« Ces maisons, c’est une formule win-win »
Un deal original. Une promotion immobilière de huit maisons, dont deux rétrocédées à la fabrique d’église en échange du terrain. Une formule qui a permis de débloquer un dossier vieux de trente ans. Un modèle qui pourrait surtout être reproductible pour valoriser du foncier public.
Texte et photo : Xavier Attout
Partage
Le terrain fait des envieux depuis plus de 35 ans. Une prairie de 3,5 hectares située à quelques encablures du centre de Lasne, coincée entre l’école Sainte-Lutgarde et une première rangée de maisons alignées le long de la route de l’État. Une demi-douzaine de promoteurs se sont cassé les dents pour tenter d’urbaniser cette parcelle appartenant via un bail emphytéotique à l’école voisine. Les premiers refus datent déjà de l’ère Thierry Rotthier, bourgmestre de Lasne de 1970 à 2000… Jusqu’à l’arrivée, il y a deux ans, d’un développeur immobilier atypique – ne l’appelez pas promoteur, il déteste cela : Éric Goditiabois, associé à Luc Regout et Anne-Catherine Steininger, a mis sur la table un projet d’urbanisation plus modéré, combiné à une formule win-win plutôt originale. « Les précédents projets envisageaient la construction d’une quinzaine de maisons, se souvient-il. Nous sommes arrivés avec des ambitions plus mesurées : huit maisons, soit quatre ensembles de deux maisons, un accent mis sur des espaces publics de qualité, une intégration architecturale et paysagère de même qu’une sécurisation du cheminement suivi par les écoliers pour rejoindre l’école voisine. Mais, surtout, le point innovant était l’idée de rétrocéder deux maisons à la fabrique d’église (ndlr : pouvoir organisateur de l’école) en échange du terrain. Tout le monde sortait gagnant avec cette formule : la fabrique d’église qui pouvait valoriser son terrain, l’école qui pouvait bénéficier d’un revenu récurrent via les deux loyers, la commune qui solutionnait la problématique de cette zone via une urbanisation réfléchie et nous qui pouvions développer notre projet. »
Une formule reproductible à d’autres terrains
La fabrique d’église locale, ouverte à cette formule, a été quelque peu poussée dans le dos par le vicariat du Brabant wallon. Laurent Temmerman, responsable du temporel pour le Vicariat du Brabant wallon, ayant désormais comme volonté d’encourager les fabriques à valoriser leur patrimoine foncier et immobilier. « Les discussions ont été nombreuses mais nous sommes très heureux d’être arrivés à un accord, lance Alain Gillis, président de la fabrique d’église de Lasne. Les finances d’une fabrique d’église ne sont plus ce qu’elles étaient par le passé. Il est donc nécessaire de trouver d’autres sources de revenus. Dans ce cas-ci, nous avons désormais deux actifs immobiliers supplémentaires mais surtout deux loyers qui rentreront chaque mois. La majeure partie des loyers sera versée à l’école voisine, qui pourra de cette manière bénéficier d’un subside récurrent pour développer ses activités. Ce qui est une très bonne chose vu le contexte financier de toutes les écoles. »
Élément intéressant, le formule est surtout reproductible dans de nombreuses situations. « J’ai déjà été contacté par plusieurs directeurs d’écoles catholiques et par des fabriques d’église qui sont très intéressés à l’idée de valoriser leur patrimoine foncier via cette formule, explique Éric Goditiabois. Il s’agit d’une belle histoire qui permet de valoriser des terrains situés à proximité de centres ruraux ou urbains tout en permettant à l’Église de valoriser son patrimoine. »
Dans la lignée de Jodoigne et Court-Saint-Étienne
Éric Goditiabois n’est plus vraiment un inconnu en Brabant wallon. Ses derniers projets ont marqué les esprits, que ce soit avec l’ensemble de maisons construites au Hameau de la Gette, à Jodoigne, où un bâti de qualité et des espaces publics réfléchis ont reçu les félicitations du fonctionnaire délégué de l’époque. Ou encore dans le cadre de la réhabilitation en appartements de l’ancienne école de Court-Saint-Étienne, là où d’autres promoteurs voulaient démolir l’édifice. « Notre objectif reste de proposer du « beau », bien loin par exemple des façades en crépi blanc que nous voyons partout, lance le développeur présent en Brabant wallon et à Namur. Nous essayons d’aller à contrecourant du marché car nous estimons qu’il y a une demande pour ce type de biens. Notre choix est d’utiliser des matériaux de qualité qui résistent au temps même si notre marge de rentabilité est plus faible. C’est notre différence par rapport aux gros promoteurs. Trop de promotions immobilières se contentent aujourd’hui du minimum. Cette volonté de s’inscrire dans la durée est une forme de développement durable. D’ailleurs, cela se ressent aussi sur le terrain : nous n’avons eu aucune opposition lors de l’enquête publique. Et c’est comme cela presque à chaque fois. »
Dans le projet lasnois, l’architecture respecte l’ADN local (Architecte Ryelandt), avec des maisons en briques blanches et un toit en pente (de huit ares chacune). Une placette a été aménagée au centre de ce petit ensemble dont la rue (qui sera privée) a été baptisée clos Sainte-Lutgarde. Un sentier a été aménagé pour faciliter et sécuriser le déplacement des écoliers vers l’école. Toutes les maisons – trois chambres – seront à louer. « Nous n’avons pas encore défini le profil des locataires qui habiteront dans nos maisons, fait remarquer Alain Gillis. Vu la proximité de l’école, favoriser des familles de Lasne semble indiqué. Le montant du loyer devra aussi permettre à ces familles de s’inscrire dans la durée.”
A lire également
Louvain-la-Neuve, capitale belge du parkour
Comment une cité universitaire sortie de terre dans les années 1970 est-elle devenue le terrain de jeu privilégié des Yamakasi belges ? Espace-vie a remonté le temps pour décrypter un usage de l’espace public que les pères fondateurs de Louvain-la-Neuve n’avaient pas imaginé et qui gagnerait à inspirer les urbanistes de demain.
Une rivière coule dans mon jardin
En Brabant wallon, des milliers de particuliers vivent au bord d’un cours d’eau. Un décor bucolique qui n’en est pas moins très réglementé. Face à la menace des crues et aux exigences du Code wallon de l’Eau, ces riverains, propriétaires des berges et du lit, ont des droits mais, surtout, des devoirs.
Les jardins au secours de la biodiversité
Face au développement urbanistique et à la fragmentation des espaces naturels, la Province et ses 27 communes sonnent la mobilisation générale. Et si la restauration du maillage vert brabançon se tramait de notre côté de la haie ? Conseils pratiques et décryptage avec l’ASBL Adalia 2.0.
De Waterloo à Mélin, sur les traces des châteaux d’eau
Aussi massifs qu’invisibilisés, les châteaux d’eau font partie du paysage brabançon depuis plus d’un siècle. Une cinquantaine d’entre eux jalonnent la province. Un patrimoine que deux passionnés originaires de l’ouest du Brabant wallon se sont mis au défi de référencer et de photographier.
Télétravailler au jardin
Depuis le Covid et l’essor du télétravail, un concept nouveau rencontre un certain succès : le bureau de jardin. Faisant office d’alternative à une extension pour qui n’a pas d’espace de travail à la maison, ce type de construction bénéficie d’une exonération de permis d’urbanisme sous conditions.
La ruralité se réinvente à l’est
La quatrième étape du cycle de visites « Sillonner le Brabant wallon » s’est intéressée aux territoires de l’Est du Brabant wallon en posant la question de la ruralité et de la façon dont elle se réinvente. Découverte d’un territoire qui cultive les initiatives.
