Des façades et des couleurs
Des façades et des couleurs
Texte et photos : Frédérique Masquelier
Aux quatre coins de la planète, la couleur s’invite dans l’architecture. Par endroits, elle est même omniprésente. À l’inverse, dans nos régions, les façades colorées sont rejetées en bloc. Une aversion à la couleur relativement récente, que diverses initiatives cherchent à renverser.
Aux quatre coins de la planète, la couleur s’invite dans l’architecture. Par endroits, elle est même omniprésente. À l’inverse, dans nos régions, les façades colorées sont rejetées en bloc. Une aversion à la couleur relativement récente, que diverses initiatives cherchent à renverser.
Texte et photos : Frédérique Masquelier
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C’est un fait, dans nos villes et villages, le recours à la couleur dans l’architecture est régulièrement désapprouvé, si pas méprisé. En témoigne le qualificatif de couleur « criarde » asséné à tort et à travers dès qu’une façade arbore une autre teinte que le blanc, le beige ou le gris. Qu’il s’agisse d’un voisin amateur de couleurs vives ou d’un immeuble neuf qui se hasarde à une quelconque originalité chromatique, l’initiative provoque souvent son lot d’observateurs mécontents. De facto, les services urbanistiques font preuve d’une extrême prudence quand il s’agit d’autoriser la couleur en façade, coupant parfois court à la créativité des architectes comme des propriétaires.
Pourtant, au-delà de nos frontières, la couleur est à bien des endroits non seulement acceptée, mais aussi encouragée. Et il ne faut pas nécessairement aller très loin pour s’en convaincre. Le Grand-Duché de Luxembourg est bien connu pour cultiver la couleur dans son parc de logements. Au même titre que les Pays-Bas et, plus au nord, les pays scandinaves. Dans le nord-est de la France, en Alsace, les maisons à colombages sont très colorées. Et que dire de nos destinations de vacances préférées : les bords de la mer Méditerranée et leurs villages de pêcheurs au charme bigarré, les cités historiques d’Espagne et d’Italie parées de tons rouges et ocres, les îles grecques et leurs maisonnettes blanches et bleues. Hors Europe, la couleur est ancrée dans les mœurs en Amérique latine, en Afrique ou en Asie. Même les pays anglo-saxons partagent une certaine tradition de la couleur.
Colorer pour mieux rendre vie
Avec ceci que le choix de la couleur dans l’architecture n’est pas seulement culturel ou esthétique. Dans certains cas, il est brandi comme un véritable outil de revitalisation urbaine. À Brest, par exemple, une aide financière publique est accordée depuis 2018 à tout habitant qui souhaite colorer sa façade. Surnommée « Brest la grise » depuis la reconstruction massive de son bâti suite aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale, la métropole française affiche par là sa volonté de sortir de ce qu’elle identifie comme le « triptyque brestois » : blanc, blanc cassé, gris. Avec pour seule condition le fait d’opter pour des couleurs vives. Baptisé « Objectif couleurs », le dispositif a défini une série de périmètres à colorer en priorité, comme autant de quartiers auxquels rendre vie. Et désigné une équipe d’architectes coloristes pour organiser le mouvement et veiller à une cohérence chromatique – le choix des couleurs dépend principalement du style architectural du bâtiment visé et de la palette des façades voisines.
Chez nous, à Engis, en province de Liège, la même recette a été appliquée dès 2020 pour rénover une rue en particulier, la rue Joseph Wauters. Portée par l’ASBL Engironnement qui associe la commune et une dizaine d’entreprises privées, l’opération vise à embellir l’artère en donnant un coup de jeune à ses façades ternies par l’activité des usines et le passage des camions. Grâce au mécénat, la mise en peinture est gratuite pour les habitants participants. Certains ont même opté pour la réalisation d’une fresque, dont notamment le Centre culturel d’Engis, logé dans la rue.
Dans certains cas, la couleur est brandie comme un véritable outil de revitalisation urbaine.
La couleur d’origine
Rendre leurs couleurs à nos façades peut aussi s’inscrire dans une démarche historique et patrimoniale, en lien avec les différents styles architecturaux du passé et leur utilisation de la couleur. À Bruxelles, par exemple, le Centre d’études et de recherches urbaines (ERU) a mené, entre 2018 et 2020, un projet d’urbanisme participatif intitulé « Fort en couleurs » dans le cadre du Contrat de quartier durable Parvis-Morichar. Né à l’initiative du comité des commerçants, le projet a contribué à revitaliser la rue du Fort, dans la continuité du Parvis de Saint-Gilles. Le bureau ERU a entre autres établi un « Plan Couleurs » pour accompagner les propriétaires dans la rénovation de leurs façades néoclassiques – beaucoup ont opté pour la sobriété d’une gamme de blancs, en référence à la couleur d’origine des édifices.
Dans la capitale toujours, la commune de Molenbeek-Saint-Jean s’est récemment dotée d’un règlement d’urbanisme zoné pour son centre historique (quartier de la Place Communale). Ici aussi, c’est l’ERU qui a porté le projet entre 2014 et 2016, et conduit les recherches pour offrir un cadre réglementaire avec fiches didactiques et nuanciers à la clé. Le but poursuivi ? Restaurer les caractéristiques d’origine des immeubles néoclassiques, éclectiques et Art déco du quartier en offrant les orientations chromatiques les plus cohérentes possibles. « Remettre en peinture une façade est une intervention relativement simple, mais parfois destructrice, commente Catherine De Zuttere, coordinatrice de l’ERU. Notamment quand le matériau lui-même – brique, carrelage… – a été choisi pour sa couleur. » À quand des actions semblables en Brabant wallon ?
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