Quelques planches, un piètement, des vis, et vous avez un banc. L’objet peut-être le plus commun de nos places et de nos rues. Pourtant, il représente plus qu’un simple mobilier pour habiller les espaces publics. Tour à tour activateur de liens, révélateur d’inclusion, facteur de santé, objet ludique, marqueur territorial, le banc raconte nos lieux de vie.
Texte et photos : Bénédicte Dawance
Quelques planches, un piètement, des vis, et vous avez un banc. L’objet peut-être le plus commun de nos places et de nos rues. Pourtant, il représente plus qu’un simple mobilier pour habiller les espaces publics. Tour à tour activateur de liens, révélateur d’inclusion, facteur de santé, objet ludique, marqueur territorial, le banc raconte nos lieux de vie.
Texte et photos : Bénédicte Dawance
Ceci n'est pas un banc
26/08/2025
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Juillet 2025, quelques jeunes, micro à la main, questionnent des résidents au cœur d’Ottignies. « Est-ce que vous vous asseyez souvent sur les bancs publics ? », interroge l’une d’elles. La réponse est sans appel : « Non ». « Pourquoi ? » « Parce que je n’en vois pas assez. Il en faudrait beaucoup plus », s’empresse de répondre l’octogénaire. À la question « Où faudrait-il en mettre ? », la réponse est balbutiante. La voisine complète : « Là, ils ne veulent plus en mettre ». Cette conversation pourrait être tirée d’une quelconque discussion, tant le banc, aussi anodin soit-il, fait parler de lui. « Il en manque, ils sont dégradés… on en vole même ! Regardez à quoi il ressemble celui-là ! » Ou encore : « On ne sait même pas s’asseoir sur celui-ci ! ».
Menée par l’AMO la Chaloupe et coorganisée avec la Maison de l’urbanisme du Brabant wallon, l’animation réunissant les jeunes avait pour emblème, le banc. Avec, au départ, la volonté de créer et construire cet objet. Chemin faisant, la réflexion a évolué sur la fonctionnalité, la localisation et la symbolique de l’objet. Les deux partenaires à la manœuvre ont cherché à décoder ce qui se cache sous ces planches pour comprendre ce que le banc raconte de nos usages et représentations de l’espace public. Et ce qu’il ne dit pas toujours, mais devrait exprimer.
S’asseoir… pourquoi ?
Le but premier du banc ? S’y asseoir pour se reposer. C’est la réponse la plus évidente. Si l’on observe un peu plus la diversité des usages, on ouvre les yeux sur un panel bien plus large : s’asseoir pour lire, pour attendre un rendez-vous, pour discuter, pour rêver, pour manger, pour faire une pause avant de repartir, pour prendre un bain de soleil. Pour d’autres, ce sera pour siester ou dormir. Le banc est à la fois lieu d’échanges et d’intimité.
Le banc est associé à la fonction de séjour et de déplacement piéton de l’espace public. Ces fonctions essentielles se déclinent au gré des besoins, des parcours, des activités qui animent le lieu. Il devient lui-même un activateur de lieu. Au droit d’une place, le banc sera l’objet tout à la fois de retrouvailles, de jeux, voire de pique-nique. Il peut devenir monument et marquer une empreinte artistique qui fixera pour un temps son identité. Il n’est jamais innocent. Le banc est toujours fondateur dans la composition d’un espace public.
Situé à un endroit de passage, le banc sera synonyme de pause dans le parcours. Un maillage d’espaces publics conçu en prévoyant un point d’assise tous les 200 à 300 mètres invite les moins mobiles d’entre nous à retrouver la possibilité de marcher. Ce pas de 300 mètres doit devenir un réflexe pour les aménageurs et les services techniques de nos communes. Un réseau de bancs peut pousser des personnes plus âgées à sortir de chez elles, à déambuler et à prendre part à l’espace public. Faut-il encore qu’elles puissent s’y asseoir confortablement. Le banc est donc facteur d’inclusion, de citoyenneté et de santé.
S’asseoir, oui… mais où ?
Des bancs implantés là où personne ne voudrait s’asseoir : on en a tous déjà remarqués. Il n’est pas question de venir poser un banc au gré d’un vide que l’on voudrait combler, un peu au hasard. Le banc fuit le lieu aseptisé.
Le banc dans l’espace public se pense et se vit comme une expérience située. Donc, éminemment dépendante du contexte, de l’ambiance recherchée et de la sécurité à assurer. Allons plus loin : ce sont les conditions du lieu qui guident le choix de la mise en place d’un banc public. Et avec elles, les dispositifs environnementaux pour rendre le lieu confortable : ombrage, fraicheur, abri, vues, couleurs et senteurs agréables. Les conditions de sécurité – voir et être vu – seront aussi prépondérantes dans le choix de localisation du banc, donc dans le dessin de l’espace public.
Il y a les lieux dédiés, puis, il y a ces lieux étonnants où une assise s’invite. Parmi eux, les devants-de-porte. Autrefois, il était courant de placer un banc sur le seuil de la porte. Un espace où se tisse la convivialité du voisinage. Aujourd’hui, ces assises, si elles existent, prennent des allures plus subtiles, parfois là où on ne s’y attend pas.
Enfin, on ne peut omettre de citer cette distinction entre banc public et assises privées, et soulever la concurrence qui peut régner, mettant à mal le principe de gratuité de l’espace public, principe fondateur dont sont garants les aménageurs et autorités locales.
Le banc est toujours fondateur dans la composition d’un espace public.
S’asseoir, oui… mais comment ?
Ici, un banc-transat pour profiter du calme et de la fraicheur d’un arbre, là un banc-debout pour attendre le bus et, plus loin, un banc tout en longueur pour accueillir la foule réunie les jours de marché et autres évènements. Ailleurs encore, ce sera un banc assimilé à une table de pique-nique ou à un plateau de jeu d’échecs. Formes et fonctions du banc – en un mot, son design – se déclinent avec une grande diversité dont le secteur artistique s’empare pour explorer de nouvelles formes, déployer les corps et répondre aux usages dits « détournés ». Dans cette nouvelle optique, s’asseoir sur le dossier d’un banc ou user son skate sur la tranche est admis, tandis qu’inventer d’autres mouvements est encouragé. L’espace public devient exploration. À titre d’exemple, le mobilier du designer danois Jeppe Hein – aussi nommé bancs sociaux – explore les formes et les positions multiples et improbables.
Ces expériences démontrent tout le potentiel social, créatif et identitaire d’un banc. On le voit, le champ des possibles est large. Le banc est bien plus que quelques planches, un piètement et des vis. Observer, récolter les avis, les histoires autour d’un banc pour décoder les usages et les besoins, c‘est comprendre et façonner nos espaces publics. Les démarches participatives sont salutaires pour rentrer dans cette finesse et cette poétique.
Des démarches citoyennes
En avril et mai derniers, l’intercommunale InBW a lancé la campagne “Databusters Challenge”, un appel aux citoyens pour recenser, entre autres, les bancs dans leur commune. Quelque 400 bancs ont été cartographiés. La plupart sont en bon état.
Depuis plusieurs mois, des habitants de Louvain-la-Neuve s’attèlent à répertorier les bancs dans leur quartier. L’objectif : connaitre la situation, déceler les manques et violations, et relayer les besoins aux gestionnaires communaux. Un travail d’enquêteurs au bénéfice de tous.
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