Des bords de route de plus en plus arborés
Des bords de route de plus en plus arborés
Les usagers de la route apprécient ses abords entretenus et plantés d’arbres. Sans nécessairement savoir qui en a la charge. Depuis le Plan Vert sous Baudouin 1er, ce sont les Régions et les communes qui sont aux commandes. Une responsabilité qui impacte durablement le paysage.
Texte : Frédérique Masquelier
Les usagers de la route apprécient ses abords entretenus et plantés d’arbres. Sans nécessairement savoir qui en a la charge. Depuis le Plan Vert sous Baudouin 1er, ce sont les Régions et les communes qui sont aux commandes. Une responsabilité qui impacte durablement le paysage.
Texte : Frédérique Masquelier
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Qui ne s’est jamais extasié en empruntant une route de campagne sinuant à l’ombre des arbres ? Ou en s’avançant dans une allée rythmée par un alignement de troncs solennel ? Les abords arborés confèrent un charme bucolique au paysage qui défile, sans oublier le rôle déterminant joué par les arbres en termes de biodiversité et d’adaptation aux changements climatiques.
La plantation d’arbres le long des routes ne date pas d’hier (lire l’encadré). Mais cette pratique par essence locale prend une dimension nationale en 1957, sous l’impulsion du Roi Baudouin. Le pays est alors en plein effort de reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. Nombre d’artères détruites par les bombardements sont remises en état, tandis que les chantiers de voiries nouvellement tracées se multiplient. Mais pas n’importe comment, insiste le souverain. Les ingénieurs des ponts et chaussées ont pour mot d’ordre de ne pas altérer la beauté des paysages naturels traversés. C’est le fameux Plan Vert, rédigé par le paysagiste René Pechère, alors Ministre des Transports.
Depuis lors, le soin apporté aux abords des routes a été délégué aux Régions et aux communes. En Wallonie, «au fur et à mesure des fusions au sein du SPW Mobilité et Infrastructures, on est arrivé à ce que l’on appelle actuellement la Direction des Études environnementales et paysagères (DEEP)», explique Samantha Straet, qui y est attachée. Les missions de la DEEP sont transversales et englobent les routes comme les voies hydrauliques, offrant un service d’expertise axé tant sur l’état sanitaire des arbres, que sur l’analyse paysagère et l’accompagnement des projets d’infrastructures routières en matière de plantations. Avec ceci que, depuis le Plan Vert, les plantations d’arbres à proprement parler ont fortement diminué. «La densification du trafic automobile dans les années 1970 et 1980, et, au cours des décennies suivantes, l’évolution de la taille et de la puissance des véhicules, ont vu les routes être élargies et modernisées. Les arbres les bordant ont été délaissés, quand ils n’ont pas été coupés pour gagner de la place.»
«Nous proposons toujours le bon aménagement paysager au bon endroit.»
Laurence Taets, attachée à la Direction des Études environnementales et paysagères.
« Yes, we plant »
Ces dernières années, la prise de conscience écologique liée au réchauffement climatique a ravivé la mission de la Direction des Études environnementales et paysagères wallonne. Timidement d’abord entre 2014 et 2019, où il était surtout question de gérer et d’entretenir les arbres, voire d’apporter une aide à la plantation lorsqu’un permis l’imposait. Puis avec plus d’intensité sous la législature suivante, entre 2019 et 2024. «Le programme ‘Yes, we plant’ de la Ministre Céline Tellier a permis de planter de manière massive», reprend Samantha Straet. Au terme de celui-ci, grâce à des subsides régionaux et avec l’aide des communes comme des citoyens, quelque 4.200 kilomètres de haies et 1,4 million d’arbres ont été plantés au sud du pays, dont certains le long des routes.
Avec ceci que l’objectif de la DEEP n’est pas de «planter pour planter», avertit sa collègue Laurence Taets qui énumère les quatre principes d’une gestion raisonnée des abords boisés : l’attention prêtée à la biodiversité, à la sécurité et au confort des usagers de la route, au partage de l’espace public, et à la dimension financière liée à l’entretien des arbres. «C’est tout l’objet d’une circulaire de gestion des abords paysagers sur laquelle nous avons travaillé et qui a été publiée en avril 2019», note-t-elle.
Car le travail de la trentaine de fonctionnaires qui œuvre au sein de la DEEP – des architectes-paysagistes, des ingénieurs-agronomes, des docteurs en biologie, etc. – est loin d’être « ornemental », défend Laurence Taets. «Nous proposons toujours le bon aménagement paysager au bon endroit.» Cela peut être, ici, une pelouse sèche, là une haie ou une mare sur un merlon de terre, plus loin une ouverture sur un point de vue, indique-t-elle. De manière générale, les plantations sont toujours réfléchies par rapport à la distance qui les sépare de la route, avec une gradation dans la taille des arbres et arbustes : c’est le principe de la lisière étagée.
«De même, reprend Samantha Straet, nous veillons à choisir les essences en privilégiant la sécurité des usagers.» Ainsi, les noyers et les marronniers sont prescrits le long des routes car leurs fruits à coque sont susceptibles d’endommager les voitures. Sur les aires d’autoroutes, les couronnes des arbres sont remontées pour éclaircir le massif boisé et éviter les faits de mœurs. Autour des bassins d’orages, les clôtures sont remplacées par des haies défensives à épines pour ne pas être enjambées. En ville, les haies sont conditionnées à un ramassage aisé des déchets pour contrer les comportements inciviques. «On ne plantera jamais d’allergisant, comme le bouleau, par exemple, près d’un hôpital ou d’une crèche», évoque-t-elle encore.
200 000 arbres paysagers
Les agents de la Direction des Études environnementales et paysagères wallonne ont à leur disposition un terrain de jeu énorme englobant 7 111 kilomètres de routes, 1 236 kilomètres d’autoroutes et 451 kilomètres de voies hydrauliques (chiffres de 2018). Au total, ce vaste réseau offre 11 000 kilomètres d’abords, plantés de 200 000 arbres paysagers.
Des repères visuels
En Brabant wallon, la Direction des Études environnementales et paysagères a notamment abattu des arbres malades sur la route entre Rebecq et Tubize et replanté des arbres sains à la place, en recréant l’alignement préexistant. «C’est important de ne pas supprimer les repères visuels des usagers, pour des raisons de sécurité toujours», commente Samantha Straet. La DEEP a aussi planté les abords de la N25 entre Wavre et Grez-Doiceau, en accord avec les agriculteurs voisins, préoccupés tant par les manœuvres de leurs tracteurs que par l’ombre portée et la perte de rendement pour leurs cultures. «Nous voulons éviter le vandalisme. Il y a deux ou trois ans, à Chaumont-Gistoux, les trous étaient à peine creusés qu’ils ont été rebouchés la nuit d’après.»
De Charlemagne à Henri II et Napoléon Ier
En Wallonie, la route dite Charlemagne, qui relie Dinant à Philippeville (N97) et figure déjà sur les cartes napoléoniennes, aurait toujours été arborée. Il en est de même des voies navigables et, par extension, des chemins de halage dont l’usage s’est intensifié avec la construction des canaux aux 18e et 19e siècles. Les arbres offraient de l’ombre aux chevaux qui tiraient les bateaux.
En France, la plantation d’arbres le long des routes est une pratique tout aussi ancienne et… un peu plus documentée. Au milieu du 16e siècle, le roi Henri II exhortait ses sujets à planter des ormes de part de d’autre des chemins en vue d’empêcher l’empiètement des parcelles agricoles et de fournir du bois pour les affûts des canons et la construction des bateaux. Mais c’est sous Napoléon Ier, au début du 19e siècle, que les alignements de platanes caractéristiques des routes de France se sont répandus massivement dans le pays. L’objectif de l’empereur était, ce faisant, d’offrir de l’ombre et des abris à ses troupes militaires durant leurs longs déplacements à pied. Au siècle suivant, lors la Première guerre mondiale, des millions d’arbres d’alignement ont été plantés à travers l’Hexagone pour servir de repères aux soldats. Tandis qu’au lendemain du conflit, de nouvelles allées d’arbres voient le jour, cette fois pour rendre hommage à ceux qui sont morts au combat.
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