Deux exemples français  de résilience territoriale

Retour sur la visite organisée dans le nord de la France mi-octobre par la Maison de l’urbanisme. Loos-en-Gohelle et Arleux nous ont montré différentes stratégies pour réhabiliter un territoire et créer de nouveaux imaginaires mobilisateurs. Deux exemples de résilience territoriale réussis que la quarantaine de participants a pu découvrir.

Texte : Xavier Attout

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Première étape de notre périple dans le nord de la France : Loos-en-Gohelle et la « base 11/19 ». Nous y avons rencontré les acteurs de ce lieu qui fait office de « fer de lance » de la réhabilitation. La « Base 11/19 » est située en limite d’agglomération de Liévin. Il s’agit d’un ancien charbonnage qui a été sauvé de la destruction après la fermeture de son exploitation. Rachetée par le secteur public, la mine 11/19 a été réinvestie et réaménagée par la communauté d’agglomération de Lens-Liévin pour devenir la base d’un redéploiement culturel, environnemental et économique. Plusieurs acteurs animent ce lieu unique en son genre. Mais la réhabilitation ne se cantonne pas à faire revivre ce site historique.

C’est un redéploiement d’une région qui est ici à l’oeuvre. Depuis 2012, le site fait partie de l’ensemble du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO comme « Paysage culturel évolutif vivant ». Dans ce cadre, le CPIE (Centre Permanent d’Initiatives pour l’Environnement) « Chaîne des terrils» porte à la connaissance des publics l’intérêt patrimonial, paysager et naturaliste des sites miniers et de leurs terrils au travers de visites et des animations. Le CD2E, structure également présente sur la « Base 11/19 » et s’affirmant comme outil d’intelligence économique sur les écoactivités des entreprises, accompagne et forme les organismes publics et les entreprises dans les domaines de la rénovation écologique du bâti, des énergies renouvelables et de l’économie circulaire. Présent aussi sur le site : le CERDD. Lui, il outille et accompagne les acteurs de la région Hauts-de-France vers les transitions économique, sociale et écologique des territoires, au moyen de publications, de visites, de rencontres, de formations et de mise en réseau. Sur la « Base 11/19 », on trouve également une pépinière d’écoentreprises (dix cellules d’accueil pour PME-PMI), sans oublier une scène nationale « Culture commune » et sa « Fabrique théâtrale ». Il s’agit d’un lieu culturel rayonnant sur un vaste territoire (équivalent français du Centre culturel du Brabant wallon).

La mobilisation citoyenne comme moteur de réhabilitation

La réhabilitation du territoire loossois s’est immiscée hors du site minier et de ses terrils. La mutation de ce territoire s’est opérée en mobilisant les secteurs économiques, énergétiques ou encore sociaux. En témoigne le tiers-lieu nourricier « Ménadel et Saint-Hubert », situé en centre-ville, que nous avons pu découvrir en y goûtant un repas. Ce lieu est géré par l’association les « Anges Gardins » qui, à partir d’une activité de maraîchage in situ et à l’aide d’une monnaie locale (la Manne), oeuvre pour l’insertion, l’éducation permanente, le partage et le lien social, autour de l’alimentation durable.

L’histoire de la renaissance de Loos-en-Gohelle, c’est aussi la force d’une politique de réhabilitation durable, inclusive et ancrée qui tient avant tout à la narration d’un récit collectif et à la mobilisation des histoires individuelles autour de celui-ci. C’est par l’histoire de la vie des mineurs que tout a commencé. La culture a contribué à faire émerger une conscience collective et une « culture de la participation » qui soutient et contribue à la mobilisation autour de projets urbains (rénovations, énergies renouvelables, écoquartiers, potagers urbains…).

Une réhabilitation sans projet « tape à l’oeil »

Ce n’est sans doute pas à Loos-en-Gohelle que les stars de l’urbanisme ou de l’architecture viennent poser pour un cliché publicitaire d’agence… La ville se réinvente sans projet « tape à l’oeil ». A Loos-en-Gohelle, c’est ailleurs que cela se passe. Certes, il y a le site de la « base 11/19 », exemplaire dans sa démarche de rénovation, mais elle détonne à vrai dire par rapport à ce qui se réalise ailleurs. La politique de réhabilitation a investi les secteurs du quotidien : rénovations de bâti en masse, développement des énergies renouvelables, initiatives diverses de potagers collectifs, ceinture verte qui se découvre petit à petit entre vergers cultures maraîchères et espaces verts entretenus en gestion différenciée. Même l’entrée du tiers-lieu « le Ménadel et Saint-Hubert » sur la place ne laisse pas présager l’ampleur du projet qui s’y déploie.

Il faut prendre le temps et écouter les gens pour comprendre ce qui s’est construit ces trente dernières années à Loos-en-Gohelle. Une leçon d’humilité peut-être. Et assurément, la reconnaissance que les mutations territoriales sont le fruit d’un processus qui met en échos la multitude de petites et grandes actions menées par l’ensemble de la collectivité.

L’innovation à l’écoute du territoire et au service de l’humain

Deuxième étape de notre visite : Arleux. Nous y rencontrons l’association « Centre Hélène Borel » qui apporte une aide aux personnes porteuses de handicaps physiques. Le bourg d’Arleux accueille depuis 2008 une résidence-service de cette association. Dans le cadre des opérations de rénovation urbaine, la Ville a vu naitre un projet de dynamisation du centre-bourg novateur porté par l’association Hélène Borel : la « ferme des Ail’leurs », un centre d’accueil touristique pour les personnes en situation de handicap et leurs aidants proches, au sein d’une ancienne ferme à cour.

L’idée est particulièrement originale : renforcer l’offre touristique d’Arleux et son développement économique par l’accueil des aidants proches et de leurs aidés, en ouvrant le site aussi aux habitants grâce à une salle polyvalente et un parc arboré. L’originalité tient aussi aux partenariats avec des acteurs locaux pour les soins et l’animation du centre de vacances. De tels lieux sont extrêmement rares. Ce sera le second projet de ce type en France. Ce projet va encore plus loin car il mise sur la mobilisation et le partage avec les habitants du bourg. La notion de « re-habilitation » y couvre plusieurs sens : celui de rénover un bâti, mais aussi celui de renouveler la capacité d’accomplir une tâche, c’est-à-dire permettre à nouveau des vacances aux familles dont un membre est porteur de handicap, action considérée jusqu’alors hors de portée pour nombre d’entre elles.

Découvrez tous les moments saillants de cette journée en visionnant le film réalisé par la vidéaste Camille Vandurme.