Arènes du Territoire :  Voici les résultats pour le Brabant wallon

Arènes du Territoire :  Voici les résultats pour le Brabant wallon

Comme des poupées russes, le zéro artificialisation est multiple. À peine abordé, l’enjeu soulève une kyrielle d’autres enjeux : mobilité, économie, environnement, cohésion sociale, gouvernance, etc. L’un après l’autre, ils dévoilent la complexité de cet objectif régional, placé coeur des Arènes locales du Territoire. Des Arènes particulières qui ont permis, par le prisme de l’artificialisation, de s’approprier la question du devenir de nos territoires.

Texte : Karima Haoudy – Visuels : Michiel Hendrickx et Nina Pilon

Comme des poupées russes, le zéro artificialisation est multiple. À peine abordé, l’enjeu soulève une kyrielle d’autres enjeux : mobilité, économie, environnement, cohésion sociale, gouvernance, etc. L’un après l’autre, ils dévoilent la complexité de cet objectif régional, placé coeur des Arènes locales du Territoire. Des Arènes particulières qui ont permis, par le prisme de l’artificialisation, de s’approprier la question du devenir de nos territoires.

Texte : Karima Haoudy – Visuels : Michiel Hendrickx et Nina Pilon

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Bagarre autour de l’hectare ?

Pas de joutes légendaires, ni de féroces empoignades pour ces Arènes. Déçus seront ceux et celles qui s’attendaient à telle conflictualité. Les choses sont plus subtiles. Si les Arènes du Territoire ont permis de confronter des opinions divergentes autour de l’enjeu de l’artificialisation, elles ont surtout montré l’écart entre prise de conscience de l’enjeu et sa mise en pratique. Car si on est tous d’accord d’aller vers le zéro artificialisation, le chemin pour y arriver ne suscite pas de facto une unanime adhésion. C’est la diversité des acteurs, rassemblés au coeur des Arènes, qui a permis de rappeler ces nuances et d’apporter un foisonnement de propositions qui illustrent une kyrielle d’enjeux connexes, qui travaillent le territoire du Brabant wallon. Et ce, en vue de s’acheminer d’ici 2050 vers le zéro artificialisation. Un cheminement qui prendra encore du temps car la plupart des propositions émises ont été considérées comme appartenant encore à la phase expérimentale. Signe que pour atteindre le cap 2050 des mesures-phares seront nécessaires, pour transiter d’un modèle à un autre, tout en articulant des intérêts divergents.

Cap 2050 : quels chemins emprunter ?

Que retenir de ces Arènes ? Un foisonnement de propositions comme autant de chemins pour arriver au cap 2050. Celles-ci, fruit d’un consensus, gravitent autour de onze thématiques et mettent en relief des préoccupations singulières du Brabant wallon (vieillissement de la population, accessibilité économique au logement, mobilité durable, etc.). D’autres propositions ont semé des désaccords (cf. story-board). De ces onze propositions, nous vous en présentons cinq.

1. Définir outils et concepts

  • Les concepts de base : qu’entend-on par artificialisation ?
  • A-t-on tous la même représentation du concept ?
  • Les outils méthodologiques pour mesurer l’artificialisation les outils pour assurer une régulation de la pression foncière pour les formes d’habitats conventionnelles et alternatives
  • Une stratégie de communication subtile vers le large public qui compose avec la complexité de la mise en oeuvre du zéro artificialisation

2.  Adapter et fixer

  • Les outils d’organisation du territoire qui puissent à la fois garantir la permanence et le changement face à des priorités et/ou urgences
  • Le plan de secteur aux enjeux contemporains : parcimonie foncière, mobilité durable, etc.
  • Le système de compensations planologiques du plan de secteur
  • L’offre de logements en réponse aux enjeux de précarité et/ou paupérisation et du vieillissement de la population.

3. S’ouvrir aux alternatives et façonner un cadre adapté et attentif aux limites de celles-ci

  • En matière d’habitats (léger, partagé, etc.) : proposer un cadre adapté à la nature de cet habitat au service des enjeux du zéro artificialisation et de l’accessibilité économique au logement
  • En matière de déplacements et de nouveaux modes de travail (espaces partagés, etc)

4. Réduire l’empreinte écologique et les inégalités sociales spatiales : être attentif aux mirages des alternatives dites écologiques

  • Par la réutilisation du bâti et sa reconversion (un des chemins fréquemment empruntés lors des Arènes), répondre aux besoins d’un logement digne et économiquement accessible à ceux et celles qui sont touchés par la précarité et/ou la paupérisation
  • Tenir compte des impasses des alternatives dites écologiques (mirages du greenwashing)

5. Réutiliser, recycler, repriser : valoriser l’existant et former les acteurs et futurs acteurs de la fabrique du territoire

  • En matière de recyclage de logements : développer une discipline et une pratique de l’architecture modulable : filières de l’enseignement (universitaire, technique, etc.) et de la recherche, filières professionnelles (promoteurs, entrepreneurs, etc.)
  • En matière de recyclage de friches (anciennes et nouvelles)
  • Former aux perspectives d’une architecture/ urbanisme recyclables qui anticipent les évolutions d’usage

 

Pour bien comprendre : la définition de l’artificialisation

C’est le processus par lequel des surfaces sont retirées de leur état naturel, forestier ou agricole. L’artificalisation induit un changement irréversible dans l’utilisation du sol au profit de fonctions urbaines (habitat et activités corolaires : surfaces commerciales, services publics, commodités, espaces publics, infrastructures de transports, parkings, etc.).
Source : Réduisons l’artificialisation des sols en Wallonie, vade-mecum, CPDT, 2019

 

Pour aller plus loin

  • Pour recevoir le story-board qui relate de manière décalée le déroulement de nos Arènes locales (méthode, points d’accords, pierres d’achoppement, etc.), contactez-nous m.urbanisme@ccbw.be

Interview

Echos des Arènes : Sese Kabanyegeye, échevine de l’Urbanisme de Chaumont-Gistoux

« Au quotidien, des habitants nous déposent des dossiers sans tenir compte de l’artificialisation du sol. D’autres nous sollicitent car ils envisagent une nouvelle façon de se loger. Quelle devrait être la trame commune de notre cadre de vie ? Tendre vers le zéro artificialisation ? Et avec quels outils adéquats ? Se poser ces questions en tant qu’actrice politique, c’est surtout chercher des solutions. Pourquoi dès lors ne pas poursuivre la réflexion des Arènes, axées sur le partage d’idées d’acteurs de divers horizons, dans d’autres espaces de la société et avec les citoyens ? Pourquoi ne pas oser le changement ? Celui-ci pourrait passer par des outils de planologie mis à jour et par davantage de culture dans la sphère publique et privée pour découvrir, ressentir et approfondir les implications multiples de l’artificialisation du sol. Cela demande des budgets, certes, mais quels sont nos objectifs qui maillent la trame commune de notre cadre de vie? »

Echos des Arènes : Raphaël Magin, juriste, urbaniste et professeur de Droit de l’Aménagement du Territoire et de l’Urbanisme à la HELB Ilya Prigogine

 

 

 

 

 

« La démarche zéro artificialisation traduit l’urgence de mettre fin à une urbanisation effrénée du territoire, soutenue et légitimée par des plans d’affectations du sol peu à la hauteur des enjeux actuels. Manquant souvent de pertinence ou de bon sens (à considérer un aménagement durable du territoire), ces plans ou schémas (même parmi les plus récents d’entre eux) aboutissent quotidiennement à autant de permis ayant pour effets de dégrader encore la situation. Ces Arènes du Territoire étaient dès lors l’occasion, non seulement de remettre en avant les carences du cadre légal en vigueur, mais aussi de poser les jalons d’une dynamique d’ensemble devant nous permettre, dès que possible, de révolutionner nos manières de faire et de placer, enfin, au coeur de nos pratiques territoriales et urbanistiques, un souci premier de préservation, par exemple, à travers la fixation de critères de « pertinence territoriale ». Et ce, dès l’instruction des demandes de permis.»

Echos des Arènes : Jérôme Snappe, responsable du Service de développement territorial de la commune de Perwez

« Ce que je retiens de ces Arènes ? Principalement l’aspect transversal de la thématique : l’approche spatiale : quelle échelle territoriale est la plus appropriée ? ; l’approche juridique : quel outil planologique utiliser ? ; l’approche économique : le zéro artificialisation aura un impact sur la valeur foncière… comment trouver un équilibre ? ; l’approche démographique : comment arriver à répondre à la demande grandissante en logements tout en limitant les emprises des zones artificialisées ? ; l’approche technique : comment habiter autrement ?. Et enfin, l’approche pédagogique : quels et impacts sur les citoyens : comment expliquer à Monsieur Y que son terrain, bien que situé en zone urbanisable, ne peut plus être urbanisé ? Toutes ces questions ont mené à des débats très intéressants. Nous sommes tous d’accord sur l’importance de l’objectif mais un cadrage est nécessaire car la mise en pratique est encore bien floue. »

Echos des Arènes : Derek Bruggeman, chercheur à l’Institut de Gestion de l’Environnement et d’Aménagement du Territoire – ULB

« L’enjeu de l’artificialisation est central dans mon métier. Il influence les différentes dimensions de l’aménagement futur de notre territoire, dont la mobilité, la nature en ville et le paysage, sujets qui ont été abordés durant les Arènes. Cet enjeu cardinal nécessite un débat élargi. Le 0 artificialisation impactera les choix de vie (résidence, travail) de la population ainsi que les pratiques de nombreux secteurs (dont celui de la construction). Les mesures à prendre auront inévitablement des conséquences pour les propriétaires de parcelles situées en zones urbanisables et vont aussi, sans une dynamique de production de logements adaptés au sein des terres déjà artificialisées (mais pas forcément bâties), modifier les prix sur les marchés immobilier et locatif. Lors de ces Arènes, j’ai été surpris de voir, et ce, malgré la diversité d’acteurs, à quel point ceux-ci étaient en accord avec l’objectif d’arrêt de l’étalement urbain. Cela laisse entrevoir de réelles possibilités de concrétisation de l’objectif. D’un autre côté, les acteurs les plus réticents (propriétaires fonciers et ménages en recherche de logements) n’étaient pas présents, faute d’avoir des représentants. Des possibilités dégagées par ces Arènes mais du pain encore sur la planche… Il est crucial que les responsables politiques adoptent une vision à long terme dans leurs décisions et s’engagent parallèlement sur des objectifs précis à court terme. La sensibilisation de la population est aussi indispensable. Elle doit faire comprendre les enjeux associés à cet objectif (préservation des terres pour d’autres usages, réduction des déplacements motorisés, renforcement des liens sociaux, etc.) afin de faire accepter les désagréments à court et moyen termes (choix limités, proximité du voisinage, etc.).»