Louvain-la-Neuve : cinquante ans, et après ?

Louvain-la-Neuve : cinquante ans, et après ?

1971-2021 : 50 ans après la pose d’une première pierre au milieu des champs, Louvain-la-Neuve est devenue une référence sur le plan urbanistique. Comme prévu initialement, la cité universitaire s’est transformée en ville ces dernières années. Si elle concentre les atouts et les équipements, l’ambition est dorénavant de faire grimper sa population qui ne compte que 11 000 habitants. Près de 3 000 logements sont dans les cartons.

Texte et photo : Xavier Attout

1971-2021 : 50 ans après la pose d’une première pierre au milieu des champs, Louvain-la-Neuve est devenue une référence sur le plan urbanistique. Comme prévu initialement, la cité universitaire s’est transformée en ville ces dernières années. Si elle concentre les atouts et les équipements, l’ambition est dorénavant de faire grimper sa population qui ne compte que 11 000 habitants. Près de 3 000 logements sont dans les cartons.

Texte et photo : Xavier Attout

Partage

Share on facebook
Share on linkedin

Sur le plan urbanistique, la réussite est indéniable. Louvain-la-Neuve est aujourd’hui le pôle central du Brabant wallon, comme c’était prévu dans ses plans originels. Une success story qui concentre les atouts : la science, la recherche, la culture, le sport, l’enseignement, l’emploi, le commerce. Et dont le demi-siècle de la pose de sa première pierre célébré le 2 février dernier n’est qu’un rappel de la rapidité de son développement. Tout n’est bien évidemment pas rose dans cette ascension. Louvain-la-Neuve, c’est aussi des prix de l’immobilier qui explosent, des embouteillages importants aux heures de pointe et une population peu diversifiée (très classe moyenne et bien éduquée). Reste que, si beaucoup a déjà été écrit sur cette ville, son développement futur s’écrit encore en pointillé. « L’un des principaux enjeux sera d’augmenter le nombre d’habitants, explique Nicolas Cordier, responsable du développement urbain et régional de l’UCLouvain. On en dénombre près de 11 000 aujourd’hui (ndlr : en baisse même) pour 50 000 personnes qui y étudient et travaillent. C’est bien trop peu par rapport aux équipements dont elle dispose. Il faut faire profiter Louvain-la- Neuve à plus de monde. » Et Jean-Luc Roland, un des principaux acteurs de son développement ces vingt dernières années via sa fonction de bourgmestre d’Ottignies-Louvain-la-Neuve, d’étendre le propos : « C’est une évidence. 11 000 habitants, cela correspond à la population d’un gros village. » Près de 3 000 logements sont en tout cas planifiés dans la prochaine décennie (voir tableau). Ce qui devrait amener 6 000 à 8000 habitants supplémentaires.

Relancer la machine. Le développement de Louvain-la-Neuve s’est surtout accéléré ces vingt dernières années. Après des années à vivoter. « L’arrivée des cinémas, du musée Hergé et de l’Esplanade (2005) ont été les éléments déclencheurs, précise Jean-Luc Roland. Avant cela, plus rien ne bougeait. L’UCLouvain songeait d’ailleurs à ne plus étendre la dalle. Tout s’est emballé ensuite. » Et Nicolas Cordier d’ajouter : « Il est intéressant de relever que, à cette époque, une des raisons de la stagnation du développement urbain était lié au financement des projets sur la dalle. Alors qu’aujourd’hui, vu la pression foncière, c’est essentiellement dû aux procédures urbanistiques. Ce sont des problèmes plus difficiles à surmonter que des questions de financement. »

Maintenir l’exigence. Louvain-la-Neuve a aujourd’hui pris son envol. Elle entame un nouveau chapitre de son histoire, à savoir finaliser le développement d’une ville qui est un modèle urbanistique. « Il sera important de garder un haut degré d’ambition dans nos projets, précise Nicolas Cordier. Si dans dix ans, le futur quartier Athéna-Lauzelle n’est pas labellisé comme un quartier modèle au niveau européen, nous aurons raté le coche. L’université doit tendre vers l’exemplarité. Et ce quartier doit être un modèle du genre sur le plan de la mobilité, de l’énergie, des modes d’habitat, de la dématérialisation du foncier ou encore de l’architecture. Il doit être construit pour 2030 et non par rapport aux enjeux actuels. Il est aussi surtout capital de mieux réguler dès le départ le prix de vente des terrains et la plus-value qui s’en suit. Cela n’a pas été fait auparavant. Il serait intéressant que cela ne se reproduise plus. Une maison qui a couté 250 000 euros à la construction et qui grimpe à 500 000 euros dès que la clé est mise dans la porte, ce n’est plus possible. » Fini en effet de mettre des terrains à bâtir à disposition en dessous des prix du marché et sans autre critère de sélection que « premier arrivé, premier servi ».

“L’un des principaux enjeux sera d’augmenter le nombre d’habitants. On en dénombre près de 11 000 aujourd’hui. Il faut faire profiter Louvain-la-Neuve à plus de monde.” Nicolas Cordier, directeur de l’Inesu

Les enjeux. « Les deux zones les plus essentielles à développer sont les extrémités de Louvain-la-Neuve, explique Jean-Luc Roland. Qu’allons-nous développer sur le terrain situé entre la N25 et la E411, à la sortie 8A ? Il s’agit d’un des terrains les mieux situés de Belgique, entre la gare et l’autoroute, avec 3000 places de parking juste à côté. Un Forest National bis avait été imaginé il y a quelques années. Les cliniques Saint-Pierre avaient également songé s’y implanter. Je pense qu’il s’agit d’un endroit sensible, où un geste architectural serait bienvenu. Tout comme il sera important de réussir l’aménagement de la gare, ce qui permettra de relier le quartier Courbevoie à la ville. L’autre enjeu, c’est le site situé entre l’Aula Magna et le lac. Un projet résidentiel y est prévu. Réussir cet aménagement sera essentiel pour créer une liaison conviviale avec le lac. » Pour le premier, un SOL (Schéma d’Orientation Local) est à l’étude. « Le développement du parc scientifique est une des priorités, relève Nicolas Cordier. Il reste actuellement seulement quelques hectares pour les entreprises alors que les besoins sont criants. Il est donc nécessaire de développer cette ZACC (Zone d’Aménagement Communal Concertée) pour les entreprises. Créer un volet multimodalité à l’entrée de Louvain-la-Neuve est une option. Pour le reste, aucune décision n’est prise. » Notons qu’il reste encore quelques terrains très intéressants pour développer du tertiaire (au bout de Courbevoie le long de la N25 et à proximité du rond-point Oh’Green notamment).de Belgique, entre la gare et l’autoroute, avec 3000 places de parking juste à côté. Un Forest National bis avait été imaginé il y a quelques années. Les cliniques Saint-Pierre avaient également songé s’y implanter. Je pense qu’il s’agit d’un endroit sensible, où un geste architectural serait bienvenu. Tout comme il sera important de réussir l’aménagement de la gare, ce qui permettra de relier le quartier Courbevoie à la ville. L’autre enjeu, c’est le site situé entre l’Aula Magna et le lac. Un projet résidentiel y est prévu. Réussir cet aménagement sera essentiel pour créer une liaison conviviale avec le lac. » Pour le premier, un SOL (Schéma d’Orientation Local) est à l’étude. « Le développement du parc scientifique est une des priorités, relève Nicolas Cordier. Il reste actuellement seulement quelques hectares pour les entreprises alors que les besoins sont criants. Il est donc nécessaire de développer cette ZACC (Zone d’Aménagement Communal Concertée) pour les entreprises. Créer un volet multimodalité à l’entrée de Louvain-la-Neuve est une option. Pour le reste, aucune décision n’est prise. » Notons qu’il reste encore quelques terrains très intéressants pour développer du tertiaire (au bout de Courbevoie le long de la N25 et à proximité du rond-point Oh’Green notamment).

Mobilité. Si la piétonisation de Louvain-la- Neuve est un de ses atouts, l’accès au centre-ville reste très dépendant de la voiture et de ses nombreux parkings. Rejoindre le parc scientifique ne se fait pratiquement que via l’automobile. Alors que les embouteillages sont légion aux heures de pointe. « La mobilité pour accéder à Louvain-la-Neuve n’est pas un problème, tempère Nicolas Cordier. Les automobilistes ne perdent que 5 à 10 minutes le matin et le soir. Des travaux routiers sont prévus au croisement de la N25 et de la N4 de même qu’à hauteur de la sortie 8A. La situation va donc s’améliorer, d’autant que les modes doux vont également être favorisés. L’accessibilité est d’ailleurs une des principales raisons pour lesquelles les entreprises quittent Bruxelles pour Louvain-la-Neuve. »

Rénovation. Ce devrait être l’un des enjeux majeurs des prochaines années. Le parc de logement vieillit, de même que celui des bâtiments universitaires. Certains sont loin d’être aux normes énergétiques actuelles. Reste que ce renouvellement du bâti s’annonce long. « Les premiers logements situés dans le quartier Bruyère sont de qualité moyenne mais d’autres sont de bonne qualité, fait remarquer Jean-Luc Roland. C’est très inégal. Un des vrais enjeux urbanistiques sera de réfléchir à la manière dont on peut isoler par l’extérieur en parvenant à garder l’aspect brique qui fait partie de l’identité architecturale locale. Ce sont ces détails qui peuvent changer l’image d’une ville. » Nicolas Cordier est, de son côté, moins inquiet par l’ampleur de ce chantier de rénovation. « La rénovation va se faire au fur et à mesure des années. Mais il y aura très peu de démolitions. La vraie difficulté est liée à la valeur locative de tous ces biens : elle est très élevée, même s’il y a des cafards et que le bâtiment est mal isolé. Tout se loue, ce qui ne pousse pas un propriétaire à investir. Il faudrait donc qu’il y ait de gros problèmes de stabilité pour démolir et reconstruire. Cet enjeu concernera les immeubles collectifs mais moins les logements individuels. Dans dix ou vingt ans, on réfléchira à démolir certains immeubles mais pas encore aujourd’hui. »