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Brabant wallon, un ou multiple ?

On pourrait le décrire en quelques mots forcément réducteurs : rural dans l’Est, dense et économique au centre, fragilisé et plus industriel à l’Ouest… Le Brabant wallon est loin d’offrir sous ces quelques traits un portrait homogène et, existerait-il, tous les Brabançons ne s’y reconnaitraient pas nécessairement.

Texte : Caroline Dunski – Photo : www.montgolfiere.be

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Pour l’historien Benoit Goffin, « la question des identités territoriales est vaste, mais très intéressante. Globalement, il ne faudrait pas réduire le débat à la question de la néo-ruralisation initiée au début des années 1970 (ndlr : avant même que le Brabant wallon naisse de la scission de la province unitaire en 1995). Géographiquement, économiquement, sociologiquement, et donc territorialement parlant, le Brabant wallon est très hétérogène. Tubize et Clabecq n’ont rien à voir avec Incourt ou Jodoigne. Les identités sont historiquement multiples. Il faut bien entendu ajouter à cette dimension l’arrivée des néo-ruraux et la dissolution des identités préexistantes. »

Le sociologue et urbaniste Yves Hanin constate, quant à lui, qu’avec l’arrivée de nouveaux habitants, sur le socle industriel des communes de l’Ouest ou celui des grandes fermes abbatiales de l’Est, qui se sont orientées progressivement vers l’agriculture intensive, se sont greffées des strates successives, avec des populations qui voulaient se rapprocher de Bruxelles, mais aussi des populations étrangères non négligeables, qu’elles soient turques ou anglophones. Aujourd’hui cependant, « le Brabant wallon n’est plus seulement ‘dortoir’, mais il est aussi une région qui crée de la richesse en Wallonie, entre des plaines agricoles, des parcs d’affaires, des bois et des lieux de promenade… »

 

L’appartenance territoriale, un critère secondaire ?

Yves Hanin, estimant qu’il conviendrait de mener une enquête sur le sujet des éléments constitutifs d’une culture wallo-brabançonne, se dit convaincu que « l’appartenance territoriale n’est pas le critère premier d’identification des Brabançons wallons. On peut aisément poser comme hypothèse que les familles ancrées depuis plusieurs générations ont un attachement au territoire communal ou villageois, de même que parmi les jeunes des populations récentes, il y a peut-être un sentiment d’attachement au village ou à la commune, vu les réseaux tissés via l’école. Il y a une forme de culture qui s’installe autour de l’appartenance à des associations, comme les clubs sportifs, les associations de parents des écoles, les mouvements de jeunesse ou d’éducation permanente, les écoles de danse ou d’équitation… Le Brabant wallon est devenu une espèce de grand parc dont la montgolfière pourrait être le blason en ce sens qu’elle permet aux gens de se déplacer lentement et de prendre de la hauteur. Il y a un côté à la fois chic et sympa. On préfère ça aux ULM. »

 

Valoriser des traits d’identités communs

La population, les médias et les acteurs touristiques, culturels, politiques ou associatifs valorisent-ils des traits d’identités communs à tous les Brabançons wallons ? Quel intérêt les nouveaux habitants éprouvent pour les traditions locales d’un territoire où ils n’ont pas grandi ? S’identifient-ils à ces traditions ? Prennent-ils part, par exemple, aux marches et autres processions, aux confréries… ? « Cette question pose celle des motivations des nouveaux habitants, répond Benoit Goffin. Très souvent, celles-ci sont très pratiques : accessibilité, prix du terrain, quiétude, distance par rapport au lieu de travail. Sans vouloir caricaturer, ces nouveaux habitants viennent loger et n’habitent pas le lieu en question. Ils choisissent à la carte les caractéristiques qu’ils souhaitent prendre dans leur nouveau lieu de vie, sans vouloir adopter la globalité de celui-ci. Une intégration réussie passerait par une démarche faite de curiosité, d’intérêt, voire d’implication dans la culture locale, mais l’intérêt pour les traditions locales est souvent limité ou partiel. Les traditions locales ne doivent surtout pas interférer avec le confort ou le mode de vie des nouveaux habitants. À Chièvres, en Hainaut, de nouveaux habitants se sont opposés à la pratique du jeu de balle, source de ‘nuisances’. Cela a défrayé la chronique l’année dernière. Le village traditionnel s’est opposé aux nouveaux habitants. »

Il y a une forme de culture qui s’installe autour de l’appartenance à des associations, comme les clubs sportifs, les associations de parents des écoles, les mouvements de jeunesse ou d’éducation permanente, les écoles de danse ou d’équitation…

Yves Hanin

Quel rôle peuvent jouer les acteurs culturels, centres culturels et associations diverses, dans l’appropriation d’un territoire par ses habitants ? Peuvent-ils amener les habitants à s’insérer plus fortement dans le tissu local et favoriser ainsi le lien entre « anciens » et « nouveaux » habitants ? La jeunesse de la province de Brabant wallon est-elle un frein ou un levier à cette appropriation ? Constitue-t-elle l’absence d’un ancrage ou favorise-t-elle la liberté de s’inventer en créant, par exemple, de nouvelles traditions, telles que les fêtes sur les places de villages organisées à l’Est de la province pour recréer du lien entre les habitants, la parade « GRRRWW ! En avant le vivant ! » et le festival du même nom, qui mobilisent toutes les générations autour de la défense de la biodiversité à Ottignies, ou encore les nombreux parcours d’artistes qui favorisent la rencontre entre voisins.

Alimenter la conscience d’appartenance

Pour Yves Hanin, des instances publiques et parapubliques (comme les intercommunales ou le GAL Culturalité) peuvent être vectrices d’une culture wallo-brabançonne en suscitant des solidarités ou des stratégies autour d’enjeux propres à la province, mais les médias locaux, tels TV Com, les pages régionales des quotidiens ou encore certaines émissions de la RTBF et de médias privés, sont sans doute des relais plus actifs pour alimenter la conscience d’appartenance.

Des émissions peuvent créer une identité quand elles permettent aux gens de découvrir l’histoire de lieux par lesquels ils passent. Comme on l’a fait pendant des années, jusqu’il y a 10-15 ans, Pierre Thirion et moi, en faisant des balades à vélo à travers le Brabant wallon durant l’été.

Max Zimmermann

De son côté, Max Zimmermann, directeur de la télévision locale brabançonne, regrette le manque d’une fierté et d’un sentiment d’appartenance au Brabant wallon qui est surtout « une terre d’adoption ». Les émissions de TV Com pourraient-elle créer du lien entre les téléspectateurs et le territoire ? « Les JT qui traitent de l’actualité chaude et immédiate au jour le jour ne suscitent pas l’adhésion des gens. Un sujet sur Tubize n’intéresse pas les habitants de Jodoigne, sauf quand on parle de folklore, avec le Tour Sainte-Gertrude, par exemple, ou de culture, pour autant qu’elle ne soit pas élitiste. On créerait plus de lien en faisant plus de portraits et moins d’immédiateté. Des émissions peuvent créer une identité quand elles permettent aux gens de découvrir l’histoire de lieux par lesquels ils passent sans nécessairement les voir. Comme on l’a fait pendant des années, jusqu’il y a 10-15 ans, Pierre Thirion et moi, en faisant des balades à vélo à travers le Brabant wallon durant l’été. L’émission s’accompagnait d’un concours qui permettait de gagner un vélo. On posait des questions sur l’histoire, le patrimoine ou un évènement que l’on avait évoqué au cours de la promenade, pour susciter des réactions. Ça générait de l’adhésion. On me parle encore de cette émission. Il y a quelque temps, je me promenais au Lac de Genval et quelqu’un m’a interpellé en me disant mais vous n’êtes pas à vélo. »