a-t-il eu des oppositions ?

Non, très peu. Une des difficultés est notamment de résister à la pression mise par certains conducteurs qui n’acceptent pas que vous rouliez à 30 km/h…