À Jodoigne, un habitat groupé innovant pour seniors
Un projet particulier d’habitat partagé accueillera ses premiers habitants d’ici la fin de l’année à Jodoigne. Le Béguinage des Sources propose 14 maisons à louer, entourées d’espaces communs, et ambitionne de réinventer le mode de vie des plus de 50 ans. Le tout dans un cadre de vie qui se veut convivial et collaboratif. Chaque locataire fera partie d’une coopérative, de quoi renforcer les échanges et le vivre ensemble.
Texte et photo : Xavier Attout
Partage
En cette fin d’automne, le soleil brille sur les quatorze petites maisons construites sur cet ancien terrain vague situé le long de la chaussée de Tirlemont, à la sortie de Jodoigne. L’heure est aux dernières finitions. Il ne reste plus que les abords et le potager collectif à aménager avant d’accueillir les locataires qui s’installeront au Béguinage des Sources, un habitat groupé imaginé par André Habay et Thierry Quertinmont. Deux Jodoignois avides de proposer une offre résidentielle innovante pour les plus de 50 ans. Elle doit notamment permettre de recréer du lien social et d’offrir un logement adapté aux besoins des seniors. Une expérience unique pour le moment mais qui pourrait en appeler d’autres tant elle semble répondre à une demande. « Nous voulions lancer un projet différent, utile, qui ait du sens, fait remarquer André Habay. Aucun de nous n’est issu du monde de la promotion immobilière. Mais nous souhaitions recréer un petit village pour ainés, avec un esprit collectif tourné vers le soutien et l’entraide. L’objectif est également d’offrir une alternative à l’appartement classique qui est souvent la seule solution envisagée pour ceux qui ne désirent pas ou ne peuvent rester dans leur maison avant de rejoindre la maison de repos. Beaucoup de personnes qui habitent dans une grande villa souhaitent éviter les charges d’entretien et surtout veulent rompre leur solitude. Nous leur proposons cela. »
Solidarité et coopérative
Dessinées par le bureau d’architectes Surleraux Jean-Pierre, les maisons en structure bois possèdent une superficie de 100 m2. Elles sont toutes similaires, permettant de vivre entièrement au rez-de-chaussée. Une spacieuse mezzanine est aménagée à l’étage. « Nous parlons de logements nordiques car nous nous sommes inspirés de ce qui se fait en matière de logement dans le nord de l’Europe, précise Thierry Quertinmont. Les logements locatifs, en poteaux-poutres, offrent du bois apparent, amenant ainsi un côté chaleureux. Ils ont été construits par une société belge et sont étudiés pour accueillir des personnes à mobilité réduite, ce qui laisse la possibilité aux habitants d’y mener une vie paisible et d’y rester le plus longtemps possible. L’entièreté du projet a été conçue pour minimiser les coûts énergétiques et les consommations d’eau. Toutes les charges seront centralisées. »
Les espaces extérieurs et le bâtiment commun seront gérés par les habitants eux-mêmes, en coopérative, pour augmenter les échanges entre voisins, la solidarité et s’ouvrir vers les personnes extérieures au projet. On y retrouvera, à l’étage, un appartement pour le concierge de même que, au rez-de-chaussée, une buanderie, une cuisine, une salle à manger et une salle de sport communes. « Pour faire vivre le béguinage, l’idée est de valoriser les compétences des habitants, de permettre qu’ils se sentent encore utile, lance André Habay. Des projets comme une école des devoirs pourraient par exemple être mis en place. Pour rester en bonne santé et mobile, il faut rester actif, partager des connaissances, partager des envies. On partagera aussi les machines à laver pour favoriser les échanges. L’objectif est de se dire que si on emménage dans le béguinage, c’est que l’on peut y rester de manière sereine le plus longtemps possible.”
1 300 euros de loyer, 50 000 euros pour la coopérative
Les maisons seront accessibles à partir de la fin du mois de novembre. La plupart des logements sont encore disponibles. Le loyer est fixé à 1 100 euros auquel il faut ajouter 200 euros de charges (communes et personnelles). De plus, chaque locataire devra acheter une des quatorze parts de la coopérative (50 000 euros), histoire d’acter sa participation au projet commun. Cette part, augmentée de l’inflation, pourra être récupérer par la société patrimoniale lors du départ du locataire. Précisons que les deux fondateurs resteront propriétaires de l’entièreté des murs via la société patrimoniale créée à cette occasion. La coopérative comprend de son côté les espaces partagés et les terrains. « Pour que le système perdure, il devait être envisagé via le mode locatif, pointe Thierry Quertinmont. Si un résident ne s’y sent pas bien, il peut se retirer. Mais l’idée est de créer une communauté solidaire qui partage les mêmes valeurs. »
Ce modèle de béguinage, qui navigue entre l’habitat groupé, la résidence services et la maison individuelle, ne rentre dans aucune case. Il pourrait toutefois être reproduit. « Nous pensons sincèrement que ce modèle novateur peut séduire beaucoup de seniors, estime Thierry Quertinmont. Et qu’il est possible de le reproduire ailleurs. Mais ce sera toutefois sans nous (sourire). Pour des questions financières et d’énergie. Un projet comme celui-là est particulièrement chronophage. Par contre, je pense qu’il doit inspirer les pouvoirs publics. »
A lire également
Louvain-la-Neuve, capitale belge du parkour
Comment une cité universitaire sortie de terre dans les années 1970 est-elle devenue le terrain de jeu privilégié des Yamakasi belges ? Espace-vie a remonté le temps pour décrypter un usage de l’espace public que les pères fondateurs de Louvain-la-Neuve n’avaient pas imaginé et qui gagnerait à inspirer les urbanistes de demain.
Une rivière coule dans mon jardin
En Brabant wallon, des milliers de particuliers vivent au bord d’un cours d’eau. Un décor bucolique qui n’en est pas moins très réglementé. Face à la menace des crues et aux exigences du Code wallon de l’Eau, ces riverains, propriétaires des berges et du lit, ont des droits mais, surtout, des devoirs.
Les jardins au secours de la biodiversité
Face au développement urbanistique et à la fragmentation des espaces naturels, la Province et ses 27 communes sonnent la mobilisation générale. Et si la restauration du maillage vert brabançon se tramait de notre côté de la haie ? Conseils pratiques et décryptage avec l’ASBL Adalia 2.0.
De Waterloo à Mélin, sur les traces des châteaux d’eau
Aussi massifs qu’invisibilisés, les châteaux d’eau font partie du paysage brabançon depuis plus d’un siècle. Une cinquantaine d’entre eux jalonnent la province. Un patrimoine que deux passionnés originaires de l’ouest du Brabant wallon se sont mis au défi de référencer et de photographier.
Télétravailler au jardin
Depuis le Covid et l’essor du télétravail, un concept nouveau rencontre un certain succès : le bureau de jardin. Faisant office d’alternative à une extension pour qui n’a pas d’espace de travail à la maison, ce type de construction bénéficie d’une exonération de permis d’urbanisme sous conditions.
La ruralité se réinvente à l’est
La quatrième étape du cycle de visites « Sillonner le Brabant wallon » s’est intéressée aux territoires de l’Est du Brabant wallon en posant la question de la ruralité et de la façon dont elle se réinvente. Découverte d’un territoire qui cultive les initiatives.
