Comment faire du vélo un futur vecteur d’expansion économique

Comment faire du vélo un futur vecteur d’expansion économique

Le Brabant wallon veut profiter de ses infrastructures cyclables pour créer le long de celles-ci des espaces qui mêlent activités économiques, logement et services. De nouveaux lieux de vie qui doivent favoriser le concept de la « ville à 20 minutes ». Cette économie tournée vers le vélo s’implantera essentiellement autour de bâtiments à réaffecter. Premier arrêt à Ramillies.

Texte et photo : Xavier Attout

Le Brabant wallon veut profiter de ses infrastructures cyclables pour créer le long de celles-ci des espaces qui mêlent activités économiques, logement et services. De nouveaux lieux de vie qui doivent favoriser le concept de la « ville à 20 minutes ». Cette économie tournée vers le vélo s’implantera essentiellement autour de bâtiments à réaffecter. Premier arrêt à Ramillies.

Texte et photo : Xavier Attout

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Une gare désaffectée comme il en existe de plus en plus en Brabant wallon. Pas de supérette, d’espaces de bureaux, de restaurant ou de centres de danse prévu comme perspectives de reclassement. Mais plutôt un pôle multifonctions qui mêle activités économiques, logements, services, commerces et espaces de loisirs. Un lieu situé au croisement de deux RAVeL et qui jouit d’une bonne accessibilité en vélo. Un nouveau lieu de vie où emploi et accessibilité se conjuguent désormais avec proximité. Cette manière de vivre, plus habituellement rencontrée dans les grands centres urbains, tend à s’étendre dans les zones plus rurales. Et en Brabant wallon, c’est Ramillies qui fera office de commune pilote pour mettre en place le concept de New Places of Working (NPoW, nouveaux lieux de travail). « L’idée est de lancer le chantier d’aménagement d’ici deux ou trois ans, explique Sophie Keymolen, députée provinciale en charge du logement et de l’aménagement du territoire. La réhabilitation de la gare de Ramillies s’inscrit dans un projet plus large baptisé Schéma de cohésion territoriale de la Croix de Hesbaye. Les fonctions seront multiples. L’idée est vraiment de pouvoir recréer des espaces où les gens peuvent venir travailler à vélo tout en étant à proximité de leur domicile ou d’un point multimodal performant. Avec les NPoW, nous inversons en fait le paradigme : nous profitons de la présence d’infrastructures existantes pour la mobilité douce pour proposer le long de celles-ci une offre de services (crèche, logement, école) et des activités économiques. C’est une opportunité de renforcer la mixité fonctionnelle des villages et de créer de nouveaux lieux de vie. »

Renforcer l’attractivité

Dans ces NPoW, on peut retrouver des espaces de coworking, des tiers-lieux, des locaux pour des très petites entreprises ou encore des espaces dédiés à divers services. « Ce sont des nouvelles formes d’économie collaborative et partagée, poursuit Sophie Keymolen. Il est important de développer une activité économique qui est accessible à vélo. Renforcer l’attractivité de ces cœurs de villages permet de les redynamiser. Et les localiser à proximité d’infrastructures existantes pour les vélos est une évidence. L’idée, c’est d’avoir une offre de foncier entre le garage, où des gens développent leur activité, et des parcs du type de ceux d’in BW. En fait, entre les deux il y a très peu d’offre. Or, il y a une demande de la part d’entrepreneurs actifs dans les activités productives pour pouvoir développer leur activité dans de plus petits espaces. Il est devenu important en Brabant wallon de diversifier l’offre en terrains pour le développement économique. »

Si le Brabant wallon est bien évidemment connu pour être l’un des principaux poumons économiques de la Wallonie, il le doit à la présence de quelques grandes entreprises comme GSK, AGC Glass, IBA, UCB, Odoo ou encore Swift. Des entreprises qui, à l’exception d’Odoo, sont installées dans des grands pôles économiques à Louvain-la-Neuve, Wavre ou Braine-l’Alleud. Odoo, de son côté, a installé son siège social en pleine campagne dans une ancienne ferme à Ramillies. Une volonté de son fondateur plutôt qu’une véritable stratégie locale. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le tissu économique du Brabant wallon est essentiellement composé de petites et très petites entreprises, explique Valérie Kessen, directrice du service économique de l’intercommunale in BW. Dans un contexte où les parcs d’activités économiques arrivent doucement à saturation en Brabant wallon et où les terrains dédiés à de l’activité économique se font rares, il est intéressant de développer d’autres opportunités. Et renforcer ce tissu économique en est une. Développer dans certains pôles du Brabant wallon un accueil des travailleurs décentralisés est essentiel. Tout comme valoriser des bâtiments non utilisés ou sous utilisés. Pour ce faire, identifier et valoriser du foncier et de l’immobilier existant sur un maillage de mobilité douce prend tout son sens. »

Avec les NPoW, nous inversons en fait le paradigme : nous profitons de la présence d’infrastructures existantes pour la mobilité douce pour proposer le long de celles-ci une offre de services et des activités économiques.

Sophie Keymolen, députée provinciale

Un concept déclinable partout L’idée est donc de valoriser des espaces ou immeubles situés le long des RAVeL et autres itinéraires vélos du réseau point-noeuds. De quoi offrir aux habitants du Brabant wallon l’opportunité de disposer de solutions multimodales pour aller travailler. « Cette initiative est d’autant plus opportune que le réseau vélo est en plein développement dans la province, relève Sophie Keymolen. L’objectif est de renforcer les projets le long de ces tracés. Nous commençons par l’est du Brabant wallon car le développement économique y est plus faible alors qu’il regorge d’un beau potentiel. Mais ce concept peut se développer partout ailleurs. Nous pensons par exemple au site de l’ancienne sucrerie à Genappe, à celui de l’ancienne entreprise Tudor à Florival (Grez-Doiceau) ou encore, à moyen terme, sur les projets de réhabilitation situés le long du RAVeL entre Ottignies et Court-Saint-Étienne. »

Dans ce dernier cas, il est vrai que les projets de reconversions de friches industrielles y sont multiples. Que ce soit ceux de Samaya (BPI et AG Real Estate) à côté de la gare d’Ottignies, des Bétons Lemaire (Matexi), de CP Bourg (Equilis), de Court-Village II (Equilis). En attendant dans les prochaines années la refonte du site du Douaire, qui pourrait également accueillir des activités économiques variées. « Les avantages sont en tout cas multiples, fait remarquer Valérie Kessen. Que ce soit réduire les distances à parcourir, développer des alternatives à la voiture, favoriser de nouveaux modèles économiques ou encore offrir de nouvelles opportunités en termes de logements. » Et Sophie Keymolen d’ajouter : « Nous sommes très pragmatiques sur les ambitions de ces NPoW. Sur le plan économique, nous visons les activités productives. Mais des entreprises pourraient également décider de délocaliser une partie de leurs activités dans des pôles plus petits. Et cela pourrait être idéal pour les habitants du Brabant wallon. L’offre en NPoW ne sera pas similaire partout en Brabant wallon et dépendra de la performance cyclable du site. L’idée est de s’adapter à chaque réalité territoriale, tout en étant assez novateur. » Ajoutons que ce concept fait partie du portefeuille de projets de l’alliance BW2030, qui rassemble le Brabant wallon, in BW, Invest.BW et l’UCLouvain.

Les futurs grands axes vélo du Brabant wallon

Outre ses RAVeL, le Brabant wallon devrait disposer à moyen terme de plusieurs cyclostrades. Il s’agit d’autoroutes pour vélos. Soit des pistes cyclables sécurisées et en site propre qui garantissent aux cyclistes de rouler en toute tranquillité.

Si la plupart des tracés des futures cyclostrades sont à l’étude en Brabant wallon, un seul chantier a démarré et est bouclé. Il concerne un premier tronçon de 1,9 km à La Hulpe, le long de la chaussée de Bruxelles (N275). Des travaux devraient se poursuivre en 2024 pour mener la cyclostrade jusqu’au centre de La Hulpe. Des études seront ensuite lancées pour déterminer la manière de rejoindre Ottignies.

Autre chantier qui a débuté : la cyclostrade Namur-Bruxelles (elle longera la N4 puis la E411). Les travaux sont en cours à hauteur de Louvain-la-Neuve. Les permis ont été octroyés pour les trois premiers tronçons. La portion entre le Decathlon et la caserne des pompiers pose toujours problème.

Quant à la cyclostrade de la vallée de la Dyle, entre Wavre et Court-Saint-Etienne, une réunion d’information s’est déroulée le 21 novembre. Le dossier semble en bonne voie.

L’ancienne gare de Ramillies comme carrefour des ambitions

Le premier NPoW du Brabant wallon sera aménagé sur un site de 3,6 ha à Ramillies qui est entièrement à redévelopper. L’ancienne gare de Ramillies a été rachetée par l’APIBW et est aujourd’hui inoccupée. Elle est située dans une commune où l’activité économique est en augmentation, une hausse principalement liée à l’expansion de la licorne Odoo et de ses 500 employés. Son accessibilité cyclable est intéressante puisqu’elle est située au croisement de deux RAVeL. Si in BW pilotera le volet économique, l’APIBW se chargera des logements et du lancement du tiers-lieu. Pour ce dernier, un gestionnaire reprendra ensuite la main. Notons que la commune va lancer d’ici peu une consultation pour connaitre les aspirations des habitants.

Interview

« Réfléchir en amont à l’accessibilité est idéal »

Céline Froment, conseillère en mobilité au sein de l’Union Wallonne des Entreprises 

Le monde de l’entreprise est-il désormais plus sensible aux déplacements cyclables ?

Il y a en effet une vraie prise de conscience en la matière. De plus en plus d’employés se rendent aussi en vélo dans leur entreprise. Il y a un vrai changement de mentalités. On voit surtout le boom de cyclistes pour les entreprises situées dans les centres urbains mais la même réflexion est en cours dans le milieu rural. Nous constatons également une volonté des entreprises d’encourager ce mode de déplacement en mettant en place des politiques de mobilité dédiées au vélo.

Et votre rôle est de définir des stratégies en la matière…

Oui, nous accompagnons les entreprises dans la définition de leurs ambitions cyclables. Nous nous rendons dans les entreprises pour établir un audit vélo, analyser les infrastructures qui sont présentes et proposer un plan d’action personnalisé. Chaque entreprise est libre de s’adapter en fonction des opportunités. Elles peuvent ensuite être labellisées.

Tous les employés ne peuvent toutefois venir à vélo…

Non. Nous estimons que la limite est de 30 minutes pour les vélos musculaires et de 45 minutes pour les vélos à assistance électrique. Soit un trajet de 10 à 15 km. Le potentiel de développement reste toutefois énorme. Surtout par exemple dans le secteur hospitalier ou les administrations publiques. Le personnel habite souvent à proximité de son lieu de travail.

La problématique des infrastructures reste rédhibitoire ?

Clairement. L’impact est énorme. Je suis certaine que l’aménagement des cyclostrades va révolutionner les déplacements en vélo pour les entreprises. Et le Brabant wallon sera très bien doté en la matière. Il faut s’en réjouir.

Quel regard portez-vous sur le concept de NPoW ?

Très positif. Les tracés des RAVels sont méconnus et il est intéressant de proposer une offre économique le long de ceux-ci : des petites entreprises, des bureaux, des espaces de coworking et pourquoi pas des commerces de proximité. Réfléchir en amont à l’accessibilité est en tout cas idéal, d’autant que les entreprises sont demandeuses. Qui plus est avec des accès sécurisés comme les RAVeL.

Pour aller plus loin

La Maison de l’urbanisme organisera dans les prochaines semaines des séances d’information sur le concept NPow à destination des communes et de leurs commissions communales consultatives. 

S’appuyant sur des projets réalisés, en cours ou à développer dans différents contextes territoriaux du Brabant wallon, nous identifierons des potentiels de développement des NPow, les plus-values qu’il peuvent apporter ou encore les conditions de mise en oeuvre. 

Une séance est prévue à Genappe, à Court St Etienne et à Jodoigne.