Comment décarboner  le Brabant wallon

Comment décarboner  le Brabant wallon

Le chemin qui mènera à la décarbonation du Brabant wallon s’annonce complexe. Il passera par une réduction des besoins en énergie, une rénovation de l’habitat, une mobilité plus durable ou encore une nouvelle façon d’aménager le territoire. Des grands objectifs à traduire maintenant dans les actions du quotidien.

Texte : Xavier Attout - Photos : Karno et D.R.

rénovation climat énergie

Le chemin qui mènera à la décarbonation du Brabant wallon s’annonce complexe. Il passera par une réduction des besoins en énergie, une rénovation de l’habitat, une mobilité plus durable ou encore une nouvelle façon d’aménager le territoire. Des grands objectifs à traduire maintenant dans les actions du quotidien.

Texte : Xavier Attout - Photos : Karno et D.R.

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De quoi parle-t-on quand on évoque la décarbonation d’un territoire ? Il s’agit en fait de l’ensemble des mesures qui permettent de réduire son empreinte carbone, soit ses émissions de gaz à effet de serre, afin de limiter l’impact sur le climat. Cela passe notamment par une limitation du recours aux énergies fossiles (charbon, gaz naturel ou pétrole), une diminution des besoins en énergie et une transition vers des énergies renouvelables. En Brabant wallon, un travail est déjà lancé en la matière à différentes échelles. Communes et Province disposent de stratégies. La Wallonie fixe également des objectifs. Et l’intercommunale in BW en a fait un de ses axes prioritaires. « Il s’agit d’un vaste défi auquel il faut répondre dès aujourd’hui, lance Benoit Parmentier, directeur de la transition numérique et durable chez in BW. Heureusement, des pistes sont déjà lancées en matière de rénovation du bâti, d’amélioration des performances énergétiques, de mise en place de sources renouvelables d’énergie ou encore de transition vers une mobilité durable. » Comment donc agir à l’échelle d’un territoire comme le Brabant wallon ? Tour d’horizon des actions mises en place et à mettre en place.

1. Réduire sa dépendance énergétique

Pour sortir des énergies fossiles, il faut donc modifier ses sources d’approvisionnement en favorisant l’autoconsommation d’énergies renouvelables tout en réduisant ses besoins. Des évolutions dans la manière de chauffer son logement seront obligatoires. Cela passera notamment par les pompes à chaleur mais aussi par la valorisation de la chaleur fatale (ou chaleur perdue) dans l’industrie ou encore par l’énergie solaire partagée via des Communautés d’énergies renouvelables. Dans ce cadre, la mise en place de réseaux de chaleur semble constituer une alternative intéressante (lire en page 8).

En Brabant wallon, si des particuliers agissent déjà à leur échelle (et plus rapidement que la moyenne wallonne), in BW a de son côté décidé de diversifier ses sources d’énergie et de donner l’exemple. Une unité de biométhisation devrait par exemple être construite sur le site de Virginal. « C’est en effet idéal car nous allons utiliser les déchets organiques issus de la collecte des déchets pour créer du biogaz permettant de générer de l’électricité et de la chaleur verte », lance Benoit Parmentier. En parallèle, une centrale biomasse devrait être construite dans la sablière de Mont- Saint-Guibert pour alimenter l’UCLouvain et d’autres en chauffage. Cette centrale permettra de mieux valoriser les déchets bois de classe B (issus notamment des recyparcs) et également de décarboner les déplacements vu qu’il ne faudra plus utiliser des dizaines de camions pour délocaliser ces déchets. Alors que le projet PIPER (Projets Industriels de Production d’Énergie Renouvelable), qui consiste à développer un hub de production d’énergies renouvelables sur les talus de la sablière de Mont-Saint-Guibert (8 ha), dont 6.000 MWh via des panneaux photovoltaïques, devrait commencer à produire de l’électricité verte mi-2027. « Cela contribuera à la décarbonation du Brabant wallon, fait remarquer Benoit Parmentier. Nous réfléchissons également à lancer des projets éoliens. L’objectif est aussi d’aider et soutenir les communes à mettre en place des projets car, souvent, elles ne disposent pas des ressources humaines et financières pour les développer seules. »

“La décarbonation du Brabant wallon est un vaste défi auquel il faut répondre dès aujourd’hui. Heureusement, des pistes sont déjà lancées en matière de rénovation du bâti, de mise en place de sources renouvelables d’énergie ou encore de transition vers une mobilité durable. »

Benoit Parmentier, directeur de la transition durable et numérique chez in BW

2. Accompagner les entreprises

La course à la décarbonation des entreprises est un autre enjeu majeur. La Wallonie l’a compris et a d’ailleurs sélectionné 19 entreprises qui pourront bénéficier d’aides financières permettant le « renforcement des investissements économiseurs d’énergie dans l’industrie et dans les chaînes de valeur liées à la transition ». En Brabant wallon, AGC Glass en fait notamment partie. « De notre côté, notre objectif est de donner l’exemple pour inspirer les entreprises qui sont installées dans nos parcs d’activités, relève Benoit Parmentier. Notre stratégie doit rayonner au-delà de notre propre champ d’action. » Ajoutons que trois parcs d’activités économiques (Nivelles-Nord, Nivelles-Sud et Louvain-la-Neuve) font partie du projet Zelda qui vise à créer des communautés d’énergies renouvelables pour que les entreprises de ces parcs puissent en bénéficier.

3. Revoir sa mobilité

Dans les territoires plus ruraux, comme on en connait en Brabant wallon, la décarbonation des moyens de transports est plus compliquée vu la large dépendance aux énergies fossiles. Les nouvelles stratégies d’aménagement du territoire déployées dans le Schéma de Développement du Territoire devraient permettre de contribuer, via la lutte contre l’étalement urbain, à réduire les émissions de CO2 de même qu’à favoriser une mobilité plus durable. Notamment en privilégiant les lieux bénéficiant d’une desserte de transports en commun et en renforçant le réseau de ces modes de transport.

Sur le plan des modes doux, la Province du Brabant wallon accompagne l’aménagement de cyclostrades pour favoriser la pratique du vélo. La Wallonie développe également un réseau cyclable structurant. Alors qu’un réseau de bornes de recharge pour véhicules électriques est en préparation. Sans oublier que la plupart des communes lancent leurs propres actions en faveur d’une mobilité partagée. Reste qu’il semble inévitable d’agir sur la fiscalité pour opérer des changements significatifs quant à l’usage de la voiture individuelle.

4. Accélérer la rénovation

La construction est le second plus important secteur à émettre des émissions de carbone. Révolutionner l’approche en la matière est donc essentiel. L’objectif du gouvernement wallon est d’atteindre la neutralité carbone de l’ensemble d’ici 2050. Le défi s’annonce immense. « Il faut tripler le rythme actuel des rénovations énergétiques, ce qui ne sera pas une mince affaire, tout en favorisant l’utilisation de matériaux durables », lance Hugues Kempeneers, directeur d’Embuild Wallonie.

Le Brabant wallon fait figure de bon élève de la classe wallonne puisque 41 % de ses logements possèdent un label PEB allant de A et C et 24 % allant de F à G, alors que les autres provinces wallonnes avoisinent les 34 %. Reste que le travail à effectuer est encore colossal. Dans ce cadre, in BW a également déposé un projet visant à soutenir les citoyens dans leur trajet de rénovation via le lancement d’un nouveau service de plateforme locale de rénovation énergétique. Reste que la durabilité des matériaux utilisés doit retenir autant l’attention que la performance énergétique atteinte en tant que telle.

5. Revoir les modèles agricoles

Selon le Centre wallon de recherches agronomiques, l’agriculture wallonne était responsable de 13 % des gaz à effet de serre en 2020. Un peu moins de la moitié de ces émissions sont émises sous forme de méthane (45 %), une autre petite moitié sous forme de N2O (45 %) et les 10 % restants sous forme de CO2. La réduction envisagée pour le secteur agricole dans le Plan Air Climat Énergie 2030 est de 30 % des émissions par rapport à 2005. Ce qui semble possible, selon les observateurs du secteur. Par ailleurs, la relocalisation de la production alimentaire est une autre clé de la décarbonation. D’où le lancement du projet « Sur le champ » par in BW, qui vise à créer un écosystème de relocalisation alimentaire durable au coeur du Brabant wallon et les diverses actions menées par les GAL (Groupe d’Action Locale) pour une consommation alimentaire plus responsable

DES RÉSEAUX DE CHALEUR À NIVELLES

Deux réseaux de chaleur zéro carbone vont être implantés dans les prochains mois dans les parcs d’activités de Nivelles-Nord et Nivelles-Sud. C’est une première en Brabant wallon. Pour rappel, un réseau de chaleur est un ensemble de conduites d’eau qui acheminent de la chaleur directement depuis un centre de production de chaleur jusqu’aux consommateurs. Pour Nivelles-Nord, l’idée est de récupérer la chaleur fatale excédentaire produite pour les industries locales, de compléter cette source d’énergie par un système de géothermie et d’ensuite la redistribuer dans le réseau. Le point de départ sera un futur quartier résidentiel (216 logements) et desservira ensuite des bureaux, des bâtiments industriels et éventuellement le futur hôpital de Nivelles. « Dans un second temps, projet après projet, tout le territoire nivellois sera quadrillé par ces réseaux enfin interconnectés », espère Grégory Meys, CEO de Karno, qui développe des réseaux de chaleur et fait office de pionnier wallon.

Interview

« Les communes doivent agir à leur échelle »

Marianne Duquesne, experte Énergie à l’Union des Villes et Communes de Wallonie

énergie UVCW

 

Les communes disposent-elles d’une feuille de route pour tendre vers la neutralité carbone ?

Des initiatives sont prises en tout cas. Il y a environ 200 communes wallonnes qui se sont engagées dans la Convention des Maires, une initiative de la Commission européenne lancée en 2008. L’objectif est toutefois de tenter d’aller au-delà des objectifs européens en matière de réduction de la consommation d’énergie et de gaz à effet de serre et d’augmenter la production d’énergie à partir de sources renouvelables. La Wallonie a incité les communes à entrer dans le processus en finançant un coordinateur POLLEC pour trois ans.

Sur quelles priorités les communes doivent-elles agir aujourd’hui ?

Les actions de sensibilisation doivent être multiples. Il faut agir sur la rénovation du bâti privé, du bâti tertiaire et de leur propre parc immobilier. Des actions en matière d’aménagement du territoire doivent aussi être déployées, avec une meilleure concentration de l’habitat, tout comme des actions permettant le développement des énergies renouvelables. Enfin, il faut encourager les agriculteurs à mettre en place des pratiques qui diminuent les émissions de CO2.

Ces communes restent toutefois tributaires des finances et stratégies régionales ou européennes…

Oui, tout à fait. Mais elles ont aussi une liberté d’action. Elles peuvent octroyer des primes complémentaires aux primes régionales. L’objectif est de réduire les gaz à effet de serre sur l’ensemble du territoire, qu’importe les moyens. Tout le monde doit donc s’y mettre. D’autres acteurs agissent également, à leur échelle, comme les agences de développement local (NDLR : in BW) ou les GAL (ndlr : Groupe d’action locale). Ils peuvent inciter à la mobilité douce, prendre à charge des rénovations de bâtiment ou encore lancer des projets de végétalisation des espaces publics.