Comment l'Église va valoriser son patrimoine foncier et immobilier

Comment l'Église va valoriser son patrimoine foncier et immobilier

Avec une fréquentation des églises en diminution et des couts d’entretien en hausse, les fabriques d’église doivent revoir leur stratégie. La volonté est désormais de valoriser leur patrimoine foncier et de se séparer de certains édifices religieux. Une ambition plus simple à énoncer qu’à appliquer.

Texte : Xavier Attout - Photo : Xavier Attout

Avec une fréquentation des églises en diminution et des couts d’entretien en hausse, les fabriques d’église doivent revoir leur stratégie. La volonté est désormais de valoriser leur patrimoine foncier et de se séparer de certains édifices religieux. Une ambition plus simple à énoncer qu’à appliquer.

Texte : Xavier Attout - Photo : Xavier Attout

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Vous en trouverez dans toutes les communes brabançonnes. Dans tous les villages même. Le patrimoine bâti religieux fait partie du paysage pour bon nombre d’habitants. Il n’en reste pas moins qu’il devient une charge financière de plus en plus importante pour des finances communales qui s’assèchent toujours plus au fil des ans. Un lien codifié dans un décret napoléonien vieux de plus de 200 ans (1809) mentionne que les collectivités locales ont la charge de l’entretien de ce patrimoine sans en avoir la propriété. Or, l’évolution de la pratique religieuse, le regroupement des célébrations ou encore le manque de prêtres poussent la fréquentation vers le bas et remettent de plus en plus en cause l’intérêt de posséder un tel patrimoine. « L’entretien du patrimoine bâti et foncier des fabriques d’église (ndlr : organisme public chargé de gérer l’entretien des bâtiments religieux dans une paroisse) reste bien évidemment une de leurs responsabilités essentielles, défend Laurent Temmerman, responsable du temporel pour le Vicariat du Brabant wallon. Mais il est vrai que sa gestion doit évoluer pour faire face aux enjeux de demain. Les communes ne pourront plus, comme elles ont obligation de le faire, compenser leur déficit financier. »

Un encombrant héritage

Un constat d’autant plus important que de nombreux édifices nécessitent des travaux d’entretien, urgents ou non. Que faire alors de ce patrimoine dans un contexte désargenté et de fréquentation en baisse ? La question est de plus en plus sur la table. « Le budget des fabriques d’église se réduit année après année, explique le député wallon André Antoine, qui a étudié la question de près. Si elles ne savent subvenir à leurs besoins, les communes doivent prendre le relais. Or, ces dernières ne peuvent plus suivre. Les églises occupent incontestablement une place importante dans notre environnement proche, pour des raisons à la fois historiques, patrimoniales et, bien sûr, cultuelles. À travers les époques, ces bâtiments, très souvent remarquables, ont participé à la structuration du paysage bâti et à l’identité des centres. Ils constituent aujourd’hui un précieux héritage de notre passé. Mais il est temps de se poser les bonnes questions. »

Selon des chiffres de 2022, le financement des fabriques d’église représentait 40 millions d’euros en Wallonie, soit une baisse de 2,1 % en six ans. « Les besoins d’investissements liés à la rénovation et à la réhabilitation sont de plus en plus importants, ajoute André Antoine. Cela effraye les mandataires communaux. » Un constat partagé en partie par Laurent Temmerman, qui nuance quelque peu : « Il est indéniable que l’église attire moins de fidèles et nous entendons régulièrement des discours disant que l’entretien des églises coute cher et qu’il faudrait en fermer. La réalité, c’est que les églises qui ont été réaffectées en d’autres fonctions se comptent sur les doigts d’une main en Wallonie. Souvent, quand il faut passer à l’action, les bourgmestres n’osent pas. Car il y a un attachement aux églises, qui font office de point de repère dans un village ou une commune. Nous sommes conscients qu’il peut y avoir trop d’édifices religieux aujourd’hui. En cas de vente, notre priorité est qu’ils soient affectés en priorité à d’autres cultes. Si ce n’est pas possible, nous sommes favorables à des projets à usage collectif ou du logement. En dernier lieu, une transformation vers une fonction commerciale. Mais cela reste très rare. La situation est d’ailleurs similaire en Flandre. »

Certaines fabriques d’église possèdent un patrimoine foncier important. Ce n’est pas un fantasme mais la réalité. Nous les encourageons, pour certaines, à vendre leur terre. Pour d’autres, il peut être intéressant d’y développer un projet immobilier.

Laurent Temmerman, responsable du temporel pour le Vicariat du Brabant wallon

Valoriser cet héritage en vendant des terrains

Une nouvelle version du décret wallon relatif à la gestion des fabriques d’église pourrait être approuvée dans les prochains mois. Elle pointe notamment le fait que les communes devront désormais essentiellement soutenir les fabriques d’église dans leurs frais de fonctionnement. Et diminuer donc leurs investissements dans la rénovation des édifices religieux. « Ce qui, entre les lignes, obligera les fabriques d’église à trouver de nouvelles sources de financement, lance Laurent Temmerman, chargé notamment de conseiller les fabriques d’église sur la gestion de leur patrimoine immobilier et foncier. On sait que certaines possèdent un patrimoine foncier important (12 000 ha en Wallonie dont 90% de terres agricoles et 200 ha en zone d’habitat). Ce n’est pas un fantasme mais la réalité. Nous les encourageons, pour certaines, à vendre leur terre dans un objectif d’équilibre financier. Pour d’autres, il peut être intéressant d’y développer un projet immobilier, qui possède une dimension sociale ou communautaire. Comme cela a été le cas à Beauvechain avec la construction de cinq maisons, louées ensuite au CPAS local. Ou à Baulers où la fabriqu d’église possède un terrain à bâtir de 50 ares. Un promoteur songe à y construire trois maisons pour la fabrique avant de développer son projet sur le reste du terrain. Dans tous les cas, les fabriques d’église sont vivement invitées à rentabiliser leur patrimoine vu la conjoncture et les besoins financiers qui se profilent. »

L’idée serait de ne plus garder en portefeuille des terrains bien situés – qui vont prendre de la valeur vu la volonté politique de centraliser l’habitat – mais de les valoriser. « Nous sommes régulièrement sollicités par des particuliers ou des promoteurs qui souhaitent acheter nos terrains, explique Laurent Temmerman. Nous analysons la question de près. Le Brabant wallon possède un avantage sur ce plan par rapport à d’autres provinces puisque les terrains ont une valeur plus importante. Nous estimons également que certaines cures peuvent faire l’objet d’une vente, comme à Orp-Jauche où trois cures ont été vendues. L’église devra assurer de plus en plus son autonomie financière. Il faut l’y préparer. »

Le futur décret prévoit également que les fabriques d’église devront elles-mêmes assurer un logement aux prêtres, ce qui était jusqu’à présent du ressort des communes. Une nouvelle donne qui pousse à accélérer la mutation de la gestion des fabriques d’église. Une mutation qui se traduit également par la volonté de réduire le nombre de fabriques d’église. On en dénombre 164 en Brabant wallon. L’objectif serait de réduire ce chiffre d’un tiers. « Si certaines économies d’échelle pourraient apparaitre, cela n’impactera toutefois pas la gestion du patrimoine qui restera tout aussi importante.»

Quant à la qualité du bâti, si certains édifices religieux sont peu entretenus, fermés ou en mauvais état, ce n’est pas une généralité. « Globalement, les églises sont en bon état en Brabant wallon. Des budgets importants sont consacrés à leur entretien. C’est le cas par exemple des communes de Nivelles et de Wavre. Pour d’autres, il faut parfois effectuer de longues démarches pour bénéficier de subsides régionaux. »

Les huit églises d’Orp-Jauche

Parmi les pistes envisagées pour améliorer ce patrimoine immobilier, Laurent Temmerman avance l’idée que chaque commune mette en place un plan de gestion de ses églises. Elle disposerait de trois à cinq ans pour effectuer le cadastre de son patrimoine. Un tel plan est déjà effectif en Flandre, avec succès. « Orp-Jauche possède par exemple sept églises et une chapelle, relève Laurent Temmerman. C’est beaucoup trop pour une commune de 9 000 habitants. Mais tous ces édifices ont une haute valeur patrimoniale. Cet inventaire permettrait de clarifier leur avenir et d’éviter de voir des églises fermées pendant des années sans perspectives. Car fermer une église, c’est assurer sa mort. Après quelques années, il n’y a pas d’autres solutions que de la démolir. Rendre les églises à la collectivité permet d’assurer son avenir tout en répondant à certains besoins. L’église Saint-Vincent à Nil-Saint-Vincent (Walhain) accueille par exemple des spectacles et conférences. Elle est devenue, à certaines heures, une salle polyvalente. Cette mixité des usages est une expérience pilote pour le Brabant wallon. »

L’URGENCE POUR CERTAINS ÉDIFICES RELIGIEUX BRABANÇONS

En Brabant wallon, si certaines églises vont être rénovées, plusieurs d’entre-elles sont promises à la vente ou condamnées à la démolition. L’église Notre-Dame du Saint-Sépulcre, à Nivelles, a par exemple été vendue fin décembre. Fermée depuis 2019 pour des raisons de sécurité, cette église a été désacralisée avant d’être rachetée par des pentecotistes roumains. Elle restera donc un lieu de culte. « Nivelles possède huit églises, explique le bourgmestre Pierre Huart. Nous avons la volonté de garder celles du centre-ville de même que les quatre qui sont situées dans les différents villages de l’entité. Je suis laïc mais j’estime que les villages ont été construits autour de ces édifices et qu’ils agissent comme des bâtiments repères. Ils doivent être préservés. »

Une analyse du patrimoine religieux brabançon a été effectuée il y a deux ans par l’Archevêché de Malines-Bruxelles et plus particulièrement le Vicariat du Brabant wallon suite à une demande du député wallon André Antoine. Il n’était guère reluisant et la situation n’a pas évolué depuis lors. Petit tour d’horizon des églises en difficulté.

À Court-Saint-Étienne, l’église Saint-Étienne se délabre. Une des ancres qui maintient les pierres de la tour est tombée au sol. L’église du hameau de Maret (Orp-Jauche) était à l’abandon. Un mécène vient d’avoir le feu vert pour l’acheter pour l’euro symbolique et la restaurer dans les cinq ans (salle polyvalente et foyer). L’église d’Orp-le-Petit (Orp-Jauche) est de son côté abandonnée depuis 1996. Une demande de certification de patrimoine est en cours depuis… 25 ans auprès de la Région pour pouvoir effectuer des travaux de modification d’un bien classé.

À Wavre, la basilique Notre-Dame de Basse-Wavre, qui date du XVIe siècle, reste dans un état critique et nécessite une réaction urgente et coordonnée des autorités publiques. Toujours à Wavre, l’église Saint-Jean-Baptiste, monument classé au patrimoine de Wallonie depuis 1937, a été touchée par les inondations de juillet 2021 et attend une restauration de grande envergure.

À Rebecq, un litige est en cours entre la commune et l’Agence wallonne du patrimoine sur la déconstruction de l’église Saints- Pierre-et-Martin de Bierghes.