La nouvelle vie des fermes brabançonnes
De plus en plus de fermes brabançonnes sont réhabilitées et trouvent une nouvelle affectation. Exemple à Tubize où le bureau d’architecture XVDH a transformé une ferme en carré traditionnelle en un vignoble branché.
Texte : Xavier Attout - Photo : XVDH
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Des champs à perte de vue. Et puis, des vignes, par milliers, qui changent complètement la perspective des lieux. Le Domaine W est un vignoble installé depuis décembre 2020 dans une ancienne ferme en carré située à Saintes (Tubize). C’est la belle histoire de la réhabilitation d’une exploitation agricole arrivée à bout de course. Aucun enfant qui ne veut reprendre ce flambeau. Et une réorientation plutôt rare en Brabant wallon : 35 000 pieds de vignes plantés sur 8 ha. On y retrouve des cépages nobles champenois : chardonnay, pinot noir et meunier. Et une méthode traditionnelle haut de gamme belge, bio et biodynamie pour sortir à terme près de 50 000 bouteilles par an. Le climat local était similaire à celui que l’on retrouvait il y a trente ans en Champagne. Même le vent faisait office de point fort. Ils en ont tiré profit par l’aménagement d’une haie perméable et comestible de près de dix mètres de large.
Sauvegarder ce patrimoine
Pour parvenir à transformer cette ferme en vignoble, qui fait également office de club privé via son mode de financement participatif (lire par ailleurs), Dimitri et Sophie Wautier ont fait appel au bureau d’architecture ottintois XVDH pour concrétiser leurs ambitions. Il en ressort, pour la première des trois phases, une transformation haut de gamme mêlant architecture contemporaine et maintien des traces du passé. « Participer à la réhabilitation d’édifices comme celui-ci, qui ont une vraie âme et une histoire, est un vrai bonheur, explique Xavier van der Heyden, fondateur du bureau d’architecture XVDH. Cela m’a directement séduit. Le programme était particulier car il fallait tenir compte des activités professionnelles futures et de ses spécificités. »
La première étape a été de s’atteler à la transformation de la grange qui jouxte le corps de ferme et qui date de 1856. Le mariage des deux entrepreneurs a été l’occasion de vider les lieux, jusqu’alors véritable caverne d’Ali Baba locale. « Cela m’a permis de découvrir la grange sous toutes ses facettes, lance Xavier van der Heyden. La charpente était magnifique. Nous l’avons entièrement préservée, avec uniquement quelques renforcements ici et là. La toiture a par contre été entièrement remplacée. L’accent a été mis sur l’écoconstruction et sur la sauvegarde de ce pan du patrimoine wallon. »
Ce grand espace de plus de 500 m2 a été divisé en deux au rez-de-chaussée : Une cave thermo- régulée d’un côté et le travail de vinification de l’autre. À l’étage, sur 200 m2, on retrouve un grand salon – avec plafond acoustique – qui fait office de lieu d’accueil pour les différents événements organisés sur place. « Toute la façade a également été transformée. Le pignon ne pouvait être maintenu en état, ce qui nous a permis de le supprimer et de dégager toute la vue vers les vignes. Un espace d’accueil a également été aménagé. »
Travailler sur la réhabilitation de fermes est quelque chose de réellement passionnant. C’est important de valoriser ce patrimoine et de lui redonner une autre vie, qui a du sens. D’autant plus en Brabant wallon où la pression foncière est importante.
Xavier van der Heyden, bureau d’architecture XVDH
Des réhabilitations qui ont du sens
La seconde phase concernera d’ici peu la transformation du corps de ferme en bureaux et salle de réception. La cour sera également réaménagée. « La troisième phase, dont le permis vient d’être obtenu, concerne la construction d’un second hall d’une taille bien plus importante que la grange actuelle. Il devra permettre de faciliter le stockage. Nous n’avons pas souhaité construire un simple hangar. L’architecture est faite de coupures, de manière à s’intégrer à l’environnement. Une grande terrasse sera également aménagée en son sein. »
Enfin, ajoutons que la ferme dispose d’un système de chauffage particulier puisqu’il fonctionne au miscanthus, une plante vivace originaire d’Asie du sud et d’Afrique. Un système en biomasse qui alimente toute la ferme, est neutre en CO2, et qui pourrait d’ailleurs chauffer bien d’autres bâtiments aux alentours. « Travailler sur la réhabilitation de fermes est quelque chose de réellement passionnant. Notre bureau travaille sur un autre dossier du même type à Gesves, avec une transformation en un cabinet médical et espace de coworking. C’est important de valoriser ce patrimoine et de lui redonner une autre vie, qui a du sens. D’autant plus en Brabant wallon où la pression foncière est importante. La rentabilité d’un projet reste toutefois la clé de voûte d’une réhabilitation. »
Un financement participatif et original
La construction du vignoble a été financée par l’apport de fonds propres et par la recherche d’associés (via des parts de 500 euros pour atteindre 49% du capital). Près de 500 000 euros ont été récoltés au total par ce biais. L’autre innovation concerne la création du Club W, qui est une sorte de coopérative. Moyennant le paiement d’un droit d’entrée unique (de 300 à 3 600 euros), le membre se voit garantir, sur 20 ans, un nombre défini de bouteilles, l’accès à une multitude d’activités et de soirées de même qu’une priorité d’achat pour d’autres bouteilles. Un vrai succès, 1 000 membres étant recensés aujourd’hui. Si bien que les bulles ne peuvent être mises en vente libre pour le moment puisque le stock est entièrement écoulé. Un financement participatif qui a déjà permis de récolter 1,5 million d’euros.
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