Enraciner 

Texte : Bénédicte Dawance

Il y a quelques semaines à peine, le Gouvernement wallon validait le Schéma de développement du Territoire (SDT). Ce document, qui définit la stratégie territoriale de la Wallonie pour les années futures, n’avait plus été modifié depuis 25 ans. Son entrée en vigueur est prévue pour le 1er août, si tout va bien. Avec la réforme du Code du Développement Territorial (CoDT), dont la partie règlementaire a été adoptée dans la foulée du SDT, ce sont deux documents faîtiers de la politique d’aménagement du territoire qui sont à présent mis au goût du jour.

Pourtant, la presse généraliste en a fait peu état. Et on voit que la tentation est forte de mettre en avant ce que l’on risquerait de perdre, à en oublier les fondements et les plus-values escomptées. Constat d’un timide engouement. Parle-t-on « chinois » ? J’en conviens, s’attaquer à la lecture de ces documents demande de se lever tôt. Pas de panique, suivez le guide : on vous explique les dernières évolutions dans les pages de ce numéro. Suivez-nous également sur notre site internet pour garder le fil.

Alors, ces textes sont-ils si éloignés de nous ? Et comment peut-on à l’échelle de l’individu et des collectivités s’emparer des valeurs qui fondent ces écrits ? Les changements qui sont portés par ces textes traduisent une indispensable autre manière de penser le territoire (pas si neuve que cela d’ailleurs) où il s’agit de sortir d’une urbanisation de « conquête de nouvelles terres » pour se tourner vers la réhabilitation des espaces urbanisés. Pour mettre en oeuvre cette fameuse « optimisation spatiale », le législateur a mis en place une série de mécanismes. Ils sont nécessaires, mais pas suffisants. Car il faut avant toute chose partager collectivement des valeurs, créer des « communs », créer du lien social : en-raci- ner. « Enraciner » à entendre ici comme l’ensemble des relations qui nous lient aux autres, nous ancrent, nous connectent à la collectivité et nous alimentent.

Ainsi, reconquérir des zones urbanisées, ré-enchanter les lieux d’activités et d’échanges, revisiter les lieux et les temps de rencontre, prendre en main un héritage territorial et réinvestir la culture de l’habiter : ensemble, ces objectifs concourent à renforcer l’enracinement des êtres vivants aux lieux, indispensable vecteur d’un bien vivre ensemble dans un espace défini.

Parmi ces valeurs, il y en a quelques-unes qui me paraissent premières : mettre l’humain au coeur des conceptions en captant le perçu et le sensible, faire avec, par et pour tous par l’expérimentation, mettre la nature au centre de nos espaces de vie, amener la fluidité dans nos mouvements quotidiens et, enfin, être réaliste avec les moyens mobilisables et redoubler de créativité pour mobiliser les moyens insoupçonnés que chacun peut mettre à disposition. Pas à pas.