Un projet avec de multiples dérogations est-il un mauvais projet ?

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Après l’adoption du Schéma de développement du territoire, la balle est désormais entre les mains des communes. Elles disposent de six ans pour déterminer la localisation et le nombre de logements qu’elles veulent encore voir construire sur leur territoire de même que les zones qu’elles veulent préserver. Avec des réalités diverses d’une commune à l’autre.

Texte et photo : Xavier Attout

Dimitri Dewilde, échevin de l’Urbanisme à Grez-Doiceau

Quel regard portez-vous sur ce nouveau SDT ?

Il faut avouer que nous en parlons très peu. Tant au sein du collège communal qu’auprès des citoyens. Et je ne pense pas non plus que ce sera un sujet de débat lors de la campagne électorale tant ces enjeux et ces notions sont difficiles à appréhender pour les citoyens. Tous les groupes communaux sont par contre d’accord sur le fait qu’il faut lancer un nouveau Schéma de développement communal. La vision du développement territorial de Grez-Doiceau est partagée par chacun.

Les centralités qui ont été définies dans le SDT vous conviennent ?

Oui. Le centre de Grez et Gastuche sont repris comme centralités. Cela a du sens. Ils concentre les principaux pôles économiques et résidentiels de la commune. Il y a un intérêt à développer davantage d’activités dans ces espaces. La proximité de la gare doit être encouragée. Par contre, il y a également une gare à Archennes, Pécrot et Florival. Des questions se posent donc pour le développement de ces villages puisqu’ils ne sont pas repris dans des centralités.

Quels types de craintes avez-vous ?

Leur urbanisation peut éventuellement être freinée. Mais nous ne l’encourageons pas non plus actuellement, la situation va donc peu évoluer. Il faut toutefois que ces villages restent attractifs, avec une vie sociale et culturelle active. Nous y veillerons, de manière à ce qu’elles ne deviennent pas des cités-dortoirs.

Il reste encore un certain nombre de terrains à bâtir à Grez-Doiceau. Craignez-vous un afflux de demandes de permis ?

C’est en tout cas difficile à percevoir pour le moment. Seul un petit propriétaire s’est pour le moment inquiété de savoir s’il pouvait encore construire sur son terrain à l’avenir. Nous disposons de plusieurs ZACC, notamment à Pécrot, au Stampia et à Bossut. Il ne rentre pas encore dans nos intentions de les activer. Il y a également une demi-douzaine de projets qui sont actuellement prévus par des promoteurs. Ils concernent à chaque fois entre 10 et 20 maisons, des trois et quatre façades. Je ne sais pas si c’est lié à la crainte de ne plus pouvoir construire exactement ce qu’ils souhaitent à moyen terme. Par contre, étonnamment, nous avons un déficit de projets d’appartements alors que la demande est pourtant présente. C’est nous qui devons entamer une réflexion pour avoir cette typologie d’habitat et voir apparaitre des logements de type kangourou ou de la colocation. Il est pourtant primordial de varier les typologies de logements pour que Grez- Doiceau reste accessible à tous les profils.

Xavier Verhaeghe, échevin de l’Urbanisme à La Hulpe

Quel regard portez-vous sur ce nouveau SDT ?

Nous souscrivons bien évidemment aux grands principes de lutte contre l’étalement urbain et de renforcement des centres qui sont repris dans ce schéma. Toutefois, un des principaux enjeux sera d’observer l’autonomie réelle dont nous pourrons bénéficier pour affiner le périmètre des centralités déterminé par la Région wallonne. En ce qui nous concerne, ce périmètre englobe pratiquement toute la commune, à l’exception des zones boisées et naturelles. Ce qui ne nous convient bien évidemment pas car cela augmenterait considérablement la densification de l’ensemble de notre territoire. Il est possible de modifier jusqu’à 50 % de ce périmètre déterminé. Nous irons jusque-là s’il le faut.

Quelles craintes avez-vous ?

La Hulpe est considérée comme une zone urbaine et non rurale, vu que l’ensemble de notre territoire est pratiquement bâti. Or, nous souhaitons être repris comme une zone rurale pour limiter la densification de notre territoire. Nos documents urbanistiques préconisent une densité de 10 logements à l’hectare. Avec le SDT, cela passera à 30 logements à l’hectare. Ce n’est donc pas acceptable. Le périmètre de centralité est très large, nous allons donc tenter de le restreindre et de choisir les zones à densifier.

La commune est soumise à une importante pression foncière, avec plusieurs projets immobiliers d’envergure sur la table. Qu’est-ce que cela va changer pour eux ?

Pas grand-chose à priori. Le refus de la demande de permis du projet d’Eaglestone, en face du centre sportif, a été confirmé par le ministre Borsus. La densité devra être diminuée pour que le permis soit accepté. Quant aux Berges de l’Argentine, sur le site des anciennes papeteries, nous préconisons une densité de 30 logements à l’hectare. Soit 180 logements. Sauf que nous ne sommes pas d’accord avec le promoteur Atenor sur la délimitation du périmètre pris en compte. Le SDT ne changera donc rien sur ce plan.

Et pour les citoyens, à quels changements peut-on s’attendre ?

La vraie question est de savoir comment nous allons mettre en pratique le principe que trois logements sur quatre doivent être construits dans le périmètre de centralité. C’est vraiment une inconnue pour moi. Tout comme quand nous serons confrontés au fait de refuser une demande de permis de bâtir située en dehors de la centralité car le quota est épuisé. Il reste 68 ha à bâtir à La Hulpe, mais essentiellement des ZACC et des morcellements de grands terrains. Il faudra gérer ce potentiel foncier.

Il reste peu de terrains à bâtir à La Hulpe. Cela signifie que l’impact de cette réforme sera moindre ?

Non, pas du tout. Le fait d’avoir une centralité qui couvre presque tout le territoire ouvre la porte aux promoteurs qui souhaiteraient racheter trois maisons mitoyennes pour les démolir et reconstruire un immeuble à appartements. Et cela, nous n’en voulons pas.

Ajouterez-vous des centralités ?

Pas spécialement. L’objectif est avant tout d’associer notre vision urbanistique avec les objectifs du SDT. Nous présenterons lors du Conseil communal du mois de juin les avancées de notre schéma de développement communal. Nous verrons ensuite s’il faut l’adapter.